‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 2)Chapitre 94 sur 155 · Le cardinal de Noailles · texte numérisé non relu

Le cardinal de Noailles

2. C'est la satire que Voltaire composa au sujet de son arrestation. Bien qu'elle ait été plusieurs fois imprimée, nous avons pensé qu'on la lirait avec plaisir dans ce recueil, où sa- place était tout naturellement marquée.

Année l'Ji'J. 217

Un mien valet, qui du soir était ivre : « Maître, dit-il, le Saint-Esprit est là; C'est lui sans doute, et j'ai lu dans mon li^Te Qu'avec vacarme il entre chez les gens. »

Et moi de dire alors entre mes dents :

« Gentil puîné de l'essence suprême , Beau Paraclet, soyez le bienvenu; N'êtes-vous pas celui qui fait qu'on aime ? » En achevant ce discours ingénu, Je vois paraître au bout de la ruelle Non un pigeon, non une colombelle.

De l'Esprit- Saint oiseau tendre et fidèle, Mais vingt corbeaux, de rapine affamés, Monstres crochus que l'enfer a formés :

L'un près de moi s'approche en sycophante ; Un maintien doux, une démarche lente.

Un ton cafard, un compliment flatteur.

Cachent le fiel qui lui ronge le cœur.

< Mon fils, dit-il, la cour sait vos mérites; On prise fort les bons mots que vous dites.

Vos petits vers et vos galants écrits, Et comme ici tout travail a son prix.

Le roi, mon fils, plein de reconnaissance.

Veut de vos soins vous donner récompense.

Et vous accorde, en dépit des rivaux.

Un logement dans un de ses châteaux.

Les gens de bien qui sont à votre porte Avec respect vous serviront d'escorte ; Et moi, mon fils, je viens de par le roi Pour m'acquitter de mon petit emploi.

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