LES DEUX MINISTRES
Gémis, France/ gémis, pleure ta destinée.
A de cruels malheurs sans cesse abandonnée, En perdant ton grand roi, tu perdis ton appui; Celui qui lui succède et qui règne aujourd'hui! Est livré par deux fois à d'odieux ministres. Le premier, n'écoutant que des conseils sinistres 1 , D'un projet effréné te fit sentir l'horreur; Bu faux appât du gain colora sa noirceur •Et, voulant absorber tous les biens de nos pères, Pour des réalités nous donna des chimères.
Son cœur ambitieux, qui nageait dans l'orgueil, De toutes les vertus fut le funeste écueil,
i. M. le duc d'Orléans Régent. (M.)
Année 1726. 7
Et, foulant à ses pieds le droit de la nature, Des forfaits les plus noirs sa vie fut la peinture: Il est mort satisfait et tranquille au dehors, Sans crainte, sans effroi, sans marque de remonte. Le ciel, tranchant le cours de son dessein perfide, Arrêta les horreurs d'un affreux parricide.
France, combien de fois as-tu pâli d'effroi, En voyant le danger qui menaçait ton roi !
Heureuse si tu peux en perdre la mémoire.
De ton premier tyran telle est l'affreuse histoire. Le second *, moins fertile en projets captieux, Beaucoup moins éclairé, voyant par d'autres yeux, L'abondance réduit par son âme insensée Aux avares désirs d'une femme effrontée *.
Ton peuple demi-mort et pressé par la faim 3 , N'était qu'un faible essai préparé par sa main. Son avide fureur se nourrit de ses larmes.
Vois tes enfants craintifs au milieu des alarmes Attester vainement, en réclamant leurs droits, Le serment solennel du sacre de tes rois 4 ; Trop légitimes droits qu'efface l'injustice, Les lois n'ont plus de force où règne l'avarice. L'audace d'une femme élude les serments, Convertit ton sang même en de vains ornements,