‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 4)Chapitre 86 sur 128 · DU DUC DU MAINE · texte numérisé non relu

DU DUC DU MAINE

Français, reconnaissez-moi Pour être un jour votre roi, Car rien ne trouble un empire Autant que le droit d'élire.

Lampons.

Songez à quels attentats Il expose les États ; Que de partis et d'intrigues, De mouvements et de brigues !

On est plus sollicité, Persécuté, tourmenté; Pour un seul que Ton contente, L'on en mécontente trente.

1. Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine, fils aîné de Louis XIV et de la marquise de Montespan. Menacé, ainsi que le comte de Toulouse son frère, de perdre les privilèges que lui assuraient l'édit de 1714 et la déclaration de 171 5, il adressa au Régent pour la défense de ses droits un volumineux mémoire historique, œuvre de la duchesse du Maine et de ses conseillers, qu'il fit suivre de plusieurs requêtes au Parlement. Mais ses efforts

234 Cl air ambault- Maure-pas,

Profitez de mes leçons, Et pesez bien mes chansons ; Car pour votre loi salique * Ma foi, je lui fais la nique.

Suis-je le premier bâtard Qui devint roi par hasard ?

N'avons-nous pas un Guillaume * Conquérant d'un grand royaume ?

Si je n'étais pas content, J'en pourrais bien faire autant.

Mais épargnez-m'en la peine :

Essayez d'un duc du Maine.

Que vous vous louerez de fois De la douceur de mes lois, Et direz que ma personne Mérite bien la couronne !

furent inutiles. Le conseil de régence, saisi de l'affaire, déclara les princes légitimés inhabiles à succéder à la couronne, et les priva de la qualité de princes du sang, en leur en conservant toutefois les honneurs , leur vie durant. La pièce ci-dessus est une parodie du mémoire.

i. Les femmes furent exclues de la succession à la couronne de France en vertu d'un texte de la loi des Francs Saliens, faussement interprété par leurs jurisconsultes du XIV e siècle. Ce texte devint dès lors l'un des principes constitutionnels de l'ancienne monarchie, sous le nom de loi salique.

2. Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, conquérant de l'Angleterre.

Annie IJIJ. 235

Informez-vous à Trévoux 1 Combien mon empire est doux !

On vous dira qu'on m'estime Plus qu'un prince légitime.

Les autres princes du sang 2 Prétendent un autre rang ; Fondés sur ce que leur père Fut assisté d'un notaire.

Mais le roi, pour des raisons Jugea, qu'en toutes façons, Il pouvait fort bien me faire Sans prêtre, bans, ni notaire.

Qu'importe tant après tout, Comment on en vienne à bout, Pourvu qu'on ait de sa race Qui marche bien sur ses traces ?

Lampons.

1. Capitale de la principauté de Dombes que Mademoiselle de Montpensier avait donnée en 1681 au duc du Maine, pour obtenir de Louis XIV la liberté de Lauzun, son amant, enfermé à Pignerol.

2. C'étaient M. le Duc, le comte de Charolais et le prince de Conti qui avaient réclamé la suppression des privilèges conférés aux princes légitimes. Les ducs et pairs de leur côté demandèrent qu'ils fussent réduits au rang de leur pairie.

236 Clairambault-Maurepas.

Page 1