‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 2)Chapitre 65 sur 155 · Plus souvent dénommé la Salpêtrière · texte numérisé non relu

Plus souvent dénommé la Salpêtrière

2. « Voici une imitation de l'ouvrage de M. de Séligny, d'un genre et peut-être d'un mérite différent. EUe est de M. Thierry, ci-devant commis de M. de Montargis. » (Nouveau Mercure galant, juin 1716.)

Année l'Jl'J- 151

Une plus noble ambition, A peine hors de Tenfance excita mon courage ,

La guerre fut ma passion; De mourir pour mon roi je briguai l'avantage. Depuis cinq ans par choix je faisais ce métier,

Lorsque les malheurs de mon père Me firent devenir apprenti maltôtier.

Que n'ai-je été plutôt écrasé du tonnerre I Dans cet indigne état j'ai rampé terre à terre. Sais- tu pourquoi, Damon ? C'est que la probité Chez les financiers se traite de chimère ; Qu'aux qualités du cœur, à l'esprit on préfère

L'insatiable avidité,

La fourberie et la bassesse Aux sentiments d'honneur, au goût, à la justesse

Et que, pour parvenir enfin,

J'avais pris le mauvais chemin.

Fais-moi donc, cher ami, raison de ton caprice,

Il intéresse mon repos.

Quoi ! tu veux que mal à propos,

J'aille à la Chambre de justice , Lui rendre compte. Ai-je gagné du bien ?

De six ans de travail il ne me reste rien.

Dis-moi donc de quoi tu m'accuses?

Il est vrai, j'ai chéri les Muses , J'ai lu Virgile, Ovide, Horace, Martial, Perse, Catulle, Plante, Homère, Juvénal; Dans leurs savants écrits j'ai tâché dé m'instruire, Sans avoir envers eux commis de péculat; Combien d'honnêtes gens n'en pourraient pas tant dire^,

152 Clairamhault-Maurepas.

Quoique malgré leurs vols, leur style soit fort plat !

Peut-être blâmes-tu l'audace Qui m'a fait célébrer notre auguste Régent ?

Pouvais-je en user autrement ?

Un tel crime d'ailleurs porte avec lui sa grâce. Du zèle et du devoir ma Muse a pris la loi :

Non , l'édit n'est pas fait pour moi !

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