‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 2)Chapitre 16 sur 155 · ET LA DUCHESSE DE BERRY · texte numérisé non relu

ET LA DUCHESSE DE BERRY

Ce n'est pas le fils, c'est le père*, C'est la fille et non pas la mère*, A cela près tout est au mieux.

quement au Luxembourg. Elle manifesta plusieurs fois l'intention de l'épouser, mais le Régent s'y opposa formellement. Il est permis de croire, toutefois, qu'elle s'était unie à lui par un mariage secret ; c'est du moins ce qu'affirme Madame, dans sa Correspondance,

1. Cette épigramme est de Voltaire, qui la composa avant l'accouchement de la duchesse de Berry. Le satirique se montra mauvais prophète, et l'enfant qu'il baptisait prématurément du nom ô!Étéocle fut une fille.

2. Saint-Simon repousse les imputations odieuses^ fondées sur ra£Pection du Régent pour sa fille : « Le monde, dit-il, s'était noirci de fort bonne heure d'une amitié de père qui, sans les malheureuses circonstances de cabales

Année iji6, 39

Ils ont déjà fait Étéocle,

Et s'il vient à perdre les yeux ^ ,

Cest le vrai sujet de Sophocle '.

Déjà votre esprit est guéri '

Des craintes du vulgaire, ♦ Grande duchesse de Beny,

Consommez le mystère; Un nouveau Loth vous sert d'époux,

Reine des Moabites :

Faites bientôt sortir de vous

Un peuple d'Ammonites.

enragées I n'aurait jamais été ramassée de personne. L'assiduité d'un père- malheureusement né désœuvré, et dont l'amitié naturelle et de tout temps trouvait de l'amusement dans l'esprit et la conversation de sa fille, donna beau jeu aux langues de Satan. »

I. Xe régent était borgne et voyait assez mal de l'œil qui lui restait ; on craignait qu'il ne perdît complètement la vue.

t. Le sujet de V Œdipe roi, que Voltaire devait bientôt reprendre dans sa tragédie àiŒdipe (1718).

3. On accusa encore Arouet d'être l'auteur de cette épigramme; il s'en défendit par la suivante, qui ne valait guère mieux. C'est alors que le Régent se décida à sévir et l'exila ; châtiment bien léger pour les méfaits dont on le supposait coupable. Peu après, la satire sur les Maux de la fin du règne de Louis XIV (Cf. tome I, p. l), qui courait sous le nom du poète, fournit un prétexte légitime pour l'emprisonner à la Bastille; mais il est évident que les épigrammes ci-dessus furent le véritable motif de sa détention. Pour en finir avec la malignité du jeune Arouet,

40 Clairambault'Maurepas.

Non, Monseigneur, en vérité, Ma muse n'a jamais chanté Ammonites ni Moabites :

Brancas ^ vous répondra de moi ; Un rimeur sorti des jésuites.

Des peuples de l'ancienne loi.

Ne connaît que les Sodomites.

nous transcrirons ici une épigramme latine qui forme le digne pendant des précédentes /et qui lui est aussi attribuée:

Régnante puero, Veneno et incestis fomoso

Administrante; Jgnaris et instahilihus consiliiSf Instabiliori religione, JErario exhausto, Violaia fide puhlica Injustitia fwrore triumphant», Generaîis imminente seditioms Periculo, Iniquét bereditqtis Spei coronétf patria sacrificata Gallia mox peritura.

I. Un des favoris du Régent, surnommé la caillette 'gaie. « Ce duc, d'une figure fort jolie, grand ami du Régent et de toutes ses parties, s'était retiré à l'abbaye du Bec, pour y passer le reste de ses jours dans la dévotion, après avoir vécu dans le monde en homme fort dissipé. Le voilà donc tout à coup dévot, et écrivant de sa sainte retraite à M. le duc d'Orléans, pour l'engager à l'imiter. Celui-ci ne lui fit d'autre réponse que ces deux vers d'une chanson de Chaulieu, qu'il inscrivit au bas de la lettre du duc :

Reviens, Philis, en faveur de tes charmes Je ferai grftce k ta légèreté.

(Mémoires du marquis <£Argensfm.)

Année iji6* 41

Ne parlons plus de pénitence, Ni de vertu, ni de prudence; Livrons-nous à tous les plaisirs :

Les jeux, les ris, Tamour, le vin, la danse.

Sous la régence sont permis ; Imitons l'aimable Cypris S Son père aura toute indulgence.

Quel plaisir d'avoir à mon âge

Joui de tous les bergers du village;

C'est pur abus que la constance,

Les deniers venus sont ceux qui dansent*

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