CONSEILLERS DE NOAILLES
Fuyez pour jamais de ces lieux 2 , Jansénistes, troupe hérétique ;
i. Colbert de Croissy, évêque de Montpellier, avait écrit, au mois de juin, une lettre au roi pour lui représenter « que tout le mal de l'Église venait des jésuites, et qu'en portant Sa Majesté à exterminer les jansénistes, on voulait lui faire ruiner tout le bien du royaume. » {Abrégé chronologique.)
2. «Il paraît une chanson sur l'acceptation et le mandement de notre cardinal ; elle a plusieurs couplets .et plu-
sa
Anne* 1728. 155
Cessez vos complots furieux Contre l'Église catholique.
Noaille en pleine liberté A passé de notre côté.
Votre cabale allègue en vain Un acte extorqué par contrainte, Écrit et signé de sa main *,
sieurs portraits, et l'auteur a manié assez bien sa figure, et même l'expression en est jolie, et les vers bien faits, le tout sauf la lettre de cachet et la Bastille. Il y est parlé d'un poétereau qui a fait un poëme de la Triple ingratitude contre le cardinal ministre ; je ne sais ce que c'est et ne l'ai point vu. » (Corresp. de Marais.) — Pièce en contre-vérités. (M.)
I. Le parti janséniste avait prévu que le cardinal pourrait bien de guerre lasse accepter la Constitution, et il avait pris ses mesures en conséquence. « La duchesse de La Vallière, raconte l'abbé Legendre, avait eu la précaution de faire écrire au cardinal, le 22 août auparavant, une déclaration par laquelle il désavouait ce qu'on pourrait lui faire faire dans la suite, par importunité, par surprise ou autrement, en faveur de la \ Constitution. Cette déclaration fut affichée en plein midi, à côté du mandement, le jour même où il parut à la grande porte de Saint- Paul. » Pour combattre le mandement, la duchesse, peu satisfaite de cette négation anticipée, eut recours « à deux nouveaux actes qu'elle fit faire au cardinal et écrire tout au long de sa propre main, l'un du 17 décembre 1728, l'autre du 26 février 1729, deux mois avant qu'il mourût. Il renouvelait et confirmait par le premier sa protestation du 22 août, et déclarait, par le second qu'encore que sous ce nom il eût paru un mandement par lequel il semblait avoir accepté la bulle Unigenitus purement et simplement, il voulait que tout le monde sût que jamais il n'en avait eu la pensée. »
1^6 Clairambnult-Maurepas.
Mais écrit et signé par crainte.
Dorsanne *, par son grand crédit, Arracha, dit-on, cet écrit.
Mais quand il fit le mandement Qui suspend le courroux du Tibre, On peut bien dire assurément Que jamais il ne fut plus libre :
Le ministre ayant écarté Ce qui gênait sa liberté.
Des parents, des amis zélés Pour son salut et pour sa gloire, Près de lui s'étaient rassemblés, ■ Sans autre but, comme on peut croire, Sinon qu'il signât librement Cet admirable mandement.
Gramont* qui, par Giron jadis Aux lois du pur amour dressée, Regarde jusqu'au paradis D'une âme désintéressée,
i. Antoine Dorsanne, chanoine et officiai de l'archevêque de Paris, avait été l'un des principaux instigateurs de la résistance de Noailles à la Constitution. Lorsque le cardinal l'eut acceptée, il se sépara de lui et alla mourir de chagrin aux Incurables. Il avait .rédigé un journal très instructif des événements relatifs à la bulle Unigenitus, depuis 171 1 jusqu'en 1728, qui fut publié longtemps après sa mort.