‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 3)Chapitre 98 sur 147 · AUX AVOCATS DE PARIS · texte numérisé non relu

AUX AVOCATS DE PARIS

Vite à moi la cinquantaine 2 , A mon secours, chers amis ; Me voici mis sur la scène A côté de Montempuis.

Et allons, ma tourlourette, Et allons, ma tourlouron.

Hélas ! monsieur et madame, Dans Montempuis 3 n'étaient qu'un ;

1. Chanson en forme de requête aux avocats, au nom de M. Feu, curé de Saint-Gervais, à Paris, au sujet d'un enfant qui a été baptisé en son nom à l'Hôtel-Dieu. — Tiré d'un manuscrit de la bibliothèque de Saint-Germain-des- Prés. (M.)

2. Les cinquante avocats qui avaient rédigé la consultation sur le concile d'Embrun.

3. L'abbé qui s'est déguisé en fille pour aller à la Comédie-française. (M.) — Cf. ci-dessus, pages 92 et sjuiv.

204 Clairambault-Afaurepas.

Mais Feu, pris avec sa femme, Sont deux sous un nom commun.

De cet accord légitime Est survenu par malheur Certain ouvrage anonyme, Mis au jour sans nom d'auteur.

L'ennemi de mon beau zèle Dit, voyant ces fruits heureux:

Éloignons cette étincelle Qui produirait bien des feux.

Mais après tout, qu'on murmure A la Cour et dans Paris, Les ouvrages qu'on censure Ne perdent rien de leur prix.

Depuis longtemps vos oreilles Sont faites à ces clameurs :

Les plus beaux fruits de nos veilles Trouvent toujours des censeurs.

En dépit de l'anathème Dont Rome nous a flétri Jaurais choisi ce système Pour grossir notre parti.

Sur le métier, mon ouvrage A pourtant resté neuf mois

Année ij3o. 205

Ce n'est pas mal à mon âge, Si c'est là première fois.

Mais tandis que je m'apprête A la seconde édition Un officiai m'arrête Faute de permission.

En pareil cas, qu'ai-je à faire Pour me tirer d'embarras, Sinon de porter l'affaire A l'ordre des avocats.

Pour vous, nos illustres maîtres,

Quelle taille 1 quel éclat !

Si vous dégagez nos prêtres

Des liens du célibat. '

Vous en trouverez, je pense, Dix fois plus que de clients :

PJus d'un, sans votre dispense, •A déjà pris les devants.

Mais surtout pour ma défense Cent et cent fois, répétez Que de l'Église de France, Telles sont les libertés.

Si Rome, trop difficile, Par ses canons le défend,

206 Clairambault-Mau repas.

Appelons-en au concile, Et faisons en attendant :

Si le concile contraire Nous condamne à ce sujet; Du moins il ne peut défaire Tout ce que nous aurons fait.

Et allons, ma tourlourette, Et allons, ma tourlouron.

Page 1