LOUIS DE ROUVROY
Année 1717. 22%
Tout le monde s'étonne Que tu souffres Simon * Qui chez toi se cramponne Comme un petit morpion.
Prends l'avis salutaire D'écarter ce brouillon, Au public tu dois plaire Et chasser ce fripon.
H traite de jean-fesses De Mesmes en ta maison 2 , Fais lui dire des messes Aux Petites-Maisons 8 .
1. « Membre du Conseil de régence, il est devenu un des personnages du gouvernement, et bien que rarement ses avis prévalent, il est continuellement admis à les donner. Il ne fut point ministre parce qu'il ne le voulut pas ; il aurait pu l'être à un instant ou à un autre. » (Sàinte- Beuve.)
2. M. le duc de Saint-Simon trouva chez le Régent M. le duc de La Feuillade, qui parlait à M. le premier président. De Mesme ayant quitté le duc de La Feuillade, le duc de Saint-Simon lui dit qu'il avait été en mauvaise compagnie. L'origine de ce différend vient de ce que les ducs accusent les présidents d'avoir dit au feu roi qu'ils cabalaient contre le duc du Maine, pour troubler la future minorité , et d'avoir par là indisposé le roi contre eux et se l'être rendu favorable pour les présidents à mortier. (M.) Il est bon d'ajouter que le président de Mesmes ne méritait pas grande considération.
3. C'était l'hôpital des fous, situé dans la rue de Sèvres. Ce vaste enclos, devenu plus tard l'hospice des Ménages, a été tout récemment transformé en square.
226 Clairambault-Maurepas.
L'orgueil insupportable Du petit mirmidon Le rend impraticable Jusque dans ta maison.
D'où te vient tant de gloire, Dis-moi, petit Simon?
Nous n'avons dans l'histoire Jamais trouvé ton nom *.
Roucy se désespère * :
De moi, que dira-t-on, Si j'avais une affaire Avec cet avorton ?
Pour calmer sa colère, Dit Mazarin bouffon 3 ,
i. Le père de Saint-Simon fut le premier membre de la famille qui joua un rôle politique, bien que l'auteur des Mémoires eût la prétention de descendre « du sang impérial de Charlemagne, par les comtes de Vermandois et rois d'Italie ».
2. M. le comte de Roucy, ayant su que M. le maréchal duc d'Harcourt voulait vendre sa cmu*ge de capitaine des gardes du corps, pria Saint-Simon d'en demander l'agrément au Régent. On dit qu'au lieu de le demander pour M. de Roncy, il le demanda pour le duc de Lorges, son beau-frère. M. de Saint-Simon dit que le Régent demanda une personne titrée : M. d'Harcourt proposa son fils, qui fut reçu. (M.)
3. Paul-Jules, duc de Mazarin et de la Meilleraye, fils d'Hortense Mancini , la plus belle des nièces du cardinal.
Année 1717. 227
Fais-lui voir son grand-»père * Et puis nous en rirons.
ta
Dis-lui que Bassompierre 2 Par mépris, ce dit-on, Ne voulut à son père Donner coups de bâton.
Et vous, dame Simonne 3 Au cœur loyal et bon, Charitable personne, Fouettez votre Simon.
Il remue, il cabale Et fait le furibond, Et jappe avec scandale En toute occasion.
1. Le père de Saint-Simon avait été créé duc et pair en 1635, mais son grand père était simplement seigneur de Plessier-Choisel. .Voilà ce que l'historien, si fier de sa pairie, n'aurait pas dû oublier.
2. François de Bassompierre (1579-1646), 'maréchal de France. Il fut l'adversaire de Richelieu, tandis que le père de Saint-Simon était tout dévoué au cardinal.
3. Fille aînée du maréchal de Lorges. Saint-Simon fait d'elle le plus grand éloge : « Je ne trouvai jamais , dit-il , de conseil si sage, si judicieux, si utile, et j'avoue avec plaisir qu'elle m'a paré beaucoup de petits et de grands inconvénients. Je m'en suis aidé en tout sans réserve, et le secours que j'y ai trouvé a été infini pour ma conduite et pour les affaires, qui ne furent pas médiocres dans les derniers temps de la vie du roi et pendant toute la Régence. »
228 Clairambault-Maurepas.
Il déclare la guerre Au Parlement, dit-on, Et pour le faire taire Il écrit un factum 4 ;
Tu yeux qu'on te salue Au Parlement, Simon, Lorsque chacun te hue Jusques au polisson.
Simon est en démence, Où le logera-t-on ?
On. le mettra, je pense, Aux Petites-Maisons.
Que Saint Simon dans sa colère Attaque la noblesse entière 8 ,
i. On regardait le duc comme l'auteur de toutes les discussions du Parlement avec les ducs et pairs, pour l'affaire du bonnet. (M.) Les ducs et pairs avaient raillé les* présidents du Parlement sur leur origine bourgeoise. Les présidents répondirent par un Mémoire où ils attaquaient presque toutes les familles titrées de la cour. Les pairs, irrités, publièrent un factum pour repousser les allégations injurieuses du Mémoire ', et l'on supposa qu'il avait été rédigé par le duc de Saint-Simon. « On ne peut traiter que de chronique scandaleuse et de libelle diffamatoire, y est-il dit, un écrit où, malgré les fleurs et ornements du- discours fort recherchés, on voit régner également une horrible malice et une grossière ignorance. »