‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et indexChapitre 138 sur 205 · L'HOTE DE CONFLANS · texte numérisé non relu

L'HOTE DE CONFLANS

MÉPRISER de son roi les lois, la volonté, De l'obstination victime déplorable, Forcer enfin son maître à la sévérité.

De schisme et de révolte être à la fois coupable Des fils de Loyola seconder les desseins, Et pour règle de foi nous donner des chimères Dispenser sans raison les plus sacrés mystères, Les offrir aux pécheurs, les refuser aux saints ; Par la verge de fer régir les consciences. Apporter pour raison de tant d'extravagances L'invincible motif d'un principe erroné; Troubler tout, innover, agir en forcené, Soulever son clergé, vanter l'indépendance, * Refuser le tribut, scandaliser la France, Contre l'autorité former de nouveaux plans : C'est là le vrai portrait de l'hôte de Conflans.

248 Clairambault-Maurepas.

Ou'allez-vous voir ^ ? Est-ce un foible roseau Flexible à tous les vents d'un orage nouveau ? — C'est un chêne puissant, dont la superbe tête S'élève jusqu'aux cieux et brave la tempête, Un rocher au milieu de la mer isolé, Battu de mille flots sans en être ébranlé; Un pontife, un pasteur dont la noble constance De lui ravir ses droits ôte toute espérance. Malgré lui, de la barque'^ il prit le gouvernail; Tout le fit admirer : vertus, zèle, travail ; Faut-il que des enfants, oubliant qu'il est père. Contre lui de son prince excitent la colère? Il respecte ses traits; ne craignant rien pour lui, Il tremble pour la foi, dont son bras est l'appui. Peut-on ne pas trembler dans la barque qui flotte? Je n'entends dans les airs que ces lugubres sons : Sauvez-nous du danger, Seigneur, nous périssons ! Chrétiens, rassurez-vous, Beaumont est le pilote.

I. « L'archevêque de Paris reçoit bien du monde à sa maison de Conflans; les curés de Paris, supérieurs, évêques et gens de conséquence, ont été le voir. Il a avec lui ses deux neveux qui sont officiers aux gardes... Jusqu'ici il se tient tranquille et ne fait rien^ quoiqu'on se défie beaucoup de son entêtement. » [Jotn-n. de Barbier?)

2 M. de Beaumont refusa plusieurs fois l'archevêché lors de sa nomination. (M.)

Année 1755.

LA DEFAITE DE BRADDOCRi

Braddoch avait toujours dit Qu'il viendrait, chose bien sûre, Pour attaquer Pécaudit,

Turelure, Et renverser la clôture, Robin turelure lure.

Dumas avec Ligneris Ont voulu voir sa figure, Et l'ont mis même au défi De soutenir la gageure.

Aussitôt deux mille Anglais Se sont mis tous en posture; Mais nos Hurons et Français Ont fait voler leur coiffure-.

1. Le traité d'Utrecht avait donné à la France l'Acadie,voisine du Canada, sans fixer les limites de cette possession. Les Anglais, qui convoitaient les colonies françaises d'outre-mer, les attaquèrent sans déclaration de guerre. Mais l'expédition dirigée par Braddock échoua, et Ife général lui-même fut tué le 9 juillet 1755. v^

2. Une relation contemporaine raconte ainsi les événements : « Le corps de troupes anglais qui avait été rassemblé pour agir du côté de la Belle rivière, se trouvait composé de trois mille hommes lorsque Braddock en prit le commandement pour marcher contre le fort Duquesne. Le sieur de Contrecoeur, qui commandait dans ce fort,

Z'^o Clairambault-Maurepas.

Quinze cents sur les chemins Ont trouvé la sépultui-e, Les Outtawaïs algonkins Leur ont donné la tonsure.

Ils ont laissé après eux Fusils, poudre sans mesure, Ainsi nous les attendons, Avec leur propre armure.

Ils nous ont abandonné

Leurs chariots et leurs montures.

a\ ait été informé qu'on faisait des préparatifs en Virginie. Jl forma sur-le-champ un détachement de tout ce qu'il crut pouvoir mettre hors du fort. Ce détachement était composé de deux cent cinquante Français et de six cents sauvages ; et le sieur de Beaujeu qui le commandait avait avec lui les sieurs Dumas et Ligneris, tous deux capitaines Il attaqua les Anglais avec beaucoup de vivacité.

Les deux premières décharges de leur artillerie firent un peu reculer sa petite troupe, mais à la troisième, où il eut le malheur d'être tué, le sieur Dumas, qui prit le commandement, le sieur de Ligneris et les autres officiers, suivis des Français et des sauvages, tombèrent avec tant de vigueur sur les Anglais qu'ils les firent plier à leur tour. Ceux-ci se défendirent encore quelque temps en faisant très bonne contenance, mais enfin, après quatre heures d'un grand feu ils se débandèrent et la déroute fut générale. » D'après le Journal /listorigue du règne de Louis XV, « les papiers et instructions du général Braddocic sont pris, et on y découvre le projet formé par les Anglais, au milieu de la paix, pendant le cours des négociations les plus sincères en apparence pour le règlement des limites de l'Acadie, d'envahir la plus grande partie des établissements français d'Amérique. »

Année i j5.

S'ils reviennent en ces lieux, Nous leur paierons leurs voitures.

Xous annonçons à Vaudreuil ^

Cette triste déconfiture;

Il leur en marque son deuil,

Turelure, A la pointe de la chevelure, Robin turelure lure.

LA

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