‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 4)Chapitre 93 sur 121 · Personnage du Français à Londres. (M · texte numérisé non relu

Personnage du Français à Londres. (M

Année IJjg.

Je vois dans ce qui m'environne De tristes sots, d'ineptes fous ; Que l'univers me le pardonne :

Mais les bonnes gens sont chez nous.

Déjà j'entends d'un ton caustique L'élégant Raynal crier... Foin!

Défiez-vous du satirique Messieurs, celui-ci vient de loin.

Ah ! j'aurais dû mieux me défendre Du vain désir d'en bien juger; L'aimable abbé pour en revendre N'eut pas besoin de voyager.

Maintenant mon cœur me seconde :

Je vais peindre un vrai citoyen, Le Fabius du nouveau monde, Un héros, un homme de bien.

Il est d'une figure heureuse, De beaux traits, de la dignité, Sous une forme avantageuse La plus noble simplicité.

Sensible, valeureux, fidèle,

Et révéré de l'ennemi ;

L'honnête homme en fait son modèle,

Et l'homme aimable son ami.

212 Clair ambault - Maurepas \

Contre l'orage qui murmure Son courage en impose au sort; C'est le calme d'une âme pure Pour qui l'écueil même est un port.

J'ai vu Washington sans armée Devant un ennemi vainqueur, Et la cabale envenimée Attaquer jusqu'à son honneur.

Du double coup qui le menace Ce héros n'est point abattu, L'Anglais respecte son audace, L'envieux cède à sa vertu.

Il sait trop que pour entreprendre L'art manque à ses braves enfants ; Ce qu'il n'oserait en attendre La constance l'obtient du temps.

Jouet du fol, trésor du sage, O temps qui nourris notre espoir Tu feras passer d'âge en âge Celui qui connaît ton pouvoir !

Ici la nature économe N'irrite point les yeux jaloux; Elle n'a produit qu'un grand homme, Mais il est le salut de tous.

Année iyjg. 213

Ami, je vais, s'il est possible, Essayer de vous réunir :

Je ne veux plus du soin pénible D'errer toujours sans parvenir.

J'ai foulé la terre et les ondes, J'ai franchi vingt climats divers, Et n'ai trouvé dans les deux mondes Que des dupes et des pervers.

Mon front, chauve et ridé par l'âge, Chaque jour semble m'avertir, Qu'il faut faire un autre voyage :

Eh bien ! je suis prêt à partir.

Que la mort enlève sa proie :

Celui qui, dédaignant ses traits.

Vécut sans remords et sans joi< , Finit sans crainte et sans regrets.

214 Cl airambault-Maurepas.

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