‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 2)Chapitre 15 sur 155 · LA DUCHESSE DE BERRY · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE DE BERRY

Or écoutez, petits et grands, Un très funeste événement.

Oh I reguingué, oh! Ion lan lai A l'endroit d'une jeune dame Qui en a le regret dans l'âme.

I. « M*"* là duchesse de Beny a fait tant de bruit dans l'espace d'une très courte vie que, encore que la matière en soit triste, elle est curieuse et mérite qu'on s'y arrête un peu. Née avec un esprit supérieur et, quand elle le voulait, également agréable et aimable, et une figure qui imposait et qui arrêtait les yeux avec plaisir, mais que sur la fin le trop d'embonpoint gâta un peu, elle parlait avec une grâce singulière, une éloquence naturelle qui lui était particulière, et qui coulait avec aisance et de source, enfin avec une justesse d'expressions qui surprenait et charmait. Que n'eût-elle point fait de ces talents si les vices du cœur, de l'esprit et de l'âme, et le plus violent tempérament n'avaient tourné tant de belles choses en poison le plus dangereux ! L'orgueil le plus démesuré et la fausseté la plus continuelle, elle les prit pour des vertus, dont elle se piqua toujours, et l'irréligion, dont elle crojrait parer son esprit, mit le comble à tout le reste. » (Saint-Simon.)

Année iji6» 37

Dans le Luxembourg, ce dit-on, £lle a i2Âi un joli poupon ^, £t quoique tout le monde en glose, Tous les jours fait la même chose.

La nuit du dimanche au lundi, Les douleurs elle ressentit.

Mais en moins d'une demi-heure £lle est accouchée ou je meure.

La sage-femme on appela.

La voyant, elle s'écria :

« Princesse, que vous êtes habile D'avoir sitôt fût une fille I >

La mère est de bonne maison.

Elle est du vrai sang de Bourbon, Mais nous en ignorons le père*, Car ils étaient trop à lui &ire.

1. £n 1717, la duchesse de Berry étant tombée malade, on crut à un accouchement, et on composa cette chanson. C'est donc à Tannée 1717 qu'il faut reporter cette pièce et quelques autres publiées ci-après où l'on rencontre des allusions au même événement. Mais la duchesse eut réellement une fille posthume le 3 avril 1719, et il serait encore possible que la chanson fût .postérieure à cette époque. Quoi qu'il en soit, nous l'avons maintenue à la date sous laquelle elle figure dans le Recueil Clairambault.

2. Saint-Simon déclare qu'elle était enceinte de Riom, « un cadet de Gascogne, » neveu de Lauzun, dont elle était follement éprise et avec qui elle vivait publi-

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