LE LYNX
Au milieu des travaux où brille ta prudence, Hérault, je te demande un instant d'audience; Daigne me l'accorder et souffre que ma voix Loin du monde et du bruit t'appelle dans les bois. D'autres, pour acquérir l'honneur de ton estime, Pourront avec éclat prendre un effort sublime. Mon style manque d'art, mais sa simplicité Fait rendre à la vertu ce qu'elle a mérité.
Certaine chronique rapporte Que, dans une forêt pleine d'oiseaux divers Et d'animaux de. toute sorte, Entra jadis l'esprit pervers ; • ^
Aussitôt les larcins, les meurtres, le carnage,
I. A M. Hérault, conseiller d'Etat, lieutenant général de police. (M.) — Cet apologue flatteur pour le magistrat doit être l'œuvre d'un molroiste ; on verra ailleurs (Cf. t.. VI, année 1732) comment les jansénistes traitaient leur adversaire.
*g& ClairamhauJt^Atétarepas.
Les trahisons, le brigandage, Y vinrent déployer leur coupable fureur.
La raison du plus fort emportait la balance , Le vice triomphait, la timide innocence
Perdait ses soupirs et ses peines.
Sultan lion, dont l'âme généreuse Souffrait avec chagrin de pareils attentats , Résolut d'extirper du sein de ses États
Cette licence dangereuse.
Pour remplir un projet si beau,
Il se servit du ministère
D'un lynx qui suivait le flambeau
De l'équité la plus austère.
A son aspect les crimes confondus
Cherchèrent en vain un asile ;
Sa vigilance et ses soins assidus
Rendirent la forêt tranquille.
Le pigeon du vautour méprisa la fureur Et l'innocent agneau vit le loup sans terreur.
Sage magistrat, cette fable N'a point l'obscurité des énigmes du Sphinx.
Paris de son repos à tes soins redevable Verra facilement que ma Muse équitable Ne songeait qu'à toi seul, en dépeignant le lynx.
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