‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 4)Chapitre 90 sur 121 · IX · texte numérisé non relu

IX

1 8 2 Clair ambault- Ma u repas.

Avant tous même qualité, Avec vous en société

Nous ouvrirons boutique.

Quelques-uns de la bande S'offensent du propos :

Ça, dit-on, qu'on gourmande Ce général des sots !

Laporte en vrai taquin va frapper sur la bête Mais l'âne aussitôt l'esquiva.

Lalouette, se trouvant là, Eut le coup sur la tête.

D'après cette méprise, Laporte entre en fureur, Et sur la bête grise Veut venger son erreur ; Mais il s'amadoua, l'histoire ainsi l'expose; Car son coup n'était pas perdu ; Sur l'un ou l'autre individu, C'était la même chose.

Sachant qu'à même chance Il pouvait avoir part, Chamseru, par prudence, Court se mettre à l'écart ; Vicq d'Azir l'a jadis tancé sur sa bêtise. Or, remarquez-en le profit, Fuir est le premier trait d'esprit Qui le caractérise.

Année l~~8. 183

A cet exemple utile,

Jean, Roy sentit son cœur

Et va, comme un reptile,

Pour cacher sa frayeur.

Toi, l'opprobre d'un oncle en tout recommandable, Je t'aperçois, lui dit Jésus; C'est donc pour tes cinq cents écus

Que tu te rends coupable?

De son ingratitude Thouret rougit alors; Nul criminel n'élude Le tourment des remords :

Il éprouvait déjà cet utile supplice, Lassone, le voyant gémir, Fait signe de le raffermir Au doucereux Lassisse.

On n'avait du message

Point encor dit l'objet;

L'homme au plus long corsage

En avait le projet ; Poissonnier à Jésus s'adresse avec mystère, Et discourant tant mal que bien, Parle beaucoup, n'éclaircit rien,

Comme à son ordinaire.

A travers le sens louche Dont ce marin parla, Par un mot de sa bouche

184 Clair ambault- M au repas.

Jésus le dévoila :

Je vois à fond, dit-il, votre fausse éloquence ;

Vous êtes mauvais citoyen;

De n'avoir pas été doyen,

C'est pour tirer vengeance.

La réponse équitable De nptre Rédempteur Fait retentir l'étable D'un bruit murmurateur; La troupe est ébranlée, à sortir on s'apprête ; Mais Vicq n'ayant pas fait sa main, Craignant de perdre son butin, D'un coup d'ceil les arrête.

Lorry crut qu'à Marie

Il fallait s'adresser;

D'une phrase fleurie

Il allait l'encenser ; Mais Marie à l'instant l'arrêta sur la route Et lui dit d'un air virginal :

De votre compliment banal

La fadeur me dégoûte.

Halle prit la parole :

Mon oncle est insulté ; Il a fait son idole De notre Faculté. — De la foi des serments vous vous jouez sans honte, Lui dit Joseph avec pitié;

Année Ijj8. 185

Pourrait-on de votre amitié

Jamais faire aucun compte

Poissonnier de Perrière

Voulut argumenter ;

Mais sa bouche ordinaire

Sut toujours tout gâter; L'âne lui fit exprès cent questions subtiles, Pour savoir positivement Ce qui l'avait si promptement

Fait partir pour les Iles.

Ce trait à son mérite

Était bien appliqué;

Jussieu s'en félicite,

C'est son gendre manqué ; Ils auraient, sans la dot, été dans la concorde Mais au calcul, leur double agent, Entre eux, en homme intelligent,

Fit naître la discorde.

L'auteur de la rupture Était l'abbé Tessier; Il paraît pour conclure Et se justifier :

Certaine pension par eux m'était promise, Or ce pot de vin me manquant, J'ai dû, pour être conséquent,

Renverser l'entreprise, ix. i<5.

1 86 C 1 airain b au 1 1- M au repas.

Xe perdant point la tête, Dans tous ces vains débats, Pour commencer sa quête, Caille allonge le bras :

Eh quoi, lui dit Joseph, quêter jusqu'en l'étable? Vous quêtez à la Faculté Et dans votre société;

Vous quêterez au diable.

