‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 3)Chapitre 21 sur 147 · TROIS DUCS AU PARLEMENT · texte numérisé non relu

TROIS DUCS AU PARLEMENT

Or, écoutez, petits et grands, Le très piteux événement, Qui vient d'arriver en France :

Trois ducs et pairs ont pris séance Parmi messieurs du Parlement, Pour y blâmer monsieur Le Blanc *.

1. Messieurs les ducs de Richelieu, de La Feuillade, maréchal de France, et de Brancas, s'étant trouvés aux premières assemblées du Parlement, pour le procès de M. Le Blanc, ci-devant secrétaire d'État et complices, et ayant cessé d'y aller, ont donné lieu à ce vaudeville. (M.)

2. Le lundi 8 janvier 1725, toutes les Chambres du Parlement assemblées à la grand'Chambre pour travailler à l'affaire de M. Le Blanc et de Michel La Jonchère, cidévant trésorier de l'extraordinaire des guerres, soupçonné d'avoir participé au meurtre du sieur Sandrier, commis de La Jonchère, M. le duc d'Orléans et le prince de Conti s'y trouvèrent à toutes les séances jusqu'à la fin en faveur

y> Clairambault-Maurepas.

Tous les ducs ont été camards,

Quand ils ont su que le Villars,

Richelieu et La Feuillade

Ont fait cette belle cacade,

Et que, pour eux, l'honneur n'est plus

Qu'un vain et chimérique abus.

Ils y furent tous trois lundi, Entrèrent encor le mardi;

Mais, mercredi, plus ils Posèrent, Et, depuis, ils n'y retournèrent, S'y yoyant siffles, bafoués, Montrés au doigt de tous côtés 1 .

C'est monsieur le duc d'Orléans Qui, du temps qu'il était Régent,

de M. Le Blanc. MM. Les ducs de La Feuillade, de Brancas et de Richelieu y vinrent le premier et le second jour pour faire leur cour à M. le duc de Bourbon ; après quoi, ils ne parurent plus. MM. Pallu et Delpech de Mireuïlle furent rapporteurs de l'affaire, qui fut jugée le 22 janvier et renvoyée à la Tournelle sans qu'il fut parlé dans la prononciation de l'arrêt de M. Le Blanc, nonobstant les conclusions du procureur général qui tendaient à le décréter de prise de ccrps.

Cette affaire ne s'est pas menée sans intrigues de part et d'autre. Le Parlement en général était pour M. Le Blanc. Les Paris avaient excité M. le Duc contre La Jonchère et M. Le Blanc. (M.)

i. « On les avait regardés dans le public comme les espions de M. le Duc, et ils s'étaient retirés. On a fait des chansons sur les trois ducs et on les a tympanisés. » (Journal de Barbier,)

Année IJ25. 31

A donné lui-même le grade De duc et pair à La Feuillade ; Et cependant on voit, pour prix De ce bienfait, qu'il le trahit.

Villars, qu'il a fait pair aussi,

Lui tourne casaque aujourd'hui.

Admirez la reconnaissance

Des grands que l'on nous vante en France ;

Sans le Régent, sans ses bontés,

Villars aurait été ruiné.

Pour Richelieu, sans en parler, Le monde le connaît assez.

Étourdi, plein de confiance, Content de faire une imprudence, Au risque même du mépris, Pourvu que l'on parle de lui.

Que ces trois bons ducs à présent Viennent disputer fièrement Le pas' à toute la noblesse, Quand on Jes voit avec bassesse Prendre rang sur les fleurs de lys Pour faire leur cour aux Paris.

Or, prions tous, à deux genoux, Le dieu de l'empire des fous Qu'il engage par sa marotte

3a Clairambault-Maurepas.

Le commandant de la calotte, De donner charge en ses États A ces trois fameux magistrats.

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