‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 4)Chapitre 42 sur 128 · NOËL POUR L'ANNÉE · texte numérisé non relu

NOËL POUR L'ANNÉE

Français, faites silence Et calmez vos douleurs, Une sainte naissance Suspendra vos malheurs.

n8 Clairambault-Maurepas.

Le fils du Roi des rois en ces lieux vient de naître; Au lieu des pleurs que vous versez, Chantez et vous réjouissez

Pour mieux le reconnaître.

Conseil de conscience,

On connaît ta ferveur

Par ton impatience

A voir ce doux Sauveur.

Tu ne le quittes pas, dis-tu, c'est là ta gloire, Mais les enfants de Loyola Disent autrement que cela ;

Qui de vous faut-il croire ?

Le Régent et sa fille

N'ont point daigné venir

Voir la sainte Famille,

Voulant seuls s'abstenir.

Mais allez, a-t-il dit aux princesses cadettes, Allez-y faire votre cour, Pour moi je vais au Luxembourg

Pour affaires secrètes.

La Régente est venue Assez modestement l ; Sa prière ingénue

i. La duchesse d'Orléans, qui avait hérité du caractère altier de sa mère, M me de Montespan, était cependant d'une timidité extrême. « Le roi, dit Saint-Simon, l'eût fait trouver mal d'un seul regard un peu sévère, et

Plut fort au Dieu naissant.

Pour la mieux exaucer, Jésus lui fit promesse Qu'à la majorité du roi Le Régent aura plus do foi

Qu'il n'eut dans sa jeunesse.

Ses filles, les princesses,

Y vinrent à leur tour;

Jésus pour leurs caresses

Leur marqua quelque amour.

Que je crains, dit Marie, en les trouvant si belles, Pour vous le sort de votre sœur !

Ha ! pour en éviter l'horreur,

Fuyez toutes à Chelles 1 .

Le Conseil de finance Vint, comme en triomphant, Faire sa révérence ' A ce divin enfant.

Sortez, leur dit Joseph, grand conseil des bévues, Vous forcez les gens de métier, Comme moi pauvre charpentier, A loger dans les rues.

M* 6 de Maintenon peut-être aussi; du moins tremblait-elle devant lui, et sur les choses les plus communes, et en public, elle ne lui répondait jamais qu'en balbutiant et la frayeur sur le visage. »

I. Louise- Adélaïde d'Orléans, nommée mademoiselle de Chartres, s'était retirée, en septembre 1716, à l'abbaye de Chelles. Elle y prit l'habit de religieuse le 31 mars 17 17.

120 Clairambault-Maurepas.

Je sais bien qu'on m'impute,

Dit Noailles l'altier,

L'affreuse culbute

De chaque art et métier, Devais-je être sorcier? — Oui, dit Joseph, faux frère, Qu'il te souvienne qu'un Boyer i Sous Richelieu fut maltôtier,

Et qu'il fit ta grand-mère.

Le Conseil de commerce 2 Vint prosterné tout bas :

Tout est à la renverse, Seigneur, dit-il, hélas !

Dites-nous le moyen de rétablir en France Le commerce trop ruiné; En vain sans vous, Dieu nouveau-né, Notre sagesse y pense.

A quoi bon vous l'apprendre ?

Lui dit l'Enfant Jésus :

Je sais qu'on pourrait rendre Mes conseils superflus; '

Je dirai seulement que c'est une manie Pour un apprenti potentat

i. Le grand père du duc de Noailles avait épousé Louise Boyer, fille d'Antoine Boyer , seigneur de Sainte- Geneviève des Bois, et dame d'atours de la reine Anne d'Autriche.

2. Le Conseil de commerce, oublié dans le principe par le Régent, fut établi en décembre 1715-

Propre à renverser un État, D'en changer l'harmonie 1 .

Du dedans de la France

Le Conseil vint enfin

Prier avec instance

Cet Incarné divin De daigner lui donner un ordre salutaire , Avec un ample règlement, Pour se conduire sagement

Dans son haut ministère.

• Joseph dit : La prudence Interdit nos avis Quand on a connaissance Qu'ils ne seront suivis; Je vous dirai pourtant que l'ignorance éclate D'un maladroit savetier Quand, pour prendre un autre métier, Il quitte sa savate 3 .

Sur le bruit que la crèche Couvre de grands trésors,

1. Allusion au Régent, qui avait changé le système administratif du dernier règne, en substituant des conseils aux secrétaires d'État.

2. Les membres du Conseil des affaires du dedans avaient été pris un peu partout ; on y trouvait à côté du duc d'Antin , ce modèle des courtisans , un premier écuyer, Beringhen, un diplomate, le marquis de Brancas, et plusieurs maîtres des requêtes et conseillers de la grand'chambre.

122 Llatrambault'Maiirepas.

Lamoîgnon y dépêche 1 .Toute la Chambre en corps ; Fuyez ! leur dit Joseph, vils instruments de rage !

Le seul trésor digne d'amour

C'est Jésus à qui chaque jour Vous faites quelque outrage.

Les femmes désolées Par ces cruels vautours.

Vinrent échevelées

Et presque sans atours :

Seigneur, ont-elles dit, pardonnez l'indécence, Mais nos persécuteurs jaloux Nous ont retranché malgré nous

Toute magnificence.

La Chambre de justice Au petit Dieu nouveau De taxes et de supplices Apporte un bordereau*; Qu'on me casse au plus tôt ce tribunal avare! S'écria le poupon, Car le peuple il rendra Plus gueux que le Lazare.

Le conseil de marine, Dans le même moment,

i. Lamoignon était président de la Chambre de justice. 2. La Chambre de justice établit huit rôles de taxes dont le total s'élevait a 31,760,856 livres.

Année iji6. 123

A la crèche divine

Vint faire compliment.

Hé quoi ! lui dit Joseph , nul présent pour hommage ? Papa, lui dit le président 1 , Peut-on bien vous faire un présent

Quand tout a fait naufrage ?

Comme dans l'abondance Les présents marchent bien , Pour la remettre en France

Donnez-nous un moyen.

I-e Régent, dit Joseph, en sait un qu'il faut suivre, Faites fuir la moitié des Français Afin que le reste aux abois

Ait ce qu'il faut pour vivre.

Le conseil de la guerre

A son tour vint aussi,

Voir Dieu naissant sur terre ;

Dieu lui dit ces mots-ci :

Je suis le Dieu de paix, laissez rouiller vos armes, Car la France, grâce au Régent, Faute d'hommes, faute d'argent,

Périra dans les larmes. —

Quant aux hommes, en France, Si la paix va finir,

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