‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 4)Chapitre 89 sur 128 · L'IGNORANCE DU DUC DE NOAILLES · texte numérisé non relu

L'IGNORANCE DU DUC DE NOAILLES

Jarnigué ! monsieur le Régent,

Faute d'argent, Tout le monde est bien indigent.

Noailles n'est Sot ni benêt 1 ; Mais, palsanquéî Il n'est nullement, Monsieur le Régent.

Il n'est, dis-je, bien financier 2 .

Où diable aurait-il appris son métier ?

1. Le poète se rappelle sans doute ce couplet de chanson peu flatteur pour la famille des Noailles, que Ton fit courir lorsque l'oncle du duc fut nommé à l'archevêché de Paris :

Sire, votre bonne ville Demandait un grand prélat, Votre Majesté facile Ne nous donne qu'un bêta ; Tout Noatlle est imbécile.

Leur visage d'évangile Sert aussi mal votre État Dans l'Église qu'au combat.

2. Telle n'est pas l'opinion de Duclos. « Citoyen zélé, dit-il, quand son intérêt propre le lui permet, il s'applique à rétablir les finances et y serait peut-être parvenu si le Régent l'eût laissé continuer ses opérations. La meilleure

Annie 1717. 243

C'est conscience, en vérité, Tout est pauvreté.

Il croit avoir tout dit, Tout fait, quand par un même édit Il nous forge un salmigondi

De son Mississipi Et des lanternes de Paris *. Ses grands projets, Vrais bilboquets, Ne sont que vision De son imagination.

Voyez Comme nous sommes payés.

Ce Don Quichotte tout craché Nous donne du papier mâché.

Avec ses expédients,

preuve que l'on puisse donner des capacités financières du duc de Noailles, c'est le mémoire lumineux qu'il lut en juin 1717 au Conseil des finances, et dans lequel il proposait, pour parer aux difficultés de la situation, la taille proportionnelle en temps ordinaire, et une imposition générale sur tous les corps de l'État, en cas de nécessité. > Ce mémoire a été inséré par Forbonnais dans ses Recherches sur les finances de la France.

I. Allusion à ledit du 13 septembre 1^17, portant suppression de F impôt du dixième et réglant toutes sortes de questions financières. L'auteur raille la confusion des matières en visant spécialement l'article VI (l'entretien des lanternes ne se fera plus aux dépens du roi, mais par les propriétaires des maisons), et l'article XI (on établira des compagnies de commerce dont les actions seront acquises en billets de l'État).

Qu'il aille, le Pantalon, En Roussillon.

Quand vous n'aurez plus le Noailles, Un chacun bénira vos jours, Grand prince, Et tout ira, tout reprendra son cours.

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