‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 4)Chapitre 126 sur 128 · QUESTIONS DU MOMENT · texte numérisé non relu

QUESTIONS DU MOMENT

On condamne au feu redit 1 , •

S'écrie un franc moliniste; Bon, répond un janséniste, C'est le Type qu'on proscrit.

Chacun de vous est un âne , Dit le docteur anglican , * L'arrêt seulement condamne Le concile de Latran.

Le Régent travaille en vain ; Il ordonne et puis révoque,

I. Arrêt du Parlement du 2 décembre 1717 qui ordonne qu'un libelle sera brûlé par la main du bourreau. C'est un imprimé à deux colonnes, où d'un côté est la déclaration du roi, du 7 octobre 1717, et de l'autre le Type de l'empereur Constant et le décret du concile de Latran qui condamne ce Type.

Le Parlement a prétendu que c'était faire un parallèle injurieux du Type avec la déclaration du roi ; que le concile* avait prétendu que les princes ne peuvent être juges de la foi, et qu'en imposant silence aux deux partis on. faisait taire celui qui avait raison.

Le docteur anglican est dans le principe que le roi peut décider sur les matières de la foi.

La fin du couplet plaisante sur ce qu'on peut douter si la déclaration, le Type, ou le décret ont été brûlés par la main du bourreau. On attribue aux jésuites l'écrit.

L'édit de l'empereur, qu'on nomme Type, est de 648, il imposait silence aux orthodoxes et aux monothélites. (M.)

xi. 27.

318 Clairambault-Maurepas.

Use souvent d'équivoque, Et tout demeure incertain.

Un cas sans exemple arrive, Ce prince le règle ainsi :

Je veux, dit-il, que Ton suive Ce qui s'est fait jusqu'ici.

Votre Law est un filou , Disait au Régent Noailles, L'autre dit, par représailles :

Votre duc est un grand fou i . Cest ainsi qu'à toute outrance Us se déchirent entre eux; Mais, le malheur de la France, Est qu'ils disent vrai tous deux.

Rabaissez votre caquet, Seigneur du premier étage, Qui faisiez tant de tapage Pour un seul coup de bonnet.

De ce rang de pairs de France,

i. « Le duc de Noailles, jaloux de la confiance du Régent pour Law et du succès de sa banque, la troublait tant qu'il pouvait. Law coulait et quelquefois se plaignait modestement. Noailles, qui le voulait perdre pour être pleinement maître de toutes les parties des finances, redoubla de machines pdur le culbuter. Le Régent voulut qu'ils se raccommodassent. Law s'y présenta de bonne foi, le duc de Noailles ne put reculer, il fit le plus beau semblant du monde. » (Saint-Simon.) Ce ne fut qu'une trêve; la lutte se réveilla bientôt et se termina par la disgrâce de -Noailles.

Année 171 7. 319

Où tout doit être soumis,

Que voulez-vous que Ton pense,

Quand un duc se fait commis?

La Force se fait commis 1 , Saint-Simon, c'est ton ouvrage.

O Dieu ! le bel avantage, Qu'au duché tu réunis.

Anciens pairs de notre France, Venez voir vos successeurs, Dans un bureau de finance, Devenir monopoleurs.

Régent, le courroux des cieux A dérangé ta prunelle.

Sous sa forme naturelle, Rien ne paraît à tes yeux;.

Recommence ton remède 2 , Les Français te béniront,

1. Un règlement des départements du Conseil des finances en date du 13 décembre 171 7, donna au duc de La Force, qui était déjà vice-président de ce conseil, les états des finances des généralités de Toulouse et de Montpellier et ceux des provinces de Bretagne, Bourgogne, Artois, Béara, Bigorre et Navarre. Saint-Simon ne prit aucune part à cette affaire ; dans le principe même il avait dissuadé le duc d'entrer au Conseil des finances, où il devait se trouver sous la dépendance de Noailles.

2. C'est bien ce que faisait le Régent. On lit, en effet, dans le Journal de Dangeau, en décembre 1717 : « Dimanche 12. M. le duc d'Orléans est résolu de remettre encore sur ses yeux le remède de ce prêtre de Ruel; il

320 Clairambault-Maurepas.

Si tu peux voir, par son aide, Les Noailles tels qu'ils sont.

Bourbon, calme tes ennuis, Et ne sois plus en colère, De ce qu'on met à l'enchère La loge que tu poursuis.

Au Pont-Neuf, ton domicile 1 , Ne peut subir cette loi ; Quelle catin, dans la ville, Pourrait enchérir sur toi ?

Je demandais sottement, Revenant de la campagne, Que dit-on de la Bretagne?

Que dit-on du Parlement?

Le quidam que j'interroge Dit : Songe-t-on à cela?

Il n'est bruit que d'une loge Qu'on dispute à l'Opéra 2 .

recommencera mardi. — Mardi 14. M. le duc d'Orléans fit son remède pour son œil ; il n'avait quasi point souffert la première fois qu'on lui fit le remède ; mais il a beaucoup souffert aujourd'hui. »

1. On a vu plus haut (Cf. p. 276), que la duchesse de Bourbon avait pris un logement à la Samaritaine : Nomen, omen.

2. « M™* la duchesse enleva de haute lutte une petite loge à l'Opéra, qu'avait la maréchale d'Estrées, quoique amie de toute sa vie et dans le commerce le plus intime avec les sœurs du maréchal et fort bien avec les Noailles. Cela fit grand bruit, et tout ce qui tenait aux Estrées

Ann

te

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