CARDINAL DE NOAILLES
Enfin Noaille a succombé 4 !
Dagon est maître de ses armes ; Le chef d'Israël est tombé, Pleurez, mes yeux, fondez en larmes :
Larche sainte et ses chérubins Est au pouvoir des Philistins.
I. On lit dans le Journal historique du règne de Louis XV: « Le cardinal de Noailles par un mandement (du il octobre) accepte la constitution Unifeenitus, condamne le livre des Réflexions morales, et les cent-une propositions qui en ont été extraites, révoque son instruction pastorale du 14 janvier 1719, et tout ce qui a été publié en son nom de contraire à la présente acceptation. Cette rétractation du cardinal de Noailles, que la cour de Rome et le ministère de France négociaient depuis longtemps, ne fut pas universellement applaudie par le clergé du royaume. Tous les appelants et ceux qui Tétaient dans le cœur, la désapprouvèrent et en furent consternés. Les acceptants, au contraire, en triomphèrent. » L'indécision antérieure du cardinal de Noailles et cette rétractation par laquelle il donnait un démenti à sa vie passée, s'expliquent tout naturellement si l'on tient compte de l'influence que ses deux nièces, la maréchale de Gramont et la duchesse de La Vallière avaient depuis longtemps prise sur fui. « C'était entre ces deux dames à qui s'emparerait du bonhomme, nous dit l'abbé Legendre^ft selon j^u'il était subjugué par
tÇO Clairambault-M&urepas
Déserteur du camp des Hébreux, Couët S infâme Amalécite, As-tu bien osé, malheureux, Tromper ce grand Israélite, Et par un éternel affront Flétrir les lauriers de son front ?
Tu n'as cessé de tourmenter
Ce vieillard faible et sans mémoire 1 ,
Pour le forcer à rétracter
Ce qui l'avait comblé de gloire ;
Ainsi ce qu'il fait aujourd'hui
Est de Couët et non de lui.
Traître, tu vas mettre au tombeau, Dans la douleur la plus amère, Ce pasteur si cher au troupeau
l'une ou par l'autre, il disait oui ou non, faisait ou défaisait. La maréchale était constitutionnaire, la duchesse était janséniste, l'une insistait pour qu'il reçût la constitution purement et simplement, et l'autre au contraire pour qu'il ne la reçût de quelque manière que ce fût. » Mais Fleury qui avait à cœur la paix de l'Église et avait promis au pape d'employer ses bons offices pour obtenir la soumission de Noailles, se joignit à la maréchale, et leurs, obsessions communes vinrent à bout de la résistance du prélat; il est vrai que leur triomphe, comme on le verra, bientôt, fut de courte durée.
i. Chanoine de Notre-Dame et conseil de l'archevêque. - Il fut poignardé par un de ses parents. (M.)
2. « Les jansénistes disent que le cardinal est imbécile,, que l'esprit lui est tombé et qu'on lui a fait faire ce qu'on, a voulu. » (Journ. dt Barbier?)
Année IJ28. 151
Qui cherche Dieu d'un cœur sincère ; Après tout le bien qu'il t'a fait Peux-tu laver un tel forfait ?
Non, ce mandement concerté Qu'extorque de lui la cabale N'aura point cette autorité Qu'eut l'instruction pastorale, Que lui dicta la vérité Lorsqu'elle était en liberté.
Et toi, Guéret 1 , qui nous parus Si zélé, si plein de courage Contre la bulle et ses abus, Pourquoi changes-tu de langage ?
Quel ange a dessillé tes yeux ?
Est-il de l'enfer ou des cieux t
Guéret et pauvre et paysan* Nous disait : La bulle est impie ;
1. Curé de Saint-Paul et ci-devant curé de Brie-Comte- Robert. (M.)
2. Le satirique a sans doute voulu faire allusion à l'humble cure dont Guéret était titulaire avant d'obtenir celle de Saint-Paul. Marais, qui ne s'est pas rendu compte de l'intention, critique le mot Ht paysan .*« Le curé, dit-il, est fils de M. Guéret, avocat, homme d'un très grand mérite, premier auteur du Journal du Palais.., S'il n'était pas mort jeune, il eût poussé sa réputation au plus loin ; ainsi le chansonnier a été très mal informé de la condition du curé de Saint-Paul, qui, je crois, ne vaut pas son père.- {Corresp. avec Bouhier.)
\kz Clairambault-âfaurepas.
Devenu riche et courtisan,
Il l'adopte et la justifie ;
Je laisse à juger au lecteur
Qu^ des deux Guéret, est menteur.
La Tour 1 veut régner dans un corps Au molinisme peu docile, Comme pour vaincre le plus fort.
Il croit la bulle très utile, Quoiqu'elle renverse sa foi, Il veut nous la donner pour loi.
Mais quel étrange changement !
Le grand auteur du Témoignage, Laborde * vient en ce moment De se réunir à Pelage.
Par quel prodige, hélas ! le ciel Vit- il jamais rien de pareil ?
Peuple que la bulle proscrit, Mets en Dieu seul ta confiance ;
1. Le P. de La Tour, général de l'Oratoire, avait tourmenté le cardinal de Noailles pour lui faire accepter la Constitution.
2. Vivien Laborde,, prêtre de l'Oratoire et directeur du séminaire Saint-Magloire, avait publié, en 17 14, le Témoignage de la vérité dans l'Église, ouvrage destiné à prouver l'irrégularité de toutes les mesures prises en faveur de la Constitution. Depuis 1721, il résidait à l'archevêché et comptait parmi les conseillers intimes de Noailles ; il ne fut donc pas étranger à sa rétractation.
* Ùtrïkée ÎJ28. ' ' ' 15}
Ne crains rien, cherche Jésus*-Christ, Attends et* souffre en patience; Dieu, sûrement, saura calmer Tous ces flots prêts à r*abîmer.
O ciel ! que voyons-nous I quel spectacle ! Noailles,
A des loups ravissants abandonne ses ouailles.
On le voit lâchement trahir la vérité
Et terminer ses jours par une indignité * ;
Tandis que tous chantaient son triomphe et sa gloire,
Il s'est laissé des mains arracher la victoire.
Trop crédule aux flatteurs qui composent sa cour,
Noailles, pour sa gloire, a vécu trop d'un jour.
Consolons-nous; l'Église, à jamais invincible,
A plus d'un Athanase à nos regrets sensibles.
Oui : nous verrons dans peu qu'en vain ses ennemis
Publîront hautement que tout leur est soumis;
En défenseurs zélés cette mère fertile
Pour un qui ^abandonne en recouvrera mille.
Prêts à braver la mort contre des novateurs
Qui font d'un Molina la règle de nos mœurs.
On verra foudroyer l'orgueilleux molinisme,
A la fin reconnu pour seul auteur du schisme.
Assez et trop longtemps leurs dogmes empestés
I. L'on aurait tort de croire que le cardinal de Noailles avait dit son dernier mot en publiant son mandement de rétractation ; à peine avait-il publié cet acte qu'il le renia. (Cf. p. 155, note 1.)
154 Clairambault-Maurepas.
Ont flatté le pécheur dans ses iniquités.
Il ne lui restera que le remords stérile D'avoir en vain tenté d'abroger l'Évangile.
Le généreux Croissy, nouvel Éléazar, Rendant avec respect ce qu'on doit à César, Sans céder au conseil de l'humaine sagesse, Loin de se démentir par des traits de faiblesse, Va laisser un exemple à la postérité De l'amour qu'un chrétien doit à la vérité *. L'apôtre de Senez, à son devoir fidèle, A ce digne pasteur servira de modèle.
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