‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 3)Chapitre 62 sur 147 · L'EGLISE ROMAINE · texte numérisé non relu

L'EGLISE ROMAINE

Après que l'Église romaine

Se vit maîtresse souveraine

De la demeure des Césars, Par leur aveuglement pour ses fourbes sacrées Elle crut ajouter à ses riches contrées Tout ce qu'ils possédaient par le secours de Mars.

i . Les jansénistes ne manquèrent pas de suivre ce conseil; il parut un mémoire suivi d'une liste de plus de neuf cents personnes, adhérant à la cause de Soanen; douze évêques écrivirent au roi en sa faveur ; le cardinal de Noailles, lui-même, forma opposition aux actes du concile, et adressa des remontrances au roi. Mais toutes ces protestations se heurtèrent contre l'inflexible volonté de Fleury, le principal auteur de la condamnation "J de Soanen.

2. D'après l'avocat Barbier cette pièce serait de Voltaire. Marais est d'un avis tout différent. «II paraît, écrit-il, une ode assez poétique qu'on attribue à Voltaire, mais elle n'est pas de lui, et je ne crois pas que dans l'état patient où il est, il voulût attaquer la société et le ministre. » Mais les annotations de tous les Rec. mss. confirment l'assertion de Barbier.

Année 1727. 123

Alors en luxe monarchique

De l'indigence apostolique

On vit Fénorme changement ; Et foulant à ses pieds tous les rois de la terre On vit les cheveux blancs du successeur de Pierre D'une triple couronne emprunter l'ornement.

Soudain sa cour fut décorée D'une vaine pourpre, ignorée Des premiers disciples du Christ; Et ceux qui jusqu'alors avaient été ses frères Eurent la lâcheté d'être ses tributaires Par l'appât décevant que Rome leur offrit.

La seule église gallicane De ce rang honteux et profane Défendit toujours ses autels :

Et l'inutilité des foudres ridicules Que lancèrent contre elle un Boniface, un Jules 1 Fit voir leur imposture au reste des mortels.

Le Parlement et la Sorbonne Furent une double colonne Pour la mère des vrais chrétiens; Que de doutes levés par ces vivants oracles ! Combien le Vatican, jaloux de ses miracles, Vit-il leurs jugements mieux reçus que les siens !

I. Boniface VIII, célèbre par ses démêlés avec Philippe le Bel, et Jules II qui, sous Louis XII, mit la France en interdit.

124 Clairambault-Maurepas.

C'est alors qu'écumant de rage

Le roi de l'infernal rivage

Fit éclater son désespoir..

Quoi ! dit-il, l'hérésie est partout triomphante ! Rome de ce poison n'est même pas exempte, Et dans la seule France on brave mon pouvoir. .

Je veux, pour punir ce grand zèle, Emprunter des armes contre elle Chez ses plus cruels ennemis.

Et qu'aux enfers armés, le sein de Tlbérie Prête le seul fléau vengeur de sa patrie Par qui je puis ternir la pureté dés lys.

Il dit et, plus prompt à la vue Que l'éclair qui part de la nue, Il franchit ces monts sourcilleux Qui de deux grands États réciproques frontières Semblent pour mettre entre eux d'éternelles barrières, Élever jusqu'au ciel leurs sommets orgueilleux.

Bientôt il aperçoit Ignace Qui d'un Maure suivait la trace A travers les monts et les bois ; De la mère de Dieu chevalier chimérique Contre le mécréant sa valeur fanatique Veut par un coup de lance en soutenir les droits.

L'habile tyran du Cocyte, Arrêtant sa vaine poursuite,

Année IJ2J. 125

Lui promet de plus grands exploits ; Et pour le couronner d'une gloire immortelle Il lui dicte le plan d'une secte nouvelle Qui doit marcher un jour sur la tête des rois.

L'effet répond à la promesse; Des disciples de toute espèce Viennent se ranger sous sa loi.

De la terre bientôt ils couvrent la surface Et leurs dogmes nouveaux au sujet de la grâce Corrigent l'Évangile et réforment la foi.

Les lys ennemis des impies Crurent terrasser ces harpies Par des jugements rigoureux :

Mais nos rois dont bientôt ils se rendent les maîtres. Loin de venger sur eux le sang de leurs ancêtres, Du soin de leur salut se reposent sur eux. ,

La foi commence à disparaître, L'exemple du souverain maître Entraîne bientôt tous les cœurs :

Et c'est par le canal de ces nouveaux arbitres Qu'on voit les dignités, les honneurs et les titres N'être plus dispensés qu'à leurs adulateurs.

. D'Augustin traité d'anathème, De l'apôtre des Gentils même, Ils condamnent les saints écrits; Et du siège de. Rome une bulle émanée

126 Clairambault-M aurepas.

Traitant l'amour de Dieu de vaine et d'erronée, De ce premier précepte affranchit les esprits.

Nos prélats lâches et perfides

De la pourpre romaine avides

Reçoivent ce dogme inconnu,

Et le seul Molina, docteur de l'Évangile,

Ouvre un chemin au ciel plus court et plus facile

Que celui qu'au vieux temps nos pères ont tenu.

Quatre seuls pasteurs dans la France De ce venin par leur constance Avaient garanti leurs troupeaux.

Mais la société ne veut point qu'on la brave Lafitau son élève, et Tencin son esclave, Juges de ces martyrs, vont être leurs bourreaux.

Je vois un vieillard vénérable

De la cabale impitoyable

Subir les arrêts inhumains K Et par un jugement qui flétrit sa mémoire Emporter dans l'exil le renom et la gloire D'être mieux que Brutus le dernier des Romains.

Grand Dieu, c'est toi que l'on insulte; Les ennemis de ton vrai culte N'en veulent pas demeurer là.

i. Allusion à Soanen, condamné par le concile d'Embrun, à l'occasion duquel fut composée cette ode.

Année 1727. \VJ

Tu ne peux rétablir ton pouvoir sur la terre Qu'en les précipitant par un coup de tonnerre Dans le fond du Tartare aux pieds de Loyola.

Oint du Seigneur, jeune monarque Que des embûches de la Parque Sa main a sauvé tant de fois ; Si tu veux prévenir des effets plus sinistres, Ne mets plus désormais au rang de tes ministres Ceux qui sont plus soumis à Rome qu'à leurs rois.

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