CHANSON BACHIQUE
Ne parlons plus de politique ;
Qu'importe à moi Qui gouverne la république
Lorsque je bois ^ !
A-t-on la paix, a-t-on la guerre ?
Je n'en sais rien, Mais j'ai ma bouteille et mon verre,
Tout ira bien.
I. Chanson que l'on attribue à M. le grand prieur de Vendôme, ennuyé d'entendre parler des affaires du temps. (M.) — La supposition est fort plausible; mieux que personne le grand prieur était à même de célébrer les agréments de la dive bouteille, lui qui, au dire de Saint- Simon, « ne s'était jamais couché le soir, depuis trente ans, que porté dans son lit ivre-mort, coutume à laquelle il fut fidèle le reste de sa vie ».
94» Cl airambault'AIau repas.
Que Ton conserve à la régence,
L'autorité, Que le gouvernement de France
Soit respecté, Que Ton élève des indignes
De tous états, Jen serai content, si nos vignes
Ne gèlent pas.
» Que la hauteur et l'ignorance
Donnant la loi.
Prétendent régler la finance
Du jeune roi.
Et que la Chambre de justice
Soit juste ou non.
Chacun adore son caprice,
Moi mon flacon.
Que du dedans de notre France L'heureux destin
Soit commis à la vigilance Du duc d'Antin^,
I. Le portrait que Saint-Simon a tracé du duc d'Antin justifie pleinement l'opinion du chansonnier. « Personne, dit-il, n'avait ni plus d'agrément, de mémoire, de lumière, de connaissance des hommes et de chacim, d'art et de ménagements pour savoir les prendre, plaire, s'insinuer et parler toutes sortes de langages; beaucoup de connaissances et des talents sans nombre, qui le rendaient propre à tout, avec quelque lecture. Brutal par tempérament, doux, poli par jugement, accueillant, empressé à
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raunûs une bien folle idée
De ses talents S'il ne ne rendait la vie aisée
Aux bons enfants.
Qu'en France maint édit pullule
Contre la loi, Qu'ici tout soit pour une bulle
En désarroi, Qu'à Rome Clément sans scrupule
Vende la foi, Je siffle tout jusqu'à sa mule
Lorsque je bois.
Qu'il veuille gloser sur la Bible,
En souverain.
Qu'un pontife soit infidllible
Chez Bellarmin*, Qu'il soit homme répréhensible.
Selon Dupin*, Tout cela me paraît plausible
Le verre en main.
plaire, jamais il ne lui arrivait de dire mal de personne. Il sacrifia tout à l'ambition et aux richesses, quoique prodigue, et fut le plus habile et le plus raffiné courtisan de son temps. »
1. Robert Bellarmin, jésuite italien (1542-1621), a composé plusieurs ouvrages de controverse qui lui ont valu un rang des plus honorables parmi les théologiens.
2. L'abbé Louis £Uies Dupin, historien ecclésiastique (1657-1719). Docteur de Sorbonne et professeur de philo-
^6 Clairambault'Maurepas.
Que Torgueilleux Rohan s'éveille
Tout éperdu, Que Bissy penaud s'émerveille
D'être tondu, Que Tellier ait, baissant l'oreille,
Du pied au c...
Je ne pense qu'à ma bouteille
Quand j'ai bien bu.
Que le parti des jansénistes
Ait le dessus, Que les superbes molinistes
Soient confondus.
Que Quesnel prouve en son ouvrage
L'amour divin, A tous je donne mon suffrage
Si j'ai du vin.
Que la société moins fière
Ronge son frein.
Que Doucin * bouflS de colère
S'échauffe en vain.
Que l'on se torche le derrière
Sophie au Collège ro3ral, il fut destitué pour cause de jansénisme. Dans le plus important de ses ouvrages, la Bibliothèque universelle des auteurs ecclésiastiques ^ Bossuet signala des doctrines erronées, que Dupin fut obligé de rétracter.
I. Louis Doucin, jésuite (1652-1726), fut l'un des plus zélés partisans de la Constitution Unigeniius, et publia contre les Jansénistes nombre de brochures et de factums.
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De son Tocsin *, Je ris de leur douleur amère Quand j'ai du vin.
Que le superbe essaim d'Ignace
Trafique en dol, Qu'il ose parler de la grâce
Contre saint Paul, Et qu'il crosse sur l'efficace
* Saint Augustin, Tout cela ne vaut pas ma tasse
Quand j'ai du vin.
Que tous les jours on emprisonne
Des partisans, Que l'on tire de leur personne
Beaucoup d'argent; Je ne crains rien de la justice
Pour le certain.
Ne croyez pas que je périsse
Si j'ai du vin.
I. « Le parlement voulant découvrir les auteurs de plusieurs écrits au sujet de la Constitution Unigenitus qu'on appelait Tocsins, dont on soupçonnait le P. Le TeHiet", le P. Doucin et quelques autres jésuites, on apprit d'Amiens qu'on saurait la vérité à Orléans... N'ayant rien trouvé chez les libraires d'Orléans, on s'avisa d'aller au collège des jésuites de la même ville. On y trouva plusieurs presses qui servaient à l'impression de ces libelles, dont le P. Doucin, qui était relégué là, déplais quelques mois, parut être le véritable auteur avec le P. Le Tellier. » {Journal de Buvat, lo juin 1716.)