‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 4)Chapitre 11 sur 128 · PLACET · texte numérisé non relu

PLACET

Jadis j'étais à pied , à présent réformé.

A son prince ma muse avoue avec franchise Que vingt ans de service ont son bien consommé Et qu'il a grand besoin du secours de l'Église *.

I. Ce placet, qui succède aux éloges (in cauda vêtunum), atténue singulièrement leur portée et nous fait connaître le mobile intéressé qui dictait à l'auteur ses strophes enthousiastes. Quoi qu'il en soit, et malgré l'opinion du Mercure, on peut dire que ce capitaine de dragons cultivait les muses avec quelque succès. On trouvera ciaprès (Cf. p. 83) un autre spécimen de ses talents poétiques.

Année iyiô* 23

ÉP1GRAMMES

SUR LE RÉGENT

De l'État sujet inutile \ Plus que feu ton père imbécile 2 , Plus que ton oncle détesté, Mauvais donneur de faux breuvage 3 ,

X. Madame, mère du Régent, indique clairement dans une de ses lettres (23 oct. 17 18) l'origine des attaques dont . son fils était l'objet. « Il est facile de se rendre compte pourquoi mon fils est haï dans toute la France; la vieille [M me de Maintenon] et le duc du Maine et sa femme, ainsi que tout le parti espagnol, ont leurs agents qui vont de maison en maison, dépeignant mon fils comme un monstre, comme un empoisonneur, comme un voleur, tandis qu'il est le plus désintéressé des hommes et qu'il ne saurait faire de mal à un animal , mais ils ont leurs raisons pour agir ainsi ; ces choses se voient de tout temps. En attendant, on répand contre lui des écrits atroces, et on l'injurie de la façon la plus mensongère et la plus horrible. »

2. Le père du Régent, Monsieur, frère de Louis XIV, après avoir pris part aux succès des armées françaises dans les Pays-Bas et battu le prince d'Orange en 1677, fut écarté des affaires par le roi, auquel ses talents militaires avaient inspiré , dit-on , quelque jalousie.

3. Lors de la mort du duc et de la duchesse de Bourgogne, les plus atroces imputations furent dirigées contre Philippe d'Orléans. « Le cri public était affreux, dit Vol-

24* Clairambault-Maurepas,

Non, tu ne Tas jamais été, Il faut pour cela du courage i .

Disparaissez, faits de Louis, Tant vantés au Parnasse,

Nos honneurs s'en vont abolis; Philippe les efface,

Il a rétabli les duels 2 ,

Remis le jansénisme 3 ;

taire ; on ne peut s'en faire une idée sans en avoir été té* moin. » Lors de la mort du duc de Berry, qui laissait seulement subsister de la famille des Bourbons un enfant en bas âge, ces rumeurs éclatèrent de nouveau, mais avec moins de violence.

i. On croit cette épigramme d'Arouet, et le sujet de sa prison. (M.) Il est certain qu'elle fut d'abord ,• avec quelques autres (Cf. p. 38), la cause de l'exil du jeune poète, à Tulle d'abord, puis à Sully-sur-Loire (5 mai 1716).

2. Le Régent ne montra pas à l'égard des duellistes la même sévérité que Louis XIV; il se borna à les priver des emplois qu'ils occupaient dans l'État, et à les envoyer pour quelque temps à la Bastille. « Sans s'expliquer trop ouvertement, remarque Duclos, il insinuait que les duels étaient un peu trop passés de mode. »

3. L'élévation du cardinal de Noailles pouvait sembler de la part du Régent un hommage rendu aux doctrines jansénistes, car, pour le public .d'alors , la question théologique s'était transformée en une question de personnes. Quiconque n'était pas l'ami des jésuites passait pour janséniste, et éloigner les jésuites, c'était remettre en honneur le jansénisme.

Année iji6. 25

Bientôt nous verrons des autels Rendus au calvinisme 1 .

Tfcégént, chasse Boulainvilliers *, Crois-moi, laisse là son grimoire.

Tous ses écrits, tous ses papiers Valent-ils ton laboratoire ?

Qui sait mieux que ta fille et toi Le temps que doit vivre le roi 8 ?

Pour réformer la France Le Régent livre enfin Provinces et finance A Noailles et d'Antin 4 ; Et ce prince admirable

1. Le Régent eut un moment la pensée de rappeler les huguenots bannis ; il fut dissuadé de son projet par Saint- Simon.

2. Le comte de Boulainvilliers, savant historien, s'était adonné à l'astrologie, et faisait des prédictions que les événements ne justifiaient guère.

3. On supposait le Régent capable d'un crime dont la seule pensée lui faisait horreur. Il eut toujours pour le jeune roi la plus vive affection et les plus grands égards.

4. Le duc d'Antin avait été nommé président du conseil des affaires du dedans, grâce à la protection de Saint- Simon.

26 Clairambault-Maurepas.

Passe les nuits à table 1 , En se noyant de vin Auprès de sa p...

Philippe, tu t'y es mépris,

Et tu ne dois pas croire Que le chemin que tu as pris

Illustre ta mémoire; Je crains bien que tes favoris

Ne prennent sur ta gloire, Si Ton voit un jour leurs avis

Former seuls ton histoire.

Qu'un Régent plein de faiblesse Change à tout moment d'avis, Que Saint-Simon sans noblesse Soit haï de tout Paris, Que Canillac, la caillette*

i. Les soupers du Régent étaient de véritables orgies. « On y buvait beaucoup et du meilleur vin, dit Saint- Simon, on s'échauffait, on disait des ordures à gorge déployée, et des impiétés à qui mieux mieux ; et quand on avait fait du bruit et qu'on était bien ivre, on s'allait coucher. »

2. Membre du conseil des affaires étrangères. « Il avait l'esprit orné, beaucoup de lecture et de mémoire; le débit éloquent, naturel, choisi, facile, l'air ouvert et noble; de la grâce au maintien et la parole toujours assaisonnée

Année iji6. zj

Sans raison toujours caquette, Je me ris de leur destin Pourvu que j'aie du vin.

De mal en pis Cest ainsi qu'allait le royaume ;

De mal en pis Disait-on du temps de Louis :

Mais le Régent compose un baume Qui va changer cet axiome

De mal en pis.

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Vive notre Régent * !

Il est si débonnaire Qu'il est comme un enfant Qu'on tient par la lisière Toujours, La nuit et le jour.

d'un sel fin, souvent piquant, et d'expressions mordantes qui frappaient par leur singularité , souvent par leur justesse. » (SAINT-SIMON.) On l'appelait la caillette triste.

I. « Le duc de Saint-Simon s'impatienta une fois de la bonté de mon fils, et il lui dit en colère : « Ah ! vous voilà « bien débonnaire ; depuis Louis le Débonnaire, on n'avait « rien vu d'aussi débonnaire que vous. » Mon fils a failli se rendre malade à force de rire. » (Corresp. de. Madame.)

28 Clairambault-Maurepas.

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