MADEMOISELLE PELISSIER
Or écoutez, grands et petits, Ce qui se passe dans Paris D'un juif avec une chrétienne, Qui, comme une vilaine chienne, Couche avec lui impunément, Le tout pour avoir son argent.
Son mari qui est à Rouen Est venu fort secrètement
I. « François Lopez Dulys, juif, né à Amsterdam, et prodigieusement riche, fit, en 1729, un voyage à Paris. Il s'y amouracha de la Pélissier, actrice de l'Opéra, peu jolie et sans esprit ; il fallut bien des négociations pour en venir . à bout... Le mari de la Pélissier écrivit à Dulys que sa femme était à son service s'il voulait donner 15,000 livres pour elle et 10,000 livres pour lui. Le marché fut conclu, et la Pélissier employa tout son art pour tirer de lui une grande quantité de pierreries. » {Mélanges de Boisjourdain.)
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Et s'en est retourné de même Après lui avoir fait son thème Et donné son consentement Pour duper cet indigne amant.
Elle part donc avec ce juif 1
Qui pue comme un quintal de suif,
Pour aller faire sa fortune,
Qu'elle dit n'être pas commune.
Enfin elle suit sans horreur
L'ennemi de notre Sauveur. #
Elle se moque de cela Et prend congé de l'Opéra :
Adieu, Paris, adieu parterre, Tu ne nous feras plus la guerre.
Adieu, Francœur*, mon petit cœur, Je te souhaite bien du bonheur.
Adieu tous mes anciens amis :
Je vais dans un autre pays Que l'on appelle la Hollande, Où personne ne vous demande Si vous êtes juif ou chrétien, Car tout cela ne sert de rien. —
1. Elle refusa de le suivre .en Hollande, après le lui avoir promis. (Cf. ci-après p. 253.)
2. François Francœur, entré fort jeune en qualité de violoniste à l'Opéra, avait été admis dans la musique de ia Chambre du roi.
230 Clairambault-Maurepas.
Il est sûr que quelque matin Elle verra l'esprit malin Qui fait sentinelle à sa. porte.
Crains, .Pélissier,: qu'iL ne t'emporte Ou que tu ne périsse un jour, Comme a fait monsieur Deschaufour.