POLITIQUE DE VILLEROY
Contre Eugène et contre l'Anglais * Tu montras jadis ta vaillance ; Grand maréchal, de tes exploits Nous aurons longtemps souvenance ; Pour finir ton rare portrait, Ajoute encor ce nouveau trait*.
1. La faveur de Louis XIV et de M me de Maintenon avait improvisé Villeroi maréchal de France; mais l'heureux favori manquait totalement de capacités militaires, il n'avait que de la bravoure, qualité insuffisante pour tenir tête au prince Eugène et à Marlborough. Aussi comptait-il dans sa courte carrière presque autant de désastres que de batailles. La raillerie publique ne le ménagea point et l'on formerait un gros volume de toutes les chansons dirigées contre lui. Voici une épigramme qui mérite d'être citée : elle fut composée lorsque les Impériaux, à la faveur d'un coup de main, l'enlevèrent dans Crémone, où il venait d'arriver (1702), sans réussir à prendre la ville.
Français, rendez grâce a Bellone, Votre bonheur est sans égal, Vous avez conservé Crémone Et perdu votre général.
2. Il venait de rompre avec éclat le mariage projeté entre son petit-fils et k fille aînée du prince de Rohan , qui épousa bientôt après le duc de La Meilleraye. (M.)
90 Clairambault-Maurepas.
Aussi brave que feu César, Deviens aussi fin politique, D'un nom proscrit crains le hasard, Moque-toi de la foi publique; Romps avec des gens sans crédit, Cest Contade qui te le dit 1 .
Les Noailles sont ton appui, Ils le jurent par La Vallière 8 .
Tu pourras, nouveau favori, Remplir dignement ta carrière, Et briller, gouvernant l'État, Autant que tu fis au combat.
MADAME DE KŒNIGSEG 3
Un petit courrier de Cythère Est venu dire dans Paris, Que tous les cœurs vont être pris, Ou qu'il n'en réchappera guère.
i. Contade, major du régiment des gardes, était intimement lié avec le duc de Noailles.
2. Neveu de la duchesse de La Vallière. Il avait épousé une fille du duc de Noailles.
3. « M. le comte de Kœnigseg, présentement gouverneur général des Pays-Bas et nommé pour être ambassa-
Année 1716. oi
Par qui ? comment ? Le courrier n'en dit rien ; Et nos Français n'aiment pas le mystère.
Si je voulais, je dirais bien Ce que je sais ; puis-je me taire ?
Eh! mon Dieu, non; je suis Français aussi; Je vais parler, et je commence ainsi :
Une beauté qu'on peut dire divine, Pour ses attraits ou pour son origine, Car je ne sais, ma foi, lequel vaut mieux, Être aussi belle ou descendre des dieux ; Or dans Paris, en pompeux équipage, Elle viendra, sûre de vos suffrages, De vos respects, et surtout de vos cœurs, Car ils sont dus à ses charmes vainqueurs.
Beaux jouvenceaux, songez à vous défendre, Ou bien plutôt soyez prêts à vous rendre.
Mais quel malheur ! faut-il le révéler ?
Je l'ai jà dit, je ne puis rien celer , C'est une épouse aussi sage que belle, A son époux avec plaisir fidèle.
Vos tendres soins seront des soins perdus , Vos cœurs donnés, n'espérez tout au plus Qu'un doux regard ; encor, Dieu me pardonne ! Je ne sais pas s'il est sûr qu'ejle en donne.
deur extraordinaire de l'Empereur en France, où il est incessamment attendu, a épousé il y a quelques mois, à Bruxelles, M lle la comtesse de la Motterie, de l'illustre maison de Lannoy* M. M..., qui a beaucoup d'esprit et qui alors se trouva à Bruxelles, fit très heureusement, à la louange de M me la comtesse de Kœnigseg, les vers que vous allez lire. » {Nouveau Mercure galant, sept. 1716.)
p2 Clairambault-Maurepas*
N'espérez rien, car tout l'amour qu'elle a Pour son époux, elle le gardera.
Aux lois d'amour l'hymen seul l'a rangée, Des autres feux l'hymen l'a dégagée.
C'est fort bien lait, me dira-t-on, Mais pour Dieu, dites-nous son nom ; Vous avez promis de tout dire.
C'est madame de Kœnigseg, Qui mettrait Phébus même à sec, S'il entreprenait de déduire Tout ce qu'en elle on voit reluire.
Si je parlais de son esprit, Bon Dieu! quand aurais-je tout dit?
Et quand je dirais que l'Aurore A moins d'éclat à l'orient, Que la jeune et brillante Flore Nous fait voir un front moins riant , Que l'on voit toujours sur ses traces L'Amour courir après les Grâces, Que les Plaisirs, les Jeux, les Ris, N'ont désormais point d'autre abri.
Je ferais encor mieux de dire :
C'est madame de Kœnigseg Qui mettrait Phébus même à sec, S'il entreprenait de déduire Tout ce qu'en elle on voit reluire.
Son époux, digne ambassadeur, Représentera l'Empereur; Que madame l'ambassadrice, Représentant l'impératrice,
Année iji6. 93
Mette au monde un petit joufflu ,
Avant que Tan soit révolu ,
Mon parallèle sera juste ,
Et je dirai que le poupon
Représente le rejeton
De l'Empereur toujours auguste.