‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 2)Chapitre 77 sur 155 · CONSTITUTION UNIGENITUS · texte numérisé non relu

CONSTITUTION UNIGENITUS

Or écoutez la noble histoire De dame Constitution.

J'en veux célébrer la mémoire Par une immortelle chanson.

1. Les paroissiens sonnaient les cloches pendant que le ciu'é lisait le mandement. (M.)

2. Duvaux et La Fare, grands-vicaires, Morel secrétaire. (M.)

3. Les querelles suscitées par la bulle Unigeniius donnèrent lieu à une quantité prodigieuse de livres, brochures, pamphlets, libelles, etc., parmi lesquelles deux seulement méritent d'être cités, comme présentant un caractère d'utilité générale pour la question. Ce sont : YHistoire de la Constitution Unigenitus, par le P. Lafiteau, et le JoumtU de la bulle Unigenitus, par l'abbé Dorsanne.

173 Clairambault^Maurepas,

Le pape dit que c'est l'ouvrage De ses inÊdllibles ébats^ Mais fort souvent, en mariage, L'époux se flatte en pareil' cas.

Non, non, son épouse mystique Telle fille n'adoptera.

Cette œuvre est de la politique Des dignes fils de Loyola.

Le fait est notoire et visible , C'est la fille de Jouvency :

Si cet ouvrage est infaillible.

Les almanachs le sont aussi.

Louis vivant, les fiers tricornes L'allaient faire passer en loi, Et par leur puissance sans bornes.

Donner comme article de foi.

Tout cédait au pouvoir suprême Placé dans leurs indignes mains :

On força le Parlement même De souscrire à leurs noirs desseins.

Cette cohorte déchaînée, Prête à verser le sang d'Abel, La foudre en main fut arrêtée Par un soufile de TÉtemel.

Année IJIJ» 179

Louis meurt, un Régent illustre Fait grâce au pouvoir abattu, Et remet dans son premier lustre Religion, lois et vertu.

Tout prend une face nouvelle.

Tout rit dans son auguste cour; Les saints exilés on rappelle, Les peuples chantent leur retour.

On ne voit plus de jansénistes, Tout uniment on est chrétien ; S'il n'était plus de molinistes, Après cela tout irait bien.

Mais taisez-vous. Muses, silence; Bien des prélats sont assemblés. Paix, soumettez votre croyance Aux points qui seront décidés.

De cette célèbre assemblée, On a fait l'éloge à Paris :

Tout d'une voix, on l'a nommée Le congrès d'Asinopolis.

L'Esprit Saint n'a pas pris la peine D'inspirer leurs décisions ; Ce sont en langue ignacienne De probables opinions.

i8o Clairambault^Maurepas.

Le nonce ne perd pas de vue ^ Le projet si bien commencé ; Finement, il leur insinue Le plan que Rome en a tracé.

S'il voit que quelque âme craintive Balance à souscrire à ce plan, Il lui fait voir en perspective Un chapeau rouge au Vatican'.

Chacun de ces prélats contemple D*un œil jaloux Rohan, Bissy',

1. Comelio Bentivoglio, archevêque deCarthage et nonce de Clément XI en France, soutint avec beaucoup de zèle la Constitution Unigenitus^ pour obtenir le chapeau de cardinal, qui ne lui manqua pas. Saint-Simon l'a violemment maltraité dans ses Mémoires, Voici ce qu'il dit de lui au moment où il quitta Paris en 1719 : « Le nonce Bentivoglio, près enfin d'être cardinal et sûr de trouver sa calotte en entrant en Italie, prit congé du roi et du Régent, après avoir fait ou voulu et travaillé à faire tous les maux dont les chiens et les loups enragés peuvent être capables. Il emporta le mépris et la malédiction publique, même de ceux de son parti. Il ne fut regretté que d'une fille de l'Opéra qu'il entretenait chèrement, et dont il eut une fille qui, à son tour, monta sur le théâtre de l'Opéra, où elle a été fort connue sous le nom de la Constitution, en mémoire de son éminentissime père, qui en tout était un fou et un scélérat qui aiirait mis le feu aux quatre coins de l'Europe, s'il avait cru et pu en hâter sa promotion d'un joiu*.»

2. Le chapeau de cardinal fut en effet la récompense des partisans les plus dévoués de la bulle.

3. Rohan et Bissy, les deux chefs du parti moliniste, devaient leur cardinalat au zèle qu'ils avaient montré en faveur de la bulle.

Année ijij. i8

Flattés sur leur profane exemple Uêtre un jour cardinaux aussi.

Uesprit plein de Taimable idée Du prix qu'on leur fait entrevoir, On peut juger qu'à l'assemblée Chacun a bien fait son devoir.

Quesnel, ton afïaire est jugée.

Ne te plains pas de ton destin , Si ta doctrine est condamnée :

C'est celle de saint Augustin.

