‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 5)Chapitre 32 sur 76 · ÉPITAPHES DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

ÉPITAPHES DE LOUIS XIV

' Ici repose notre roi, La vieille qui nous fit la loi, Le confesseur et les finances, Le pouvoir de deux éniinénces.

L'orgueil du pontificat.

Et rhonneur de plus d'un prélat.

Ci-gisent^en même tombeau Le grand Louis et les finances, Et la bulle et Tédit nouveau.

Et de Tellier les manigances.

Mortels qui visitez ce lieu ^ Le plus célèbre de la France, Apprenez qu'il faut craindre Dieu Et mettre en lui son espérance.

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I. L'église de Saint-Denis, lieu de sépulture des rois de France.

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Ci-gît notre invincible roi, Qui meurt pour un acte de .foi.

Il est mort comme il a vécu, Sans nous laisser un quart d'écu.

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Ici Louis Quatorze emplit Ce que si bien il désemplit ^

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Ci-dessous est inhumé Qui, supprimant, fut supprimé.

Ci-gît au milieu de l'église Celui qui nous mit en chemise.

Et s'il eût plus longtemps vécu Il nous eût fait montrer le c...

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I. L'auteur suppose Louis XIV enterré dans la caisse des emprunts. Cette caisse avait été supprimée par le feu roi en 1715, mais à la condition de ne rembourser aux détenteurs des billets que la moitié du capital , sous prétexte que la dépréciation de ces billets avait permis aux porteurs actuels de les payer seulement le quart de leur valeur.

^8 Clairamhault''Maurepas,

Ci-gît Louis le Petit ; Ce dont tout le peuple est ravi.

S'il eût vécu moins de vingt ans.

Il eût été nommé le Grand.

Ci-gît le grand Bourbon, Qui ne fut, hélas! que trop bon.

Préservez-le, Seigneur, de l'éternelle flamme; Comme il a pris nos biens, daignez prendre son âme.

Ci-gît le maître des impôts.

Qui mourût de*la gangrène; Il en mérita bien la peine, ' Ayant rongé son peuple jusqu'aux os.

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Ci-gît le maître des impôts.

Que la Parque vient de surprendre.

On dit que Dieu l'avait donné.

Mais qu'il n'a pas voulu le prendre.

Ci-gît qui fut un grand monarque Tandis qu'il vécut ici-bas.

Année l'jiS, 59

Caron, le voyant dans sa barque, Lui dit : Tu ne passeras pas.

Tu mangeais là-haut tout le monde, Reprit-il d'un ton de travers.

Dans cette demeure profonde Tu mangerais tous les enfers.

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Ci-gît de qui les édits Nous ont tous rendus misérables.

Qu'il aille droit en paradis, £t son conseil à tous les diables.

Ici'gît le roi des impôts, Dont chacun a l'âme ravie.

Que Dieu lui donne le repos, Qu'il nous ôta pendant sa vie.

Ci-gît le père des impôts.

Disons-lui des patenôtres :

S'il est en haut pour son repos, Il y est aussi pour le nôtre.

6o Clairambault'^Maurepas,

Ci-git le plus grand de nos rois.

Qui fil t chéri de ses sujets Au temps de ses généreux Êdts.

Si vox populi, vox Dei, Il est ailleurs qu'en paradis.

Ci-gît... mais non, je me ravise, Cherchez ce monarque plus bas:

Le diable en a purgé l'église Dès le moment de son trépas.

A Saint-Denis comme à Versailles Il est sans cœur et sans entrailles.

Ci-gît le roi Louis le Grand.

Il avait le cœur d'Alexandre ;

La mort n'a pris ce conquérant

Que quand il n'eut plus rien à prendre.

Ci-gît l'idole de la France Et l'ennemi de s©n repos.

Année ijiS.

Il fut un gouffre de finance Et l'asile des impôts.

Ci-gît le roi des maltôtiers,

Le partisan des usuriers,

L'esclave d'une indigne femme,

L'ennemi juré de la paix.

Ne priez point Dieu pour son âme :

Un tel monstre n'en eût jamais.

On a semé sur cette terre *

Les os du prince de la guerre ;

Si le terroir est de façon

Que pour un grain cent il rapporte,

Grand Dieu ! gréiez sur la moisson

Et nous privez de la récolte.

Passant, ci-gît Louis le Grand, Qui fit plus qu'Alexandre.

Quand il ftiourut, ce conquérant N'avait plus rien à prendre.

Hommes, femmes, filles, garçons,

I. Certains chansonniers (Bihî, Mazarine) appliquent cette épitaphe au cardinal de Richelieu.

62 Clairambault-Maurepas,

La farîdondaine, la faridondon.

Dites De profundis pour lui,

Biribi, A la façon de Barbari,

Mon ami.

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