‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 4)Chapitre 76 sur 128 · REQUÊTE DES HARENGÈRES · texte numérisé non relu

REQUÊTE DES HARENGÈRES

A M. LE RÉGENT Au sujet de F appel au futur concile.

Grand prince, si jadis nos muses ♦ Ne te parurent point camuses, Quand j'allions d'un cœur si loyal Dansant vers le Palais-Royal, Pour célébrer de la Régence

i. Parmi les personnages poursuivis par la Chambre de justice, il y eut trois Moreau : l'un était trésorier général des Invalides, et les deux autres traitants. Charpentier était boucher et entrepreneur de la fourniture des viandes pour l'armée de Flandre ; « on lui supprima trois millions qu'il prétendait lui être dus pour cette fourniture ; on le croyait riche de huit ou neuf. » (Journ. de Buvat)

Année IJIJ. 209

La pompe et la magnificence :

Nous espérons bien aujourd'hui Que tu calmeras notre ennui.

Alors nous fûmes prophétesses, Quoique, comme des ivrognesses, Un chacun se moquît de nous; Mais je les méprisîmes tous.

Nos Sibylles par leur oracle, Mirent d'abord sur le pinacle Le religieux d'Aguesseau, Magistrat si digne du sceau.

Nous chantîmes du sieur NoaiUes Et les exploits et les batailles ; Par nous son nom a refleuri Ainsi que Joly de Fleury. Nous annoncîmes à la France La très subite décadence Des jésuites ses amis, Des partisans et leurs commis.

Cent fois j'avons crié victoire En entonnant quelque air à boire , Grand prince, tant nous espérions Que jamais je ne pleurerions ; Cependant, par un coup de foudre, Tu viens de nous réduire en poudre En donnant lettre de cachet Au très célèbre Ravechet *,

1. Ravechet, syndic deSorbonne, fut exilé le 5 mars 1717, à la suite d'une manifestation des anticonstitutionnaires

2IO Clairambault-Ma'urepas.

Syndic de madame Sorbonne,

Dont la morale, toujours bonne,

A décidé plus de cent fois

Qu'à moins qu'on ne fût aux abois

Et qu'on n'eût la face très blême,

Il fallait jeûner le carême ;

Car sans cela nous périssons.

Mais ce qui fort nous inquiète

Et nous cause grand mal de tête,

C'est l'exil des quatre prélats

*Pour qui gardons nos meilleurs plats

contre la bulle Unigenitus. « Le I er mars, les évêques de Mirepoix, de Senez, de Montpellier et de Boulogne, qui étaient alors à Paris, eurent la hardiesse de s'unir .pour appeler juridiquement de la bulle, non au pape mieux informé, ce qui eût été moins odieux, mais à l'Église universelle représentée par un concile général, juge, selon nos maximes, du pape et de ses décrets. Pour rendre la chose plus notoire et plus solennelle, ces prélats allèrent en Sorbonne un jour que la Faculté y était assemblée extraordinairement, et, après y avoir donné bien des louanges à cette compagnie, ils lui annoncèrent leur appel et la prièrent d'y adhérer. C'était un coup monté par le syndic Ravechet, ou plutôt c'était lui qui avait monté cette partie. Il harangua contre la bulle et conclut à en appeler. De cent soixante docteurs présents, cent quarante-six furent de son avis. Ravechet avait si bien manœuvré que la Faculté adhéra à cette grande pluralité des voix à l'appel des quatre prélats, et qu'elle décida «encore qu'elle poursuivrait leur proposition en son nom s'il en était besoin. Scène hardie pour ne pas dire séditieuse, qui déplut si fort à la cour que le syndic fut exilé, et que les quatre évêques eurent ordre précis de partir pour leurs diocèses. » {Mém. de l 'abbé Legendrt.) ~Lzs quatre évêques susnommés étaient Le Blanc, Soanen, Colbert et de Langle.

Annie 1J1J. 211

Car pour d'aucuns de leurs confrères, Avec nous ne font point affaires, Excepté le vendredi saint Et la veille de la Toussaint ; Ce qui cause de grands scandales Dans nos marchés et dans nos halles, De voir ainsi ces messeigneurs Envoyer chez les rôtisseurs Plutôt que chez les harengères :

A cela ne penserons guères.

Mais revenons à M ii-*»** r**»* i * o . ....^ fsuiub,

oe nouveau père de l'Église, Cette chevelure si grise, . . Avec le pasteur de Senez, Qui ne saigna jamais du nez, Non plus que celui de Boulogne, Si chéri du duc de Bourgogne, Comme celui de Montpellier, L'antagoniste de Tellier, Sont tous chassés de cette ville Parce qu'ils veulent un concile.

Régent, en cette occasion, Gare ta réputation !

Mais voici la fête de Pâques, Où j'allons tous laver nos caques Chez les bons pères récollets Et non chez les petits collets , Qui renvoient comme les drilles, Disant qu'ils suivent l'Évangile

212 Clairambault-Maurepas.

Et non la Constitution,

Ainsi point d'absolution.

Voici donc la semaine sainte

Où nos pleurs couleront sans feinte,

Temps destiné pour les pardons :

Pour eux je te le demandons,

Comme au Seigneur tu le demandes

Dans tes vœux et dans tes offrandes.

Laisse donc toute liberté

Aux amis de la vérité ;

Et la paix avec l'abondance

Régneront à jamais en France,

Quoi qu'en pensent quelques humains

Partisans des ultramontains.

Le Seigneur te sera propice

Si, dans la Chambre de justice,

Qui s'en va finir, ce dit-on,

Tu mets la Constitution.

Alors nos muses consolées

Chanteront dessous les allées,

Au printemps, la belle saison,

D'Orléans le beau carillon.

Surtout, prince si débonnaire,

A notre brave secrétaire,

Si tu payes encre et papier

Pour continuer le métier.

Année IJIJ. 213

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