‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 2)Chapitre 37 sur 155 · CHANSON BACHIQUE · texte numérisé non relu

CHANSON BACHIQUE

Ne parlons plus de politique ;

Qu'importe à moi Qui gouverne la république

Lorsque je bois ^ !

A-t-on la paix, a-t-on la guerre ?

Je n'en sais rien, Mais j'ai ma bouteille et mon verre,

Tout ira bien.

I. Chanson que l'on attribue à M. le grand prieur de Vendôme, ennuyé d'entendre parler des affaires du temps. (M.) — La supposition est fort plausible; mieux que personne le grand prieur était à même de célébrer les agréments de la dive bouteille, lui qui, au dire de Saint- Simon, « ne s'était jamais couché le soir, depuis trente ans, que porté dans son lit ivre-mort, coutume à laquelle il fut fidèle le reste de sa vie ».

94» Cl airambault'AIau repas.

Que Ton conserve à la régence,

L'autorité, Que le gouvernement de France

Soit respecté, Que Ton élève des indignes

De tous états, Jen serai content, si nos vignes

Ne gèlent pas.

» Que la hauteur et l'ignorance

Donnant la loi.

Prétendent régler la finance

Du jeune roi.

Et que la Chambre de justice

Soit juste ou non.

Chacun adore son caprice,

Moi mon flacon.

Que du dedans de notre France L'heureux destin

Soit commis à la vigilance Du duc d'Antin^,

I. Le portrait que Saint-Simon a tracé du duc d'Antin justifie pleinement l'opinion du chansonnier. « Personne, dit-il, n'avait ni plus d'agrément, de mémoire, de lumière, de connaissance des hommes et de chacim, d'art et de ménagements pour savoir les prendre, plaire, s'insinuer et parler toutes sortes de langages; beaucoup de connaissances et des talents sans nombre, qui le rendaient propre à tout, avec quelque lecture. Brutal par tempérament, doux, poli par jugement, accueillant, empressé à

Année Iji6. pj

raunûs une bien folle idée

De ses talents S'il ne ne rendait la vie aisée

Aux bons enfants.

Qu'en France maint édit pullule

Contre la loi, Qu'ici tout soit pour une bulle

En désarroi, Qu'à Rome Clément sans scrupule

Vende la foi, Je siffle tout jusqu'à sa mule

Lorsque je bois.

Qu'il veuille gloser sur la Bible,

En souverain.

Qu'un pontife soit infidllible

Chez Bellarmin*, Qu'il soit homme répréhensible.

Selon Dupin*, Tout cela me paraît plausible

Le verre en main.

plaire, jamais il ne lui arrivait de dire mal de personne. Il sacrifia tout à l'ambition et aux richesses, quoique prodigue, et fut le plus habile et le plus raffiné courtisan de son temps. »

1. Robert Bellarmin, jésuite italien (1542-1621), a composé plusieurs ouvrages de controverse qui lui ont valu un rang des plus honorables parmi les théologiens.

2. L'abbé Louis £Uies Dupin, historien ecclésiastique (1657-1719). Docteur de Sorbonne et professeur de philo-

^6 Clairambault'Maurepas.

Que Torgueilleux Rohan s'éveille

Tout éperdu, Que Bissy penaud s'émerveille

D'être tondu, Que Tellier ait, baissant l'oreille,

Du pied au c...

Je ne pense qu'à ma bouteille

Quand j'ai bien bu.

Que le parti des jansénistes

Ait le dessus, Que les superbes molinistes

Soient confondus.

Que Quesnel prouve en son ouvrage

L'amour divin, A tous je donne mon suffrage

Si j'ai du vin.

Que la société moins fière

Ronge son frein.

Que Doucin * bouflS de colère

S'échauffe en vain.

Que l'on se torche le derrière

Sophie au Collège ro3ral, il fut destitué pour cause de jansénisme. Dans le plus important de ses ouvrages, la Bibliothèque universelle des auteurs ecclésiastiques ^ Bossuet signala des doctrines erronées, que Dupin fut obligé de rétracter.

I. Louis Doucin, jésuite (1652-1726), fut l'un des plus zélés partisans de la Constitution Unigeniius, et publia contre les Jansénistes nombre de brochures et de factums.

Année iyi6. ^j

De son Tocsin *, Je ris de leur douleur amère Quand j'ai du vin.

Que le superbe essaim d'Ignace

Trafique en dol, Qu'il ose parler de la grâce

Contre saint Paul, Et qu'il crosse sur l'efficace

* Saint Augustin, Tout cela ne vaut pas ma tasse

Quand j'ai du vin.

Que tous les jours on emprisonne

Des partisans, Que l'on tire de leur personne

Beaucoup d'argent; Je ne crains rien de la justice

Pour le certain.

Ne croyez pas que je périsse

Si j'ai du vin.

I. « Le parlement voulant découvrir les auteurs de plusieurs écrits au sujet de la Constitution Unigenitus qu'on appelait Tocsins, dont on soupçonnait le P. Le TeHiet", le P. Doucin et quelques autres jésuites, on apprit d'Amiens qu'on saurait la vérité à Orléans... N'ayant rien trouvé chez les libraires d'Orléans, on s'avisa d'aller au collège des jésuites de la même ville. On y trouva plusieurs presses qui servaient à l'impression de ces libelles, dont le P. Doucin, qui était relégué là, déplais quelques mois, parut être le véritable auteur avec le P. Le Tellier. » {Journal de Buvat, lo juin 1716.)

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