DU DUC DE BOURBON
Or, écoutez, petits et grands, .
L'histoire d'un événement Qui a surpris toute la France Quand on a vu tourner la chance Contre un ministre trop méchant Qui perdait les honnêtes gens.
I. On a déjà vu que le duc de Bourbon était borgne ; de là ce surnom de Cyclope qui lui est fréquemment appliqué.
74 Clairambault-Maurepas.
Ce fut un beau jour de mardi Que notre jeune roi Louis Dit à Charost, son capitaine :
Monsieur, prenez tantôt la peine, Tenant en main votre bâton 4 , D'arrêter le duc de Bourbon.
Ayant dit ces mots en secret, Le roi partit pour Rambouillet, Pendant que le premier ministre, Ne prévoyant rien de sinistre, Assis dedans un beau fauteuil, Travaillait avec de Breteuil.
En cet instant voici Charost Qui, d'un air modeste et dévot, Se fait annoncer à l'Altesse Pour affaire, dit-il, qui presse.
On le reçoit en rechignant, Mais comme importun seulement.
Ce fut bien pis quand il eut lu L'ordre du roi très absolu.
I. « Le il juin, le roi ayant invité M. le Duc à venir coucher à la maison de plaisance de Rambouillet et étant parti, disait-il pour l'attendre, le duc de Charost, capitaine des gardes, vint arrêter ce prince dans son appartement ; il le mit entre les mains d'un exempt qui le conduisit à Chantilly, séjour de ses" pères et son exil. Pour M 1 ** de Prie, elle fut envoyée au fond de la Normandie, où elle mourut bientôt dans les convulsions du désespoir. » (Voltaire.)
Année 1726. 75
Cornes lui vinrent à la tête, Ne ^attendant à telle fête ; Il fallut pourtant obéir, Et sans aucun délai partir.
Lorsque sa maudite catin Apprit le changement soudain, Pénétrée d'ire et de rage, Aussitôt elle déménage Bijoux, perles et diamants, Et prit congé de ses amants,
Dont le nombre n'est pas petit; Car la gueuse a bon appétit.
A Chantilly, en diligence, L'esprit rempli de vengeance, Elle s'achemine à grands pas, Méditant sur ce triste cas.
Le Cyclope l'apercevant L'embrasse très étroitement, Puis, en jurant de bon courage, Lui promet de faire la rage Si jamais il a le dessus Contre leur ennemi Fréjus*.
I. L'abbé de Fleuiy, evêque de Fréjus, était très bien en cour. Il eut une dispute avec M. le Duc, qui tâcha de le faire exiler, et au contraire ce fut lui qui le fut à Chan-
. tiUy- (M.)
j6 Clairambault-Màurepas.
Le lendemain de bon matin, Nouvelle vint pouf le certain, Que le roi redonne la guerre Au sieur Le Blanc, son adversaire, Et que les autres exilés Vont tretous être rappelés 1 .
Que les quatre frères Paris Étaient déjà du moins bannis 1 , Et qu'enfin toute la séquelle Dont il avait pris la querelle, Risquait la corde ou le carcan Pour apaiser les mécontents.
Tout cela n'était encor rien.
L'on tenait assez bon maintien Jusques à ce que la de Prie Fut contrainte, toute en furie, De faire Gille et décamper Pour aller en exil pleurer.
1. « Dès que M. le Duc fut arrêté, on envoya ordre à M. Le Blanc de revenir, et permission à M. cle Belle-Isle pour son retour... M. Dodun et M. de Breteuil ont donné la démission de leurs charges, et se sont conduits avec esprit, fermeté et beaucoup de décence. M. Des Forts est contrôleur général. » ( Corresp. de Marais!)
2. « Les quatre frères Paris, surtout Duvernay, qui était le conseil de M. le Duc, sont exilés chacun d'un côté ; on dit à l'exception de Pâris-Montmartel, garde du trésor royal. On saura cela plus au juste. Ils doivent être partis tous quatre cette nuit. » (Journal de Barbier ', 13.)
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A ce coup, le Cyclope outré, Frappant du poing son œil crevé, Maudit cent fois le ministère, Ne cessant de pleurer et braire Sur le départ de sa catin, Qu'on chasse comme mauvais train.
Or, prions le doux Rédempteur Qu'il change de ce duc le cœur, Afin qu'il ait repentance • D'avoir tant fait de violence Pour une gueuse et un fripon Qui devraient être à Montfaucon.
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