LA VANITE DE DODUN
Dodun dit à son tailleur 1 AJarquis d'Herbaut je me nomme, Je veux être en grand seigneur
1. Charles Gaspard Dodun, marquis d'Herbaut (1679- 1736) fut successivement conseiller au Parlement de Paris, à la quatrième Chambre des enquêtes, président de la même Chambre, intendant de Bordeaux, maître des requêtes de l'hôtel du roi, et contrôleur général des finances, le 21 avril 1722.
2. «'Il est arrivé une aventure divertissante à là cour. M. Dodun, contrôleur général des finances et puissamment riche, a acquis le marquisat d'Herbaut, proche Orléans, et la charge de lieutenant du roi d'Orléans. Cela lui a paru trop bourgeois de rester un homme de robe, surtout ayant le cordon bleu ; il a pris l'épée, s'est fait appeler M. le marquis d'Herbaut, et, entre autres choses, il s'est fait gàlonner un habit, ni plus ni moins qu'un habit d'un officier des gendarmes. Cela a paru si ridicule qu'on n'a pas pu y tenir. Il est fort haï. On a recherché l'origine du sieur Dodun, et on a trouvé que son grandpère avait été laquais ; et, enfin, on a fait des chansons sur lui et sur M. Dodun, qui ont été chantées jusque par les décrotteurs. M me Dodun en a été huit jours sans dormir. » (Journal de Barbier.)
Année IJ25. 33
Habillé, et voici comme :
Galonnez, galonnez, galonnez-moi,
Car je suis bon gentilhomme.
Galonnez, galonnez, galonnez-moi.
Je suis lieutenant du -roi.
Cela suffit, dit le tailleur :
N'épargnons rien pour cette emplette; Je comprends bien que Monseigneur Veut la chamarrure complète.
A la cour on l'admirera Et à la ville on chantera :
Galonnez, galonnez, galonnez-moi, Je suis lieutenant du roi.
Oui, dit sa chère moitié,
Et contrôleur des finances,
Ma foi 1 c'est un bort métier,
Des meilleurs qui soient en France, Galonnez, galonnez, galonnez bien,
Car nous aimons la dépense ; Galonnez, galonnez, galonnez bien,
Un habit comme le sien.
Mon cousin, dit le tailleur, Il n'est point de gentilhomme Qui ait l'air de grand seigneur, Comme aura votre personne :
Galonnez, galonnez, galonnez-vous, Votre aïeul si galant homme,
j^, Clairambault-Maurepas
Galonnez, galonnez, galonnez-vous, Portait galons comme vous.
La Dodun dit à Frison 1 :
Coiffez-moi avec adresse,
Je prétends avec raison
Inspirer de la tendresse :
Tignonnez, chignonnez, bichonnez-moi,
Je vaux bien une duchesse, Tignonnez, chignonnez, bichonnez-moi,
Car je soupe avec le roi*.
Ma foi, lui répond Frison,
Quoique friser je me tue,
Malgré votre beau chignon,
Vous ne serez point courue :
Tignonnez, bichonnez, moutonnez bien,
Ce sera peine perdue, Tignonnez, bichonnez, moutonnez bien,
Sans argent, vous n'aurez rien.
Certain soir, en sa gaîté Voulant qu'on rendît hommage
i. « Le fameux Frison, qui avait été laquais, frisait fort bien. Toutes les femmes de la cour l'appelaient et ne voulaient confier qu'à lui leur tête ; il avait réellement un talent supérieur qu'il avait formé chez Bligny... Il est devenu un homme important, remarquable par ses saillies pleines de simplicité et de mérite. » (Mémoires de Maurepas.)