‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et indexChapitre 88 sur 205 · VII · texte numérisé non relu

VII

150 Clairamhault-Maurepas.

Par l'équitable Paris ;

Sa main fatale et légère La jetait, l'attrapait, la rejetait en l'air; Quand tout à coup l'oiseau qui porte le tonnerre S'élance, la saisit, et fuit comme un éclair. L'Amour désespéré parcourt toute la terre.

Vénus ne l'aimera jamais Qu'il n'ait trouvé le prix qu'obtinrent ses attraits.

L'aigle, planant sur nos rivages, L'avait laissé tomber dans ces riants bocages

Où nos Rois ont fixé leur cour.

Un héros parcourant cet auguste séjour La voit et lit ces mots : A la plus belle. Cette pomme, dit-il, regarde Pompadour.

Il la lui porte devant elle.

Ainsi donc vous réunissez Tous les arts, tous les goûts, tous les talents de plaire;

Pompadour, vous embellissez

La Cour, le Parnasse et Cythèrc.

Charme de tous les cœurs, trésor d'un seul mortel,

Qu'un sort si beau soit éternel !

Que vos jours précieux soient marqués par des fêtes; Que la paix dans nos champs revienne avec Louis,

bourgeoise, son manque de distinction, son langage et ses manières, elle était plus heureuse auprès des gens de lettres, qu'elle protégeait avec une intelligente bienveillance.

Année Ij4(). 151

Soyez tous deux sans ennemis,

Et tous deux gardez vos conquêtes*.

Moins ambitieuse et plus belle

Que Diane et que Gabrielle, O vous qui conservez au milieu de la cour

Un cœur à l'amitié fidèle ;

Apprenez qu'on a vu l'Amour

Effacer d'un coup de son aile Les chiffres qui paraient cet antique séjour - : D'une main il formait une chaîne éternelle, Et de l'autre il gravait le nom de Pompadour.

1. Ce madrigal est de Voltaire. « M'"'= de Pompadour est non seulement jeune et belle, mais elle a tous les talents imaginables. Elle joue la comédie parfaitement bien, ce qui fait qu'à Versailles, le Roi, Mesdames, des dames et des seigneurs de la cour représentent souvent des comédies. C'est à ce sujet que Voltaire a voulu s'égayer pour complimenter M™« de Pompadour. Ces vers, présentés au Roi et à la cour de la favorite, ont d'abord paru charmants. Tout y brille pour M™* de Pompadour. La réflexion a ensuite fait apercevoir bien de la liberté et peu de décence. » [Joiirn. de Barbier) — Il est dit à ce propos dans une note des Œuvres de Voltaire (édit. Renouard), que« Mesdames filles du Roi fuffent indignées de la comparaison des conquêtes du Roi dans ses premières campagnes avec la conquête du cœur de sa maîtresse. Elles persuadèrent au Roi qu'il ne pouvait laisser imprimer ces vers scandaleux et l'exil de Voltaire fut signé. »

Page 1