PRÉFACE
3 tÇ^S*^ N homme d'esprit a dit de rancien ''^ "^Z gouvernement de la France que g*; T T ^^ c'était une monarchie absolue tempérée ^^ ^^ '^^ par des chansons.
« Liberté entière était du moins laissée sur ce point.
« Cette liberté était tellement inhérente au caractère national que les historiens Tout remarquée. Les Français^ dit Claude de Seyssel, ont toujours eu licence et liberté de parler à leur volonté de toute sorte de gens, et même de leurs princes, non pas après leur mort tant seulement, mais encore de leur vivant et en leur présence.
< Chaque peuple a sa manière d'exprimer ses vœux, sa pensée, ses mécontentements.
< L'opposition du taureau anglais éclate par des mugissements.
Il F réface.
< Le peuple de Constantinople présente ses pétitions une torche à la main.
< Les plaintes des Français s'exhalent en couplets •terminés par de joyeux refrains.
« Cet esprit national n'a pas échappé à nos meilleurs ministres ; pas même à ceux qui, d'origine étrangère, ne s'étaient pas crus dispensés d'étudier le naturel français.
< Mazarin demandait : < £h bien, que dit le peuple « des nouveaux édits ? — Monseigneur, le peuple « chante. — Le peuple cante, reprenait l'Italien, il « payera, » Et, satisfait d'obtenir son budget, le Mazarin laissait chanter.
« Cette habitude de faire des chansons sur tous les événements, même les plus sérieux, était si forte et s'était tellement soutenue qu'elle a 'fait passer en proverbe qu'en France tout finit par des chansons. >
Tel est le début du plaidoyer spirituel que Dupin prononçait en faveur de Béranger, inculpé, sous le gouvernement de la Restauration, d'avoir outragé dans ses couplets badins la double majesté du trône et de l'autel. Et certes l'habile avocat n'avait nullement tort d'appeler au secours du poète populaire les traditions de la vieille France. A toutes les époques, les sujets s'étaient arrogé le droit de chansonner leurs maîtres. Écarté des ai&ires par un pouvoir ombrageux, le peuple se dédommageait de son
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inaction forcée par des bluettes fugitives où l'esprit et la malice avaient souvent plus de part que la raison. Il raillait en vers le despotisme ou l'incapacité de ses gouvernants et se consolait d'un abus par une épigramme, d'une sottise par une chanson-; c'était là sa manière habituelle de narguer la mauvaise fortune.
D'un bout à l'autre de notre histoire l'on retrouve ces manifestations satiriques de l'esprit public. Nées avec le monde féodal, elles grandissent concurremment avec l'autorité royale, pour atteindre leur entier développement le jour où la monarchie absolue se trouve définitivement établie. Alors la critique ne connaît plus de bornes, la satire ne garde plus de mesure, et quiconque sert le pouvoir participe des blâmes qu'il provoque. Ce déchaînement général de l'opinion se produit sous le règne du plus absolu des souverains, j'ai nommé Louis XIV; le grand roi luimême, malgré le respect que sa. personne inspire, n'est pas toujours ménagé. S'il essaye de mettre un frein à ce contrôle impudent qui l'irrite bien plus qu'il ne le gêne, les rigueurs déployées restent sans résultat, et la satire, réduite à circuler clandestinement, ne perd rien de sa violence.
Mais le xvni« siècle, cette époque d'indépendance complète pour la pensée, rend aux chansonniers leur liberté d'action ; désormais affranchis de toute entrave
IV Préface.
et de toute contrainte, ils usent et abusent de leur esprit mordant. Et c'est avec une prodigieuse dextérité qu'ils manient les seules armes offensives dont ils disposent, le ridicule et la médisance. Pour satisfaire leur verve railleuse, ils mettent à contribution les formes les plus diverses de la poésie légère; les chansons adaptées à des refrains connus ou à des airs en vogue ne suffisant plus, ils recourent aux épigrammes, aux sonnets, aux satires, aux épttres, aux vaudevilles, aux triolets, aux parodies, et la rime se prête docilement aux exigences de leur malignité. Les hommes et les choses du temps fournissent une ample pâture à l'esprit frondeur qui les anime et qui déchire tout à belles dents. Comme le chantre de la Némisis moderne* ils connaissent à fond leurs droits et leurs devoirs de critiques ; pour eux comme pour lui.
Quand la satire frappe un coupable, elle doit L'extraire au grand soleil et le montrer au doigt. Au carcan installé sur la place publique, D'un inflexible bras c'est elle qui l'applique ; Pour diffiuner la tête attachée au poteau Elle imprime son nom siu* un large écriteau.
Et^ tandis que l'histoire officielle du xviii* siècle ne permet d'entrevoir que les brillants côtés de