‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 2)Chapitre 38 sur 155 · II · texte numérisé non relu

II

pS Clairamhault'Maurepas,

Que rinfâme maltôtier crève

Dans sa prison, Que Bourvalais franchisse en Grève*

Maint échelon, Qu'une corde au gibet élève

Son compagnon, Que m'importe qu'on les achève

Quand j'ai du bon ?

Que Le Normand joue en galère

De l'aviron, Qu'on parle de rogner la sphère

De d'Argenson, Que son Gruet fume la terre*

De Montfaucon',

1. La place de Grève ,• située devant l'Hôtel de Ville, était spécialement affectée aux exécutions capitales; le gibet s'y trouvait dressé en permanence. Claude le Petit , dans son Paru ridia^e, l'appelle un

Malheureux espace de terre.

Au gibet public consacré;

Terrain où Von a massacré

Cent fois plus d'hommes qu*à la guerre.

2. Les trois personnages dont il est question ci-dessus furent condamnés par la Chambre de justice seulement en 1717. (Cf. p. 140 et suiv.). La chanson est donc postérieure à la date que lui assignent les Recueils manuscrits.

3. Éminence située aux portes de Paris, sur laquelle se trouvait dressé up immense gibet, où il y avait place pour soixante patients. On y suspendait les corps des suppliciés et on les y laissait pourrir.

Année ïji6, 99

Tant que j'ai du vin dans mon verre Je dis : Bon, bon.

Que dedans la Conciergerie

Les logements Deviennent des chambres garnies

Pour les traitants, Qu'on les pende, qu'on les fustige

Pour leur larcin ; De tout cela je ne m'afflige

Si j'ai du vin.

Que le marchand se désespère

Faute de gain, Que l'artisan dans sa misère

Gueuse son pain Que le bourgeois comme un poète

Meure de faim ; Pour moi, je ris de leur disette

Le verre en main.

Qu'un peuple soit 'prompt à médire,

Sot et changeant.

Qu'à belles dents Pasquin* déchire

Notre Régent; Que dans ses coffres il attire

I. Nom d'un personnage bouffon de la Comédie italienne, qui figure généralement un valet menteur, hâbleur et fripon.

lOO Clairamhault-Maurepas,

Tout notre argent.

En buvant je ne fais que rire Du soin qu'il prend.

Que des pèlerins de Cythère,

Au carnaval, De la nuit cherchant le mystère,

Courent au bal.

Pour moi je reste ferme à table.

Et jour et nuit J'y bois; si le sommeil m'accable

Je cours au lit.

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