‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 3)Chapitre 3 sur 147 · LE DUC DE BOURBON · texte numérisé non relu

LE DUC DE BOURBON

Peuples, lorsque l'indigence

Vous causa tant de malheur,

Voulez-vous savoir l'auteur

Des maux que souffrit la France 2 ? *

Je n'en dirai pas le nom,

Mais voyez la ressemblance :

Je n'en dirai pas le nom,

Or, écoutez ma chanson.

Il porte sur deux échasses

Un corps fait comme un cotre t,

Sa tête montre à regret

1. Louis-Henri de Bourboo, nommé le duc cPEnghien, puis Monsieur le Duc, devint premier ministre de Louis XV, à la mort de Philippe d'Orléans,

2. Lors du système de Law, il avait fait preuve d'une insatiable cupidité ; et l'on avait appelé par dérision la tourbe des agioteurs qui opéraient sur la place Vendôme le camp de Condé.

L'œil qu'il perdit à la chasse.

Je n'en dirai pas le nom, Il faut respecter sa place.

Dans cette informe machine Réside un diminutif De cet esprit senskif, Qui sur les bêtes domine. • Je n'en dirai pas le nom, L'âme répond à la mine 1 .

Ainsi que dessus les bétes Les hommes ont l'ascendant, Sa catin, depuis longtemps,' Le fait marcher à courbettes.

Je n'en dirai pas le nom, Elle le mène à sa tête*.

i. « Moins capable que son prédécesseur, mais, autant que lui, livré à la débauche, il était grand, maigre, d'une figure peu revenante, d'une humeur brusque et peu commode, curieux et aimant les choses rares et précieuses; possesseur d'une très belle femme, dont il ne connaissait pas tout le prix ; cherchant ailleurs des plaisirs qu'il était peu en état de goûter. » (Afétn. secrets povr servir à l histoire de Perse.)

2. La de Prie. (M.) — « M. le Duc est d'un esprit très borné, et ne sachant rien, n'aimant que son plaisir et la chasse, étant très attaché à la marquise de Prie, fille de Berthelot de Pleneuf, directeur général des viyres dans les dernières guerres. C'est elle qui gouvernera et qui tirera de l'argent tant qu'elle pourra, aussi bien que M. le Duc et le comte de Charolais, son frère. Il suffit d'être du sang des Bourbons pour ne pas haîr ce métal.' » {Journ. de Barbier?)

Quand le chef de la Régence, Premier ministre, périt, En escroc il se saisit De cet emploi d'importance 1 .

Je n'en dirai pas le nom, Mais Dieu ! quelle différence.

Pour diriger la finance Il n'a pris pour tout conseil Qu'un déserteur sans pareil En vol et en insolence 1 .

Je n'en dirai pas le nom, Je l'attends à la potence, Je n'en dirai pas le nom, Or, écoutez ma chanson s .

1. A peine le duc d'Orléans rendait-il le dernier soupir que M. le Duc fut prêter serment au roi de la place de premier ministre, avant même d'avoir ses provisions. Ce fut M. de la Vrillière, secrétaire d'État, qui le servit dans cette occasion, oubliant tout ce qu'il devait à la maison d'Orléans. (M.)

2. Paris Duvernay, soldat aux gardes de la compagnie de Montarant, se trouva du nombre de ceux qui furent accusés d'avoir volé le carrosse de Bruxelles. Montarant le fit sauver à Namur, où il resta jusqu'à ce que l'affaire lût assoupie. Duvernay lui en à marqué, depuis qu'il est en faveur, une reconnaissance infinie. (M.)

3. Nous ferons remarquer, en tête de ce volume, que la plupart des pièces dont il est composé, ne figurent pas à leur véritable date dans le Recueil Clair ambault. Il a donc . fallu recourir à de nombreuses transpositions pour observer l'ordre chronologique des événements.

Clair ambauh- Maure pas.

Page 1