Si, dans Milève et dans Carthage, Jadis Pelage on condamna ^, C'est qu'en ce temps, ah I quel dommage I Les jésuites n'étaient point là '.

. I. Pelage, hérésiarque fameux de la fin du IV* siècle, avait émis sur le péché originel, la grâce et le libre arbitre des doctrines en contradiction avec les principes fondamentaux du christianisme. Saint Augustin et saint Jérôme s'élevèrent avec énergie contre ces doctrines, et neuf conciles successifs, tenus dtos l'espace de sept ans, les condamnèrent, entre autres le concile de Milève (416) et le grand concile dAfrique réuni à Carthage (418).

2. On a souvent taxé de pélagianismé la doctrine du jésuite Molina sur la concorde du libre arbitre avec la grâce et la prédestination. C'est là une assertion dépourvue de sens et de fondement, ainsi que l'a démontré Rohrbacher dans son Histoire universelle de V Église catholique (t. XIII, éd. Gaume, in-4°).

i82 Clairamhault-'Maurepas.

La grande afiaire est décidée, Dieu sait comme k Rome on rira; Clément y sur sa chaise percée , Est infaillible ex cathedra.

Sous peine des Madelonnettes S On défend très expressément A toutes femmes et fillettes , L'Ancien et Nouveau Testament.

Quoi donc, prélats, pouviez-vous croire Ce que votre bouche dictait ?

Nous croyons tous, pour votre gloire.

Que votre cœur le démentait.

Vous avez fait une ordonnance Uimprimer vos décisions.

Mais, pour votre honneur, la Régence En défend les impressions '.

1. Le couvent des Filles de la Madeleine ou MadeUmnettes, établi dans le quartier Saint-Martin-des-Champs, était destiné à renfermer les filles publiques pénitentes. Les parents y faisaient aussi renfermer leurs filles débauchées.

2. En 1715, l'assemblée du clergé de France avait condamné le Livre des Hexaples et le Témoignage de la vérité, « avec des qualifications très fortes ; M. le Régent leur a. fait dire de ne point faire imprimer ces condamnations, ni de ne les point mettre dans leurs registres ; ils ont obéi, mais ils emporteront daps leurs diocèses ces condamnations signées par les secrétaires de l'assemblée, afin qu'on ne puisse les révoquer en doute. % (Journ. de Dangeau, 31 oct.)

Année I^IJ. 183

Rendez grâce à la Providence, Sans cet ordre plein de bonté, On aurait vu votre ignorance Transmise à la postérité.

Servez à votre fantaisie Le saint-père, mais respectez.

En faveur de votre patrie, Les gallicanes libertés.

Quand j'entends la voix de l'Église, Mon cœur l'écoute avec respect ; Mais, quand Clément seul verbalise.

Ce qu'il dit me paraît suspect.

Ce qu'il décide seul à Rome

Ne peut être article de foi ;

Quoique très saint, il n'est qu'un homme :

Peut-être un pécheur comme moi.

S'il refuse aux prélats des bulles ^, Il en sera plus indigent; Nous ferions-nous de sots scrupules De lui refuser notre argent ?

S'il veut nous contraindre de suivre Son horrible Constitution,

I. A l'instigation de Bentivoglio, Clément XI refusait l'institution canonique aux évêques et abbés nommés par

184 Clairamhault'Maurepas.

Nous pourrions bien faire revivre La pragmatique sanction ^.

Enfin qu'est-elle devenue, La pauvre Constitution ?

A Rome on va la mettre en mue Pour la première occasion.

Comme une fille fort jolie, Au premier jour, on la verra Prendre la route d'Italie, Pour aller voir son bon papa.

Mais de Paris partira-t-elle Sans aller voir le Parlement ?

D*Aguesseau et l'abbé Pucelle * Lui préparent un compliment.

le Régent, et entre autres à l'abbé de Castries, que l'on venait de créer archevêque de Tours.

1. La pragmatique sanction de Charles VII, rendue par ce prince à Bourges, traitait des matières fort diverses, relatives aux questions religieuses. Elle établissait entre autres principes l'infériorité de la puissance pontificale par rapport à l'autorité des conciles. C'est sans doute à cette disposition que l'on veut faire allusion ici. On a souvent cité une autre pragmatique sanction que l'on prétendait émanée de saint Louis ; mais il est aujourd'hui démontré que cet acte est absolument faux.

2. En 1714, lorsque Louis XIV voulut faire enregistrer la bulle Unigenitus au parlement, d'Aguesseau encouragea les magistrats à la résistance et obtint un arrêt qui enregistrait la bulle avec des réserves telles qu'elles supprimaient tous les avantages de cette formalité. — L'abbé

Année IJIJ, 185

Mais comme il faut à cette belle Grande escorte de conducteurs, Qu'elle emmène au moins avec elle Tous ses fades adulateurs.

LE

Page 1