De Jésus la pratique

Tenta Charles Le Roi;

A l'âne il s'en explique :

Ah 1 procurez-la-moi ; Je pourrais vous offrir moitié de l'honoraire. — Grand merci, dit l'ànc en courroux, A des laquais adressez-vous;

Ils font mieux votre affaire.

Lassés de ces couleuvres

Qu'il fallait avaler,

Les membres par leurs œuvres

Veulent se signaler.

Macquet veut commencer, l'âne le trouve étrange Et lui dit : Dans un lieu puant, Vous n'aviez qu'un pied seulement;

Vos deux sont dans la fange.

Portant son spécifique, Audry se présenta; Sur un ton magnifique

Année iJjS. 187

En maître il le vanta :

Fi donc! lui dit Jésus, vous crachez du mercure; Ce rob n'est qu'un leurre de plus, Vous l'exaltez pour les écus Que son débit procure.

Partageant cette offense,

Paulet vint réclamer :

Une telle sentence

Pourrait nous diffamer. — Tout ce qu'il vous plaira, lui dit aussitôt l'âne; Vous protégez un charlatan, Vous en recevez du comptant,

Ce trafic vous condamne.

Sans craindre ce reproche, Bucquet montre son front Et tire de sa poche Un morceau de savon :

Voici contre l'eau-forte un plus sûr antidote. — Ah ! dit Jésus, laissons cela, Je suis surpris de vous voir là; Quittez cette marotte.

Geoffroy, croyant mieux faire, Offrit ses hannetons; Cet insecte vulgaire Plaît aux petits garçons Jésus connut l'avare au ton de sa parole,

Cl a ira m bault- Al a u repas.

Et désirant le renvoyer :

Monsieur, dit-il, pour vous payer, Je n'ai pas une obole.

« L'appareil électrique

Fut offert par Mauduit; De son effet magique Il vanta le produit :

Je secoue à mon gré les humeurs ennemies. — Ah ! dit le bœuf, faites toujours ; C'est là sans doute un grand secours Dans les épidémies.

Coquereau, comme un sage, N'offrit rien de son chef Et mit tout en usage Pour raccolcr Joseph.

Celui-ci lui répond : Vous me la baillez bonne ; Pour entrer dans votre bourbier, Après Macquart et Colombier, Ne comptez sur personne.

L'orgueil du petit homme Soutint bien ce refus; De quel coup qu'on l'assomme, Il n'est pas plus confus ; Sa tête est si féconde en audace, en souplesse ! Jusqu'au moment qu'il la perdra, Selon le cas il emploiera L'astuce et la bassesse.

Année IJj8, 189

Ce raccoleur s'avance D'un ton plus radouci; Il fait la révérence Au bœuf, à l'âne aussi :

Il nous faut des sujets, oh ! vous serez des nôtres,- Vous entrez bien dans nos projets, Nature vous fit exprès,

Vous en valez bien d'autres.

A la première annonce, Le bœuf refuse net; On a même réponse De la part du baudet.

Mais en se ravisant, je suis prêt à vous suivie, Dit le bœuf; mais auparavant Qu'on chasse ce Normand, Car enfin je veux vivre.

Vous avez vu, dit l'âne,

Ma bonne volonté ;

Mais de vous il émane

Certain gaz empesté :

Il m'a fait balancer, mais à tout je m'expose, Comptant bien sans prévention Obtenir une pension ;

C'est bien la moindre chose.

On traita d'impudence Le marché du baudet; Un tas d'acteurs s'avance,

1 90 Cl airamb aul t- Al a u r ep a s.

Disputant d'intérêt :

C'est moi, criait chacun, qu'il faut qu'on pensionne. Tous ces gosiers, de soif brûlants, Jetaient tant de cris différents

Qu'on n'entendait personne.

Les bergers à l'étable

Arrivaient h grands pas :

Ce bruit épouvantable

Fait tressaillir leurs bras; Ils trouvent à la crèche une tourbe inquiète: Craignant pour Marie et Jésus, Ils chassent ces nouveaux intrus

A grands coups de houlette.

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