‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 2)Chapitre 36 sur 155 · II · texte numérisé non relu

II

po Clairambault-Alaurepas.

Aussi brave que feu César, Deviens aussi fin politique, D'un nom proscrit crains le hasard, Moque-toi de la foi publique ; , Romps avec des gens sans crédit, C'est Contade qui te le dit*.

Les Noailles sont ton appui.

Ils le jurent par La Vallière*.

Tu pourras, nouveau favori.

Remplir dignement ta carrière, Et briller, gouvernant l'État, Autant que tu fis au combat.

MADAME DE KŒNIGSEG^

Un petit courrier de Cythère Est venu dire dans Paris, Que tous les cœurs vont être pris.

Ou qu'il n'en réchappera guère.

1. Contade, major du régiment des gardes, était intimement lié avec le duc de Noailles.

2. Neveu de la duchesse de La Vallière. Il avait épousé une fille du duc de Noailles.

3. « M. le comte de Kœnigseg, présentement gouverneur général des Pays-Bas et nommé pour être ambassa-

Année iyi6. 91

Par qui ? comment ? Le courrier n'en dit rien ; Et nos Français n'aiment pas le mystère.

Si je voulais, je dirais bien Ce que je sais ; puis-je me taire ?

£h! mon Dieu, non; je suis Français aussi; Je vais parler, et je commence ainsi :

Une beauté qu'on peut dire divine, Pour ses attraits ou pour son origine.

Car je ne sais, ma foi, lequel vaut mieux.

Être aussi belle ou descendre des dieux ; Or dans Paris, en pompeux équipage, Elle viendra, sûre de vos suffrages, De vos respects, et surtout de vos cœurs.

Car ils sont dus à ses charmes vainqueurs.

Beaux jouvenceaux, songez à vous défendre, Ou bien plutôt soyez prêts à vous rendre.

Mais quel malheur ! faut-il le révéler ?

Je l'ai jà dit, je ne puis rien céler , C'est une épouse aussi sage que belle, A son époux avec plaisir fidèle.

Vos tendres soins seront des soins perdus , Vos c4urs donnés, n'espérez tout au plus Qu'un doux regard ; encor , Dieu me pardonne ! Je ne sais pas s'il est sûr qu'elle en donne.

deur extraordinaire de l'Empereur en France, où il est incessamment attendu, a épousé il y a quelques mois, à Bruxelles, M^^« la comtesse de la Motterie, de l'illustre maison de Lannoy. M. M..., qui a beaucoup d'esprit et qui alors se trouva à Bruxelles, fit très heureusement, à la louange de M"»" la comtesse de Kœnigseg, les vers que vous allez lire. » (Nouveau Mercure calant, sept% 17 16.)

92 Clairambault-Maurepas.

N'espérez rien, car tout l'amour qu'elle a Pour son époux, elle le gardera.

Aux lois d'amour l'hymen seul l'a rangée, Des autres feux llijrmen l'a dégagée.

C'est fort bien fait, me dira-t-on , Mais pour Dieu, dites-nous son nom ; Vous avez promis de tout dire.

C'est madame de Kœnigseg, Qui mettrait Phébus même à sec.

S'il entreprenait de déduire Tout ce qu'en elle on voit reluire.

Si je parlais de son esprit, Bon Dieu ! quand aurais-je tout dit ?

Et quand je dirais que l'Aurore A moins d'éclat à l'orient, Que la jeune et brillante Flore Nous fait voir un front moins riant , Que l'on voit toujours sur ses traces L'Ainour courir après les Grâces, Que les Plaisirs, les Jeux, les Ris, N'ont désormais point d'autre abri.

Je ferais encor mieux de dire :

C'est madame de Kœnigseg Qui mettrait Phébus même à sec, S'il entreprenait de déduire Tout ce qu'en elle on voit reluire.

Son époux, digne ambassadeur.

Représentera l'Empereur ; Que madame l'ambassadrice.

Représentant l'impératrice,

Année ïjiG. 93

Mette au monde un petit joufflu ,

Ayant que Tan soit révolu,

Mon parallèle sera juste ,

Et je dirai que le poupon

Représente le rejeton

De TËmpereur toujours auguste.

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