‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 3)Chapitre 63 sur 147 · LE COCHE · texte numérisé non relu

LE COCHE

Jadis était un coche bien monté Qui, franchissant le sommet du Parnasse, Vous menait droit à l'immortalité.

Quarante en tout y pouvaient avoir place,

1. Cette pièce allégorique est du poète Roy. « Il compare l'Académie à un coche dont Momus a pris le bail ; Momus mène le coche comme un fou, il verse et on ramasse le corbillard et le panier ; il y a des portraits satiriques et trop satiriques. On y parle d'un habit de vieux velours tanné donné par une sibylle,, au vieux syndic des bourgeois de Cythère, et cette sibylle est M me de Tencin, et non la marquise de Lambert, comme on Ta marqué à la marge. » (Corresp. de Marais)

128 Clairambault-Maùrepas.

Mais à quel prix? Chacun payait pour soi

En bonne espèce, en rime bien sonnante,

Prose de poids, pièce de bon aloi,

Le tout suivant la taxe et la patente

Du dieu Phébus qui jusqu'aux derniers temps

Sans embourber, sans mauvaise aventure,

Sut équiper et mener la voiture.

En est-il las? des soins plus importants

L/oceupent-ils ? ou les dieux par malice

Ont- ils commis Momus à l'exercice?

Quoi qu'il en soit, Momus a pris le bail

Et s'est chargé de tout cet attirail. .

Le nouveau maître établit lois bizarres,

Fait bon marché des places, prend des arrhes

De tous venants, pâlots et tonsurés

Et gros commis, et robins désœuvrés,

Et les amis de leurs amis encore,

Même histrions, tout est bon, tout l'honore.

Qu'apportent-ils? des pièces de billon,

Nulle monnaie au vrai coin d'Apollon,

Crédit aux uns, aux autres pleine grâce.

Le corbillard est-il plein ? il entasse

Dans le panier leurs apprentis rimeurs,

Petits goujats, timbrés de leurs couleurs,

Auteurs forains, avec l'espoir très proche

D'être à leur tour introduits dans le coche.

Les voilà donc en route avec ballots,

Et leur bon guide agitant les grelots

De sa marotte. On roule ; mais leur joie

Ne dure guère, et dès le premier pas -

Année IJ2J. 120,

Le vrai chemin se perd ou se fourvoie.

On suit sentier qu'Apollon ne prit pas; Entre rochers Ton marche, l'on tournoie.

Au premier choc l'essieu vole en éclats, La masse plie , et nos gens sont à bas.

Qui me rendra tous les cris lamentables Les jurements de ce peuple embourbé Sous son Homère, et son livre de Fables, Bagage lourd, Houdart l a succombé.

A l'aide, à moi ! criait le bon aveugle.

Le commis borgne * à ses oreilles beugle; Maudit le jour qu'il quitta son comptoir Pour s'embarquer dans l'ambulant manoir !

Le vieux syndic des bourgeois de Cythère 3 , S'évertuant pour sortir de l'ornière, Pleure un habit de vieux velours tanné Qu'une sibylle 4 au cancre avait donné.

Eh I dégagez l'esprit de la matière, Disait un autre 5 ; à ce style inconnu

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