LES EXPLOITS DE ROUILLÉ
Que Rouillé, sortant de sa sphère,
S'en aille au bal, Qu'il culbute le c... par terre,
Ce franc brutal, Et qu'en docteur il cabriole ^ ,
Sautant partout, Je conclurai que ce vieux drôle
Était bien soûl *.
Que dans le bal ^, à la taverne,
En carnaval.
Ce nouveau docteur te gouverne,
1. Il avait pris l'habit d'un docteur de la Comédie italienne. (M.)
2. Saint-Simon ne lé flatte pas plus que l'auteur de la chanson : « C'était, dit-il un rustre brutal, bourru, plein d'humeur, qui, sans vouloir être insolent, en usait comme font les insolents, dur, d'accès insupportable, à qui les plus secs refus ne coûtaient rien, et qu'on ne savait comment voir ni prendre ; au reste bon esprit, travailleur, savant et capable, mais qui ne se déridait qu'avec des filles et entre les pots, où il n'admettait qu'un petit nombre de familiers obscurs. »
3. Rouillé du Coudraj alla au bal sur la fin de janvier 17 17, étant ivre, avec la Saint- Victor, sa maîtresse, et la Poli, veuve de Thierriat, maître des coches d'Auxerre
ao4 Clairamhault^Maurepas,
Ce n'est pas mal ; Mais que le destin de la France
Soit en sa main, Adieu, j'en prends congé d'avance,
Je sens sa fin.
Ce beau ministre de finance
Rempli àe vin , Pour mieux faire admirer sa danse
Et sa catin, De Balouard ^ a pris la figure
Et le parler.
C'est l'exploit de magistrature
Du grand Rouillé.
Régent, chasse de ta confiance Ce comédien;
et diligence de Lyon, maîtresse de M. Bignon, intendant de la généralité de Paris. Il les caressa et les baisa devant tout le monde. Il dansa ; en se tourmentant, son nez postiche tomba, on le reconnut. Les excès du vin qu'il avait pris et les mouvements qu'il s'était donnés l'obligèrent à rendre ce qu'il avait de trop. On le fit entrer dans une loge où il vomit amplement, et on l'emporta à quatre dans son carrosse. C'est ce qui a donné lieu à cette chanson. Quelques jours après parut au bal un homme ivre ; quelqu'un dit tout haut : « Excusez, le maître n'a pu y venir, il a envoyé son premier commis. » Ces bals se font à la Comédie et dans la salle de l'Opéra au Palais-Royal. — La Poli s'appelle Chevance. Elle a épousé Thierriat qui avait acquis la terre de Poli dont il avait pris le nom. Elle est en Bourgogne et vaut soixante mille livres. (M.) I. Docteur de la Comédie italienne. (M.)
Année l'Ji'J, 205
De Desmarets * prends Tassistance,
Tout ira bien. Quand le commerce et la finance
Recourt à toi, Laisseras-tu toute la France
En désarroi ?
O vous I Régent, qui voulez rendre
Le peuple heureux, Daignez quelquefois de l'entendre.
Suivez ses vœux.
Bannissez ce docteur infâme
Et ses consorts, Vous verrez* revivre sans blâme
L'esprit des morts.
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Il me faudrait quitter ma troupe de Bourgogne*, L'aimable Saint- Victor et mainte autre catin.
I. Dix-huit mois s'étaient à peine écoulés depuis que Ton menaçait Desmarets de la potence,, et déjà l'on regrettait ce sage ministre. Ainsi va l'opinion publique.
*2. Rouillé avait une prédilection marquée pour les comédiens. « Ce fut lui, dit Duclos qui persuada au Régent de rappeler les comédiens italiens qui avaient été chassés par le feu roi pour avoir joué la Fausse prude, dont le public fit l'application à M"* de Maintenon. La nouvelle troupe prit le titre de Comédiens du Régent, et fut, sous l'inspection de Rouillé, indépendante des gentilshommes de la Chambre. Cette nouveauté fit, pendant quelque temps déserter le Théâtre français, et les farces italiennes
2o6 Clairamhault^Maurepas,
Non, monseigneur, je suis un trop par£ût ivrogne Pour accepter des sceaux, s'ils ne sont pleins devin ^