Voici le procès-verbal de l'arrestation de Voltaire
« François-Marie Arouet, sans profession, ûh du sieur Arouet, payeur de la Chambre des comptes, entra à la Bastille, le 17 mai, accusé d'avoir composé des pièces de
220 Clairambault'Maurepas,
Ne dormant point, buyant chaud, mangeant froid. Sans passe-temps, sans ami, sans maîtresse^.
« O Marc-René ! que Caton le Censeur' Jadis dans Rome eût pris pour successeur,
poésie et vers insolents contre M. le Régent et M*** la duchesse de Beny, entre autres une pièce qui a pour inscription : I^ro rtgnoHU, Accusé aussi d'avoir dit que, puisqu'il ne pouvait se venger de M. le duc d'Orléans d'une certaine façon, il ne l'épargnerait pas dans ses satires, sur quoi quelqu'un lui ayant demandé ce que son Altesse Royale lui avait fait, il se leva conune un furieux
et répondit : « Comment ! vous né savez pas ce que ceb
« m'a fait? Il m'a exilé parce que j'avais fait voir au pu- « blic que sa messaline de fille était une p »
« Signé : M. d'Argenson ; Deschamps, greffier ; le commissaire Isabeau ; Bazin, exempt de robe courte. »
Nous avons déjà remarqué que si la satire sur les Mtaix de la fin du règne de Louis XIV fut le prétexte de l'emprisonnement d'Arouet, les épigrammes contre le Régent et la duchesse de Beriy étaient le véritable motif de sa détention. Le procès-verbal ne laisse aucun doute sur ce point.
1. La maîtresse à laquelle Voltaire fait allusion doit être la belle Suzanne-Catherine Gravet de Corsembleu de Livry. Elle l'avait trahi pour Genonville, que le poète imprudent avait eu le tort d'admettre dans son intimité. C'est de ce perfide ami qu'il disait plus tard :
Je sais que par déloyauté
Le fripon naguère a tftté
De la maltresse tant jolie.
Dont j'étais si fort entêté.
Il rit de cette perfidie.
Et j*aurais pu m'en courroucer,
Mais je sais qu'il faut se passer
Des bagatelles dans la vie.
2. Marc-René de Voyer d'Argenson, alors lieutenant de police.
Année ijl'j- 221
O Marc-René I de qui la faveur grande
Fait ici-bas tant de gens murmurer,
Vos beaux avis m'ont fait claquemurer*,
Que quelque jour le bon Dieu vous le rende I »