II
2i8 Clairambault^Maurepas,
— Trigaud ^, lui dis-je, à moi point ne s'adresse
Ce beau début; c'est me jouer d'un tour.
Je ne suis point rimeur suivant la cour;
Je ne connais roi, prince, ni princesse,
Et si tout bas je forme des souhaits.
C'est que d'iceux ne sois connu jamais.
Je les respecte : ils sont dieux sur la terre,
Mais ne les faut de trop près regarder;
Sage mortel doit toujours se garder
De ces gens-là qui portent le tonnerre.
Partant, vilain, retournez vers le roi.
Dites-lui fort que je le remercie
De son logis*; c'est trop d'honneur pour moi,
Il ne me faut tant de cérémonie.
Je suis content de mon bouge, et les dieux.
Dans mon taudis, m'ont fait un sort tranquille ;
Mes biens sont purs, mon sommeil est facile,
J'ai le repos; les rois n'ont rien de mieux. >
J'eus beau parler et j'eus beau m'en défendre,
Tous ces messieurs, d'un air doux et badin,
Obligeamment me prirent par la main \
« Allons, mon fils, marchons... » Fallut me rendre.
Fallut partir. Je fus bientôt conduit
En coche clos vers le royal réduit,