NOËL POUR L'ANNÉE
Français, faites silence
Et calmez vos douleurs,
Une sainte naissance Suspendra vos malheurs.
n8 Clairamhault-Maurepas,
Le fils du Roi des rois en ces lieux vient de naître ; Au lieu des pleurs que vous versez, Chantez et vous réjouissez
Pour mieux le reconnaître.
Conseil de conscience,
On connaît ta ferveur
Par ton impatience
A voir ce doux Sauveur.
Tu ne le quittes pas, dis-tu, c'est là ta gloire. Mais les enfants de Loyola Disent autrement que cela ;
Qui de vous faut-il croire ?
Le Régent et sa fille
N'ont point daigné venir
Voir la sainte Famille,
Voulant seuls s'abstenir.
Mais allez, a-t-il dit aux princesses cadettes, Allez-y faire votre cour.
Pour moi je vais au Luxembourg
Pour affaires secrètes.
La Régente est venue Assez modestement * ; Sa prière ingénue
I. La duchesse d'Orléans, qui avait hérité du caractère altier de sa mère, M"*® de Montespan, était cependant d'une timidité extrême. « Le roi, dit Saint-Simon, l'eût fait trouver mal d'un seul regard un peu sévère, et
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Plut fort au Dieu naissant.
Pour la mieux exaucer, Jésus lui fit promesse Qu'à la majorité du roi Le Régent aura plus de foi
Qu'il n'eut dans sa jeunesse.
Ses filles, les princesses,
Y vinrent à leur tour;
Jésus pour leurs caresses
Leur marqua quelque amour.
Que je crains, dit Marie, en les trouvant si belles. Pour vous le sort de votre sœur !
Ha ! pour en éviter Thorreur,
Fuyez toutes à Chelles ^.
Le Conseil de finance
Vint, comme en triomphant.
Faire sa révérence
A ce divin enfant.
Sortez, leur dit Joseph, grand conseil des bévues. Vous forcez les gens de métier, Comme moi pauvre charpejitier,
A loger dans les rues.
M™« de Maintenon peut-être aussi; dumoinâ tremblait-elle devant lui, et sur les choses les plus communes, et en> public, elle ne lui répondait jamais qu'en balbutiant et la frayeur sur le visage. »
I. Louise-Adélaïde d'Orléans, nommée mademoiselle de Chartres^ s'était retirée, en septembre 17 16, à l'abbaye de Chelles. Elle y prit l'habit de religieuse le 31 mars 1717.
I20 Clairamhault'Maurepas,
Je sais bien qu'on m'impute,
Dit NoaiUes l'altier,
Uafireuse culbute
De chaque art et métier, Devais-je être sorcier? — Oui, dit Joseph, faux frère. Qu'il te souvienne qu'un Boyer * Sous Richelieu fut maltôtier.
Et qu'il fit ta grand-mère.
Le Conseil de commerce * Vint prosterné tout bas :
Tout est à la renverse.
Seigneur, dit-il, hélas I Dites-nous le moyen de rétablir en France Le commerce trop ruiné ; En vain sans vous. Dieu nouveau-né.
Notre sagesse y pense.
A quoi bon vous l'apprendre ?
Lui dit l'Enfant Jésus :
Je sais qu'on pourrait rendre Mçs conseils superflus ; Je dirai* seulement que c'est une manie Pour un apprenti potentat
1. Le grand père du difc de Noailles avait épousé Louise Boyer, fille d'Antoine Boyer , seigneur de Sainte- Geneviève des Bois, et dame d'atours de la reine Anne dAutriche.
2. Le Conseil de commerce, oublié dans le principe par le Régent, fut établi en décembre 1715.
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Propre à renverser un État, D'en changer rharmonie*.
Du dedans de la France
Le Conseil vînt enfin
Prier avec instance
Cet Incamé divin De daigner lui donner un ordre salutaire, * Avec un ample règlement, Pour se conduire sagement
Dans son haut ministère.
Joseph dit : La prudence
Interdit nos avis
Quand on a connaissance
Qu'ils ne seront suivis; Je vous dirai pourtant que l'ignorance éclate Dun maladroit savetier Quand, pour prendre un autre métier.
Il quitte sa savate*.
Sur le bruit que la crèche Couvre de grands trésors,
1, Allusion au Régent, qui avait changé le S3rstème administratif du dernier règne, en substituant des conseils aux secrétaires d'État.
2. Les membres du Conseil des affaires du dedans avaient été pris un peu partout ; on y trouvait à côté du duc d*Antin , ce modèle des courtisans , un premier écuyer, Beringhen, un diplomate, le marquis de Brancas, et plusieurs maîtres des requêtes et conseillers de la grand'chambre.