‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 4)Chapitre 62 sur 128 · DE L'ARCHEVÊQUE DE REIMS · texte numérisé non relu

DE L'ARCHEVÊQUE DE REIMS

Or, écoutez, peuple ignorant,

La lecture d'un mandement

Du grand Mailly 1 , ce savant homme,

Qui fut placé, je ne sais comme,

Dans la chaire de saint Rémy,

Car il ne le méritait my.

« Je défends de lire un discours 2 Qui dans mon diocèse a cours, Composé par un personnage

1. François de Mailly, archevêque de Reims, était au nombre des prélats acceptant la Constitution Unigenitus.

2. A l'occasion d'un mandement de l'évêqué de Toulon, M** de la Tour du Pin-Montauban qui attaquait' les Facultés de théologie coupables d'opposition à la bulle, le recteur de l'Université de Paris, Petit Demontempuys, en présence de l'Université solennellement assemblée aux Mathurins, le 22 mars 1716, prit énergiquement la défense des Facultés dans un discours dont les députés de l'Université ordonnèrent l'impression, le 14 novembre suivant. C'est contre ce discours que fut lancé le mandement de l'archevêque de Reims, dont la pièce ci-dessus est une parodie. Voici le texte du dit mandement qui servira de commentaire à la chanson.

« François de Mailly,... archevêque duc de Reims, premier pair de France, légat né du saint-siège, primat de

172 Clairambault-Maurepas*

Qu'on sait n'avoir point équipage, Qui prend le titre de recteur, Mais ça ne me fait pas grand'peur.

Souvent dans cette dignité On met qui l'a moins mérité :

Au contraire la prélature,

la Gaule belgique, etc. Sur ce qui nous a été représenté par le vice-promoteur de notre archevêché qu'il s'était répandu depuis quelque temps dans notre diocèse quelques exemplaires imprimés du Discours prononcé par le recteur de l'Université de Paris, dans l'assemblée générale du 22 juin 17 16, et du Décret rendu le 14 novembre suivant, dans l'assemblée extraordinaire des députés de V Université, sur la réquisition du syndic pour une nouvelle impression de cette harangue,... que ces ouvrages sont remplis de propositions scandaleuses et erronées; qu'on infectait notre diocèse d'une grande quantité d'exemplaires de ces écrits pernicieux qui ne pouvaient que fomenter les troubles qu'on y a excités, et faire de mauvaises impressions sur l'esprit des fidèles qui vivent dans la soumission qu'ils doivent à l'Église; qu'il importait extrêmement d'empêcher le cours de ces ouvrages dangereux ; nous requérant pour cet effet d'en défendre la lecture à tous nos diocésains, sous les peines que nous trouverions à propos d'ordonner. NOUS, après avoir lu avec toute l'attention que demande une matière aussi importante, le Discours prononcé par le recteur et le Décret rendu par les députés,... avons condamné et condamnons les propositions suivantes extraites du Discours du recteur : A entendre parler de V acceptation de la Bulle Unigenitus, qui ne croirait qu'il vient de se tenir un concile universel où cette Constitution a été examinée avec autant de maturité que le fut la célèbre lettre de saint Léon dans le concile de Chalcédoine t Que du moins elle a été envoyée dans toutes les parties du monde catholique et approuvée par des conciles particuliers de chaque nation; qu'elle a causé

Année 1717. 173

N'est pas donnée à l'aventure ; Au moins ainsi la chose était Quand le confesseur présentait.

Ce chef de l'Université, Par le parti si fort vanté, Ose dire avec assurance

des alarmes h tous les ordres du royaume; qu'elle a été à tous les gens de bien un sujet de gémir et de s'affliger; qu'elle a excité le trouble et la consternation de tous les fidèles dès qu'elle a paru; que bien loin que ce décret du pape se trouve approuvé par un consentement unanime df toutes les Églises, on ignore encore si le nom même du décret est connu dans les pays éloignés; qu'en France on a appelé tous ceux des évéques qu'on a cru disposés à une acceptation; qu'ils vinrent sans être députés par leurs provinces ; que leurs mandements, presque tous différents les uns des autres, ont été faits suivant leur jugement particulier et sans avoir consulté leur clergé. Et les proposition suivantes extraites du décret rendu par les députés de l'Université : Que les évéques ne doivent enseigner que la doctrine que tiennent les Églises qu'ils gouvernent et qu'elles ont reçue pridem (terme qui ne marque point que cette doctrine ait été reçue de tous les temps et qui ne signifie pas même une grande ancienneté) ; qu'ils ne peuvent en être mieux assurés qu'en consultant leur clergé et ayant son approbation ; que le recteur a pu et dû avancer toutes les propositions qu'il a avancées dans son discours... Déclarons toutes les propositions ci-dessus énoncées, tant du discours du recteur que du décret des députés de l'Université, respectivement téméraires, scandaleuses, erronées, tendant au schisme, injurieuses au saint-siège et à l'autorité épiscopale ; et en conséquence défendons, sous les peines de droit, à tous les fidèles de l'un et l'autre sexe de notre diocèse, de lire ou de retenir les dits imprimés, et leur ordonnons d'en apporter ou envoyer incessamment les exemplaires en notre secrétariat. »

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