‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et indexChapitre 98 sur 205 · LA NOBLESSE MILITAIRE · texte numérisé non relu

LA NOBLESSE MILITAIRE

Que tu sais bien, grand Roi, couronner tes projets ! Terrible à tes rivaux et cher à tes sujets, Tu ramènes la paix sur ton char de victoire. Que manquait-il encore à tes vœux, à ta gloire ?

I. « Le Roi, par un édit célèbre qui rendra son règne mémorable aux siècles à venir, fonde et établit une noblesse militaire, acquise de droit non seulement par ceux qui seront parvenus au grade d'officiers généraux dans ses troupes, mais aussi à ceux qui le serviront au moins en qualité de capitaines, et dont le père et l'aïeul l'auront

servi dans la même qualité, /«/r^ ^t avo militibus C'est

à Louis XV que le militaire français aura désormais l'obligation de jouir de tous les droits et exemptions des nobles, et que ses enfants qui le mériteront devront la noblesse qui leur est accordée par cette loi immortelle. » {Journal historique, i*"* novembre 1750.) Barbier Remarque, à ce propos, que « cet écrit est fort bien dressé. On voit, ajoute-t-il, qu'il part de M. le comte d'Argenson, ministre de la guerre, homme de qualité et de très ancienne noblesse militaire ». — L'épître est de Marmontel : le futur historiographe de France, déjà connu par un poème en l'honneur du Roi que l'Académie avait couronné, ne devait pas manquer de célébrer un des actes les plus sages du règne de Louis XV.

D'illustrer à jamais des héros citoyens

Nés dans le rang obscur de simples plébéiens,

D'attacher à leur sang ignoré dans sa source

Des honneurs dont l'éclat le suivît dans sa course ;

De défendre à la mort, de défendre à l'oubli

De toucher au laurier sur leur front ennobli.

Guerriers, ne craignez plus que le temps vous arrache

Le prix qu'à vos efforts un Roi sensible attache :

Ce prix inaltérable ainsi qu'illimité

Est marqué du vrai sceau de l'immortalité.

La noblesse est ce prix; tout périt, tout succombe,

Le marbre est mutilé, l'airain se brise et tombe;

Par l'orgueil élevés, ces monuments pompeux,

Ouvrage des humains, sont fragiles comme eux.

Mais la noblesse seule, à chaque instant nouvelle.

Renaît de ses débris, plus auguste et plus belle,

Et d'un éclat plus pur ornée en vieillissant,

Toujours son dernier âge est le plus florissant.

C'est un souffle divin qui, passant dans une âme,

De l'amour de la gloire y fait naître la flamme,

Soutient, élève un cœur par le sort abattu,

Et fait avec le sang circuler la vertu :

Pareille à ces rayons dont la chaleur féconde

Épure la matière et ranime le monde.

Le devoir, il est vrai, sans ce mobile heureux,

Fait d'un Français obscur un guerrier généreux ;

Il puise la valeur dans les yeux de son maître :

Pour former des héros, Louis n'a qu'à paraître.

Son fils, digne héritier de toutes ses vertus,

Va du sang d'un Auguste engendrer des Titus ;

Année lySo. 175

Mais si jamais ce trône éprouvait quelque orage, Alors de ces guerriers, ton immortel ouvrage, Les nobles rejetons, prêts à se réunir. Reproduiraient ton règne aux siècles à venir. Quel plus sublime accord des desseins les plus vastes Pouvait de ce beau règne éterniser les fastes ? A l'immortalité quel plus noble chemin Que ces héros créés d'un seul trait de ta main ! Les biens multipliés que ce bien seul renferme A nos yeux étonnés n'ont ni ombre ni terme. C'est peu que d'enflammer de l'amour de leur Roi Ceux que le ciel fait vivre ou naître sous ta loi; Image de ce Dieu dont tu tiens la puissance, Des siècles reculés tu franchis la distance, Tu semblés pénétrer dans la nuit du chaos; Tu dis à l'avenir : Enfante des héros ; Et, tel que l'aigle altier échauffe dans son aire Des germes destinés à porter le tonnerre, Pour former des guerriers ta puissante bonté Dispose cet empire à la fécondité.

Ils naîtront ces guerriers ! en ouvrant la paupière, Je les vois de l'honneur contempler la carrière ; Le zèle et le devoir, dans leurs coeurs imprimés. Annoncent le beau sang dont ils sont aniijiés. La gloire est leur instinct, et l'active nature Devance en eux les ans et prévient la culture. Ainsi leurs premiers pas, leurs premiers sentiments Seront de tes bienfaits les premiers mouvements. Défenseurs de l'État, leur grandeur et la sienne Ne seront qu'un rayon émané de la tienne. vji. 15.

74 Clairamhault-Maurepas,

Délices de ton siècle et des siècles futurs,

Goûte avec nous longtemps des jours calmes et purs;

Quand on fait des heureux on est digne de l'être.

Cultive de tes mains les fruits que tu fais naître,

Et que la terre envie en admirant ta loi

Un tel maître à son peuple, un tel peuple à son Roi.

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