DES AVOCATS DE PARIS
Du fameux concile d'Embrun Que faut-il que Ton pense ?' .
Tous les évêques en commun En ont pris la défense.
I. Au mois de juillet 1727, lorsqu'il fut question d'un concile provincial auquel devait être déférée l'Instruction pastorale de Soanen, vingt avocats de Paris signèrent une consultation qui reconnaissait à l'évêque de Senez le droit de récuser les évêques nommés pour le juger. Après le concile, cinquante avocats rédigèrent une nouvelle consultation qui fut rendue publique en janvier 1728, malgré les efforts du lieutenant de police Hérault, pour en empêcher l'impression. « C'est un bel ouvrage, disait Barbier ; il prouve l'incompétence du concile d'Embrun dans la forme, la nécessité d'un concile général ; mais il entre aussi dans la matière, au sujet de la constitution de la paix de Clément IX, du formulaire d'Alexandre VII, au sujet du livre de Jansénius et des cinq propositions condamnées. Il attaque le pape, les évêques d'à présent, déchire M. l'archevêque d'Embrun, président du concile,
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f 34 Clairambault~Maurepas.
Mais c'est bien affaire aux prélats.
Écoutons plutôt sur cela Les avocats, les avocats, Les avocats de France 1 .
Jadis, pour affermir la foi, Les Pères en concile, Du Saint-Esprit prenant la loi,
Consultaient l'Évangile.
Ce n'est plus la bonne façon ; L'Esprit saint doit prendre leçon Des avocats de France.
Quand d'un fatal schisme autrefois
. L'église menacée, Par le concours de trois cents voix Combattait à Nicée *,
au sujet d'un procès qu'il a eu pour un bénéfice... C'est encore une fois un bel ouvrage, où les principes pour les, lois de l'Etat et les libertés de l'Église gallicane sont bien établis ; mais il est visible que c'est moins une consultation qu'un libelle fait volontairement par ces avocats, par chaleur de parti. »
1. « On a fait sur MM. les avocats qui ont signé (on n'en comptait que trente au lieu de cinquante) une chanson assez jolie pour se moquer d'eux, de ce qu'ils parlent du dogme, » remarque Barbier en transcrivant cette pièce dans son Journal, Le P. du Cerceau en était probable* ment l'auteur.
2. Le premier concile œcuménique de Nicée (an 325), auquel assistèrent plus de trois cents évêques, fut convoqué pour condamner l'hérésie d'Anus et rédigea le Sym- À?/* qui porte son nom. ......
Année 1728. 135
Pour terminer tous leurs débats, Que ne fit-on juger le cas Aux avocats de France?
Que de troubles ne vit-on pas
Au concile d'Éphèse !
Il fallut livrer cent combats
Pour proscrire une thèse.
Mais fallait-il tant de fracas !
Pourquoi ne consultait-on pas
Les avocats de France ?
Des conciles dans tous les temps
On sait assez les formes; Leurs canons et leurs règlements
Font des livres énormes.
Mais qu'a-t'on besoin de canons, Pour moi, je m'en tiens aux factums Des avocats de France.
Peut-on, sans le Code et la Loi,
Condamner une secte ?
Juge-t'on d'un dogme de foi
Sans lire les Pandectes?
Ah 1 réprimons ces attentats ; Mais j'en appelle avec Cujas Aux avocats de France.
Saint Augustin et Saint Thomas Ont dit de bonnes choses ;
136 Clairambault^Maurepas.
Mais c'est au corps des avocats
A leur prêter ses gloses.
Honneur aux docteurs, aux prélats !
Mais qu'on ne les compare pas Aux avocats de France.
Du troupeau soyez les pasteurs, ' Dit Jésus aux apôtres ;
Mais vous n'êtes pas seuls docteurs, Mon Église en a d'autres.
Ne liez et ne déliez
Qu'avant vous ne consultiez Les avocats de France.
Les avocats italiens, Du Nord et d'Allemagne Ne sont pas théologiens, Non plus que ceux d'Espagne.
Ils croient aux dogmes de foi, Mais, d'en décider c'est l'emploi Des avocats de France.
Grands avocats, zélés docteurs De l'Église nouvelle,
Des conciles vrais directeurs, Assurez votre zèle;
En paradis, n'en doutez pas,
Saint Pierre vous tend les bras, Grands avocats de France.
Année 1728. 137
Avec de si fidèles chiens
Troupeau, soyez tranquille; Ils mordent même vos gardiens
" Dans l'excès de leur bile.
Dieu sait comment fuiront les loups Entendant aboyer pour vous Les avocats de France.
Ne prenez point ceci pour vous,
Avocats que j'estime, De vous confondre avec des fous
. Je me ferais un crime.
Je ne connais que les Aubrys * Et trente avocats de Paris Pour avocats, pour avocats,
Pour avocats de France.
I. « C'est Aubry, grand avocat plaidant, âgé de quarante-deux ou trois ans, qui a fait et rédigé la consultation. M. l'évêque de Senez lui a envoyé, en conséquence, les conciles du P. Labbe, en dix-neuf volumes, ce qui vaut bien sept à huit cents livres. L'on conçoit qu'il; a eu des mémoires sur le dogme et les faits particuliers par les plus zélés jansénistes. » (Journ. de Barbier?)