‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 4)Chapitre 12 sur 128 · NOAILLES ET ROUILLÉ · texte numérisé non relu

NOAILLES ET ROUILLÉ

Que l'ambitieux courtisan Peste et crie contre le Régent, Que tous les pairs soient en colère, Que le Parlement boude aussi, Que le traitant se désespère, Cela ne fait pas mon souci.

Mais je vois impatiemment En public danser le Régent, Et, sans respect pour sa personne, Tout promettre indiscrètement, Prêt à changer ce qu'il ordonne Si Noailles pense autrement.

Mais pourrait-il honnêtement Être pour lui moins complaisant ?

Au bal il 1 le nomme son maître.

Et l'embrasse amoureusement ; Il ne saurait trop reconnaître Un si public attachement.

I. La phrase est incorrecte : II se rapporte ici à Noailles, tandis qu'au premier et au cinquième vers // représente le Régent.

Année iji6. 29

Ce second et petit régent

Jure à son prince à chaque instant

Qu'aidé de Rouillé, son confrère 1 ,

Il va faire rouler l'argent * ;

Mais voit-on quelqu'un qui l'espère

Et que l'on croie à son serment ?

Si le trop crédule Régent Veut finir nos maux promptement, J'en sais le moyen nécessaire :

C'est de chasser incessamment Noailles et son cruel confrère; Car sans cela jamais d'argent.

1. « Le duc de Noailles donnait principalement sa confiance à Rouillé du Coudray, parfaitement honnête homme avec beaucoup d'esprit et de littérature, mais aimant le vin jusqu'à l'ivresse, débauché jusqu'au scandale, et ne se retenant sur rien. » (DuCLOS.) S'il faut en croire Saint-Simon, le motif de leur dévouement réciproque n'était pas des plus honorables, et « la débauche avait fait leur liaison ».

2. Pour réparer le déficit énorme laissé par Louis XIV, Noailles et Rouillé n'avaient que peu de moyens à leur disposition. La Chambre de justice, créée par eux et destinée à taxer les traitants qui avaient spéculé sur la misère publique, ne donna pas, à beaucoup près, les résultats qu'ils en attendaient.

30 Clairambaul t-Maurepas.

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