‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 4)Chapitre 94 sur 121 · BOUTADES D'UN CITOYEN DE PARIS · texte numérisé non relu

BOUTADES D'UN CITOYEN DE PARIS

Destructeur de la paix publique, Brigand ! quel instinct diabolique Au sein de Paris t'attira ?

Ennemi du rythme gothique, De la phrase périodique Qu'un grand poète célébra, Rends-nous notre chant pacifique, Notre fredon soporifique Et tous nos flou flon la ri ra...

Quoi donc ! le pouvoir tyrannique

i. Ce persiflage, dirigé contre les partisans de Piccini, Marmontel, La Harpe et autres, fut inspiré par le succès persistant et mérité de l'opéra à'Iphignne en Tauride, que Gluck venait de faire représenter. « Il y a longtemps, lisons-nous dans la Correspondance de Grinun (au mois de mai), qu'on nous annonçait cet opéra comme le chefd'œuvre de la musique dramatique. C'est le mardi iS qu'on nous en a donné la première représentation; et, en effet, quelque éclatant qu'ait été le succès des ouvrages de M. Gluck en France, il n'y en a aucun qui ait fait une impression si forte et si générale... S'il faut en croire les gluckistes, tous les trésors de l'harmonie et delà mélodie, tous les secrets de la musique dramatique ont été épuisés dans cet ouvrage ; c'est de la vraie mélopée antique, enrichie de tous les progrès que l'art a pu faire de nos jours... Nous devons avouer que ce nouvel opéra, quelle que soit

Année ijjq. 215

De ton déchirant opéra Renverse en un jour tout cela ?

Quoi ! d'un théâtre léthargique La terrible scène tragique S'empare : on y sanglotera?

Plus de batelage italique !

Le trône, le sceptre lyrique Aux mains d'un tyran restera !

Entends mon vœu patriotique :

Dès que le sommeil t'atteindra, Puisse quelque furie étique, D'un ton traînant et syllabique, Te crier : Qu'il meure! il mourra, // a tue notre musique!

Puis, quand l'effroi t'éveillera, Que du lit il te chassera, Puisse la chute d'un portique

la cause de l'illusion, a paru d'un effet extraordinaire. L'action du poème est simple et pathétique, la marche en est vive et rapide, et l'ensemble du spectacle d'un intérêt soutenu. Cette musique ne charme point l'oreille, mais elle ne ralentit presque jamais l'effet de la scène. »

Métra, plus enthousiaste, ne met pas de bornes à son admiration pour Gluck. « D'après cette nouvelle production de l'homme étonnant avant lequel nous n'avions pas d'idée des effets dont la musique est susceptible, écrit-il, il est difficile de ne pas regarder le chevalier comme le plus grand peintre et le plus grand musicien qui ait existé; j'oserais presque le mettre au rang des plus grands philosophes ; il faut une profonde connaissance du cœur humain pour savoir ainsi exprimer les passions qui l'agitent et en transmettre aussi vivement l'impression dans l'âme des spectateurs. »

216 Clairambault- Alau repas.

Ecraser ta tête rustique Et le démon qui l'inspira!

Eh ! périsse ton style antique, Et ta sublime poétique, Et ton orchestre despotique, Et ton çénie, et cœtcra!

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