II
2^6 Clairamhault-Maurepas.
Crozat^, qui n'aime plus l'argent, Crainte d'être opulent, A laissé là Mississipi.
Pour policer ce grand pays', On va bien faire des édits, On en défera bien aussi.
•Avant que de le cultivei:, Il est bon de le décorer De ce qui est de trop ici.
De quoi nous sert, en ce pays, Ce colifichet de Marly^ Envoyons-le au Mississipi.
clause : « Notre intention étant de faire participer au commerce de cette Compagnie et aux avantages que nous lui accordons le plus gprand nombre de nos sujets que faire se pourra et que toutes personnes puissent s'y intéresser suivant leurs facultés, nous voulons que les fonds de cette Compagnie soient partagés en actions de 500 liv. chacune. » Les actions étaient payées partie en billets d'État, partie en numéraire.
1. Le financier Crozat avait reçu de Louis XIV la vice-royauté du Mississipi pour quatorze années et avait été autorisé à jouir des bénéfices du pays à la condition d'y établir des colonies. Poursuivi et taxé par la Chambre de justice, il lui abandonna ses droits pour alléger sa taxe, et le Conseil des finances, plus embarrassé qu'enrichi de cette conquête, l'offrit à Law.
2. Tous les projets que le satirique forme pour la colonisation du Mississipi sont une critique indirecte de ce qui se passait alors en France.
Année ijij* 247
« Mais, dit Philippe, ce château Se doit embarquer par morceaux, Il faut donc qu'il soit démoli. »
lyAntin répondit : « Jy consens, Ce n'est plus qu'en démolissant, Que je puis faire du profit *. »
Pour premier établissement, Envoyons-y le Parlement, Qui ne sert de rien à Paris.
Un collège on y fondera.
Le latin on enseignera, Aux enfants de Mis^issipi.
Notre habile duc d'Orléans Ira lui-même être régent^, £n sixième à Missîssipi.
1. Ce n'est pas le duc d'Antin, mais le duc de Noailles qui avait sollicité et obtenu du Régent l'autorisation de détruire Marly, soi-disant par économie, mais en réalité pour avoir à sa disposition les matériaux qu'il aurait vendus. L'intervention de Saint-Simon protégea le rojral château contre cet acte de vandalisme, et Noailles dut se contenter de vendre le mobilier. « Tout s'y donna à si bas prix, dit Duclos, que ce fut plutôt un partage qu'une vente, et le remplacement a coûté des sommes immenses au roi. »
2. L'auteur joue plaisamment siu- le mot Régent, qui servait autrefois à désigner les professeurs d'humanités.
248 Clairambauli'Maurepas,
Une académie y aura ,
De beaux jetons on donnera
Faits d'argent de Mississipi.
La Force * veut y présider Et prendre le soin d'épurer La langue du Mississipi.
Des fisureurs on y enverra; Du Coudray, son rôle y jouera, Pour réjouir Mississipi.
Noailles aura soin d'enseigner La manière de gouverner, Et celle de détruire aussi.
Des rentes on assignera , Et puis on les supprimera Aux bourgeois de Mississipi.
Escobar on y prêchera, Villebos comme Molina, Tambourin, Sanchez et Boni '.
1. Henri- Jacques Nompar de Caumont, duc de La Force (1675-1726) , avait été reçu membre de TÂcadémie française en 1715* H serait difficile d'indiquer les titres qui le désignèrent aux suffrages de la docte Compagnie. Quoique Saint-Simon affirme que c'était un homme de beaucoup d'instruction, il n'était guère connu que par le rôle violent qu'il avait joué dans les dragonnadâs. A l'époque du Système, ses opérations financières lui valurent une triste célébrité.