‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 5)Chapitre 34 sur 76 · PANÉGYRIQUE DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

PANÉGYRIQUE DE LOUIS XIV

Quel bruit impétueux, quelle rage effrénée

Travaille à l'instant tous les cœurs ?

A peine de Louis la course est terminée.

Ses sujets déchaînés vomissent mille horreurs; De libelles grossiers l'injurieux déluge

Inonde la ville et la cour.

La halle même, en critique à son tour*,

1. Il nous a paru curieux de rechercher l'auteur de cette pièce qui se distingue par son impartialité, au milieu du concert d'injures et de malédictions dont on accable le feu roi. Elle est du P. de la Rue , jésuite , qui obtint une certaine vogue comme prédicateur , et fut confesseur de la ducheftse de Bourgogne.

2. Pendant le xv<lil* siècle, les harengères de la halle interviennent souvent dans les affaires politiques ; plusieurs satires que nous aurons l'occasion de publier témoignent

64 Clairamhault'Maurepas,

Au rimeur insolent prête un honteux refuge.

Que faut-il pour vous exciter.

Traîtres adulateurs, troupe avide et servile ? Le sordide intérêt en éloges fertile

N'a-t-il plus rien à vous dicter ?

 Timmortalité vos flatteuses promesses

Désormais ne relèvent plus.

L'écrivain le plus vil attaque ses faiblesses. Vous n'osez seulement défendre ses vertus.

Pourquoi vous démentir ? Quelle âme assez altière Pouvait à ce héros refuser son respect ?

N'eût-on pas dit, à son aspect.

Qu'il régnait sur la terre entière ?

Vit-on jamais d'exploits plus beaux ?

Au bruit de ses premières armes, Le Batave saisi des plus vives alarmes

Chercha son salut dans les eaux^.

Jusqu'où ses ennemis, par de promptes retraites, N'ont-ils point élevé sa suprême grandeur ?

Que de talents ! que de splendeur !

Mais c'est trop hasarder ! les plus savantes plumes.

de ce fait. Déjà, lors de là famine de 1709, elles avaient essayé de se porter en foule à Versailles, mais d'Argenson les avait arrêtées au pont de Sèvres, avec ses troupes et les avait ramenées à Paris. Au début de la Régence nous les verrons adresser une Recuite à Philippe d'Orléans. (Cf. p. 121.)

I. £n 1672, les Hollandais pour repousser Louis XIV , rompirent les digues qui retenaient l'eau de la mer et inondèrent le pays tout autour d'Amsterdam ; le grand roi fut contraint de reculer devant cet ennemi d'un nouveau genre.

Année lyiS. 65

Pourront-elles réduire, au gré de l'uni vers,

La matière de cent volumes

A la mesure de cent vers ?

Sous tant de monuments illustres Ce monarque, il est vrai, paraît enseveli; Après avoir brillé pendant plus de dix lustres,

A la fin l'étoile a pâli.

Hochstedt et Ramilly, Turin et Barcelone*, L'hiver le plus aflfreux*, l'usure au front d'airain, Tant de malheurs ensemble ébranlèrent le trône

Sans ébranler le souverain '.

Tous ces événements sinistres.

Jusqu'aux injures des saisons.

Tous les égarements des chefs et des ministres Sont pour le condamner d'implacables raisons.

I. Durant la guerre de la succession d'Espagne, Tallard fut battu à Hochstedt (1705), Villeroy à Ramillies (1706), Marsin et La Feuillade devant Turin (1706), et l'archiduc Charles, le compétiteur de Philippe V, s'empara de Barcelone (1705).

3. L'hiver de 1709, qui vint ajouter ses rigueurs aux calamités d'une guerre désastreuse et amena la famine avec lui.

3. « Cette constance, cette fermeté d'âme, cette égalité extérieure , ce soin toujours le même de tenir tant qu'il pouvait le timon, cette espérance contre toute espérance, par courage, par sagesse, non par aveuglement; ces dehors de même roi en toutes choses, c'est ce^dont peu d'hommes auraient été capables, c'est ce qui aurait pu lui mériter le nom de grande qui lui avait été si prématuré. Ce fut aussi ce qui lui acquit la véritable admiration de toute l'Europe, celle de ses sujets qui en furent témoins, et ce qui lui ramena tant de cœurs qu'un règne si long et si dur lui avait aliénés. » (Saint-Simon.)

66 Clairambault'Mdurepas.

Les bouillantes ardeurs de la tendre jeunesse Sont un crime à lui seul, rien ne peut l'excuser ; De ses ans prolongés la constante sagesse

Est un modèle à mépriser.

César fut adultère, et jadis Alexandre

N'écouta que la vanité ;

Uun et l'autre mit tout en cendre.

Ont-ils moins les honneurs de la postérité ?

La mort imprévue et facile De leurs sanglants effort§ interrompit le cours. Dans le sein de la paix, d'un œil ferme et tranquille,

Louis compta ses derniers jours ; Non que de ces vainqueurs la profane arrogance Lui fît avec mépris insulter le trépas ; Soumis à l'Éternel*, il vit sans résistance

Cet instant qu'il ne craignait pas.

Pourquoi donc, insensés, par les traits les plus lâches, Jusque dans le tombeau troublez-vous son sommeil ? Il avait ses défauts, le soleil a ses taches.

Mais il est toujours le soleiP.

1. « Il sut s'humilier en secret sous la main de Dieu, en reconnut tre la justice, en implorer la miséricorde, sans avilir aux yeux des hommes sa personne ni sa couronne. » (Saint-Simon).

2. La comparaison est d'autant plus juste que Louis XIV avait pris le soleil pour* emblème, avec la devise