DU CARDINAL FLEURY
Un envieux m'avait mis en malaise,
En m'ayant exilé De mon réduit, trop heureux et trop aise.
Un roi m'a rappelé, Et j'ai chassé qui m'a donné la chasse ; Car j'ai pris sa place,
Moi, Car j'ai pris sa place.
I. Il est intéressant de transcrire en regard de ce portrait railleur quelques traits de celui que nous a laissé un contemporain judicieux, le marquis d'Argenson, que l'on taxera peut-être d'indulgence dans ses appréciations. «Nous avons en France, dit-il, un premier ministre qui possède une partie des vertus de M. de Sully. Ses principales qualités paraissent cependant n'être que dans un degré inférieur ; mais peut-être cette différence est elle uniquement due à celle de leur état et des circonstances dans lesquelles ils
se sont trouvés On lui refait un vaste génie ; mais
nous sommes dans un temps où Ton peut se passer de ceux de cette trempe. Du moins ne peut-on lui refuser l'esprit aimable, un grand usage du monde et de la cour, de l'aménité, de la politesse, même une galanterie décente et qui ne contrarie aucun des caractères graves dont il est revêtu. Ses qualités ministérielles sont la justesse d'esprit, la solidité dans les vues et les intentions, la franchise et la bonne foi vis-à-vis des étrangers, une politique assez
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146 Clairambault-Maurepas.
En me biglant, il me fit la grimace
Lorsqu'il me renvoya; Mais d'un air gai je lui ris avec grâce
Lorsqu'on me rappela.
En fin renard j'ai su lui faire nique; Je suis politique.
Loin de la cour j'ai su bannir le crime
En chassant les p
Par ce grand coup, j'ai mérité l'estime
Des doux et des mutins.
Comme jadis une habile Éminence, Je conduis la France.
Sans consulter ni blonde ni brunette,
En politique fin, On m'a doué d'une noble barrette :
Prédisant un Dauphin, Par action, par jeûne et par prière, J'aide à le faire.
Du roi Louis, pour détruire les craintes Qu'il a sur ce point-là,
adroite, mais qui n'est point traîtresse. Il sait se démêler des pièges que lui tendent les courtisans, sans user de moyens perfides et machiavélistes. Il a soin de ne hasarder aucune dépense mal à propos, mais surtout de ne point mettre la nation en frais pour courir après des idées chimériques... Enfin ce ministre me semble fait pour assurer le bonheur dont nous jouissons sans l'altérer ; et c'est tout ce que nous pouvons désirer. »
Année 1728. 147
Le jour, je prie et les saints et les saintes;.
Et, sans demeurer là, Comme aux grands coups la nuit est fort propice, J'offre un sacrifice.-
Je fais la loi aux deux bouts de la terre
Sous le nom de mon roi.
Les potentats, de crainte de la guerre,
Viennent m'offrir leur foi; On ne peut craindre un accident sinistre, Je suis bon ministre.
Si le congrès * est toujours en balance,
C'est que je le veux bien :
Les envoyés dictés par ma prudence
N'accordent jamais rien :
Sur chaque point ils proposent un doute, Et l'on m'y redoute.
Si Richelieu, ce politique habile,
Ministre des François, Par son grand cœur se rendit tout facile
Et fit partout des lois; Dans peu, je veux, et sans m'en faire accroire, Surpasser sa gloire.
I. Le congrès réuni à Soissons (juin 1728), pour régler les difficultés politiques qui existaient entre la France, l'Angleterre, la Hollande, l'Espagne et l'Autriche. Fleury le présidait en qualité de premier plénipotentiaire.
1*48 Clairambault^Mxturepas.
S'il augmenta le pouvoir de ses princes
m Jusqu'au delà du Rhin ; S'il abaissa des mutines provinces
Le pouvoir souverain ; Pour coup d'essai, la première campagne, Je ba^s l'Allemagne,. .
Les Hollandais, l'Allemand, l'Angleterre,
Verront nos étendard^ Comme en trophée au milieu de la terre,
Plantés de toutes parts; Et l'on dira, au nom du roi de France,
Vive l'Éminence !
Je laisserai reposer le Saint-Père
Et les bons Mulsulmans; Car je craindrais qu'ils noyassent la terre
D'une mer de croyants ; L'un croit en Dieu et l'autre au grand prophète, Je suis de leur secte.
Je ne mets point dans aucune dispute
La Constitution.
J'agis ainsi pour que l'on me m'impute
Nulle division.
Si l'on me croit khalife ou bien apôtre, Je suis l'un et l'autre,
Moi, Je suis l'un et l'autre.
An*i*'*7*$* , J 4£