‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 4)Chapitre 10 sur 128 · PANÉGYRIQUE DU RÉGENT · texte numérisé non relu

PANÉGYRIQUE DU RÉGENT

Prince éclairé dont le courage, Respecté de nos ennemis, Par une politique sage Les force d'être nos amis, Pendant que l'Europe en alarmes Du croissant redoute les armes, Ta vertu nous sert de remparts, Et nous flatte de l'espérance De voir triompher les beaux-arts Et la paix régner dans la France.

I. « Trouvez bon que je vous invite à lire une ode que M. Gabriel, capitaine de dragons, a faite à la louange de Monsieur le duc d'Orléans, et qu'il a eu l'honneur de lui présenter. Ce prince l'a reçue le plus obligeamment du monde. M. Gabriel, distingué par ses services comme par le goût qu'il a pour les lettres, réussirait en maître de l'art dans celui de faire des vers, si sa qualité d'homme de guerre et la vivacité de son génie ne lui avaient pas donné un style hardi qu'il ne veut pas prendre la peine d'assujettir à la sévérité des règles. » (Nouveau Mercure galant, avril 17 16.)

Année iji6. ip

Héros, quand sur toute la terre Rien n'égale votre valeur, Qu'il sied de se faire la guerre Et n'avoir que soi pour vainqueur !

Ce César, ce grand Alexandre, Pour n'avoir pu d'eux se défendre, Ont éprouvé de grands revers.

En vain, orné du diadème, On fait trembler tout l'univers, Si l'on n'est maître de soi-même.

De Pallas avec le courage

Nous t'avons vu dans les combats,

Prince, t'exposer au carnage,

A la tête de nos soldats;

Et, gouvernant par la sagesse

De cette prudente déesse,

Tu vas fixer notre destin.

Sous ton équitable régence,

Ainsi que l'aurore au matin,

Se montre à nos yeux l'opulence.

Comme Jupiter par la foudre

Écrasa les fameux Titans \

La justice réduit en poudre

Ces monstres qu'on nomme traitants.

Tu fuis l'ambition de Jule

I. D'après la Fable, les Titans, fils de la Terre, déclarèrent la guerre à Saturne, qu'ils voulaient détrôner, et furent foudroyés par Jupiter.

20 Clairambault-Maurepas.

Pour suivre l'exemple d'Hercule :

César, tout grand , fut odieux.

Hercule, qui doit sa naissance Au plus puissant de tous les dieux, Ainsi signala sa vaillance.

Des coups de son bras redoutable , Je vois tomber ce monstre affreux Qui se rendait si formidable, Nourri du sang des malheureux; Qui, nous dévorant, faisait croire Qu'il contribuait à la gloire D'un monarque qui fut si grand ; Mais de son flanc épouvantable C'est l'or qui coule, au lieu du sang; La source en est inépuisable.

Peuple, pour finir ta misère, En vain par les' plus grands travaux Tu cherches au sein de ta mère Le contre-poison de tes maux.

Plus tu parais infatigable, Et plus ce monstre insatiable Engloutit tes riches trésors; Mais Philippe, à tes vœux propice, Va t'aider par de grands efforts A vaincre un monstre d'avarice.

Venez, malheureuses victimes Du luxe et de l'ambition,

Année iyi6.

Venez, en confessant vos crimes,

Mériter sa compassion.

Sa sévérité vous étonne;

Dans le temps qua Jupiter tonne.

Il avertit le criminel;

Et qui mérite sa vengeance

Bien souvent au pied de l'autel

Ressent l'effet de sa clémence.

Con formez- vous dans l'abondance Sur l'exemple de ce vainqueur, Maître absolu de l'opulence, Encor plus maître de son cœur.

Mépriser la magnificence Des honneurs qu'on doit a son rang; Mais moins il exige d'hommage, Et plus a nos yeux il est grand Par la grandeur de son ouvrage ',

Et vous, guerriers dont la vaillance Nourrie au milieu des hasards Attend avec impatience De voir briller vos étendards, Modérez votre fier courage,

I. • Une familiarité uoble le mettait au niveau c ceux qui l'approchaient; il sentait qu'une supéi' '" nelle le dispensait de se prévaloir de son rang

tirait avantage pour se comparer à Henri IV

22 Clairambault-Maurepas.

Et vous reposez à l'ombrage De ses palmes, de vos lauriers; Pour vous le Héros toujours veille.

Il chérit en paix les guerriers Et le courage qui sommeille.

Déjà la troupe vénérable Des ministres de l'Immortel , Avec un zèle charitable, Vous fait part des bienfaits du Ciel, Et le prince qui les dispense, Par une céleste prudence, Unit le guerrier avec eux.

Serviteurs du dieu de la guerre, Ensemble au Ciel faites des vœux Qu'il le conserve sur la terre.

Page 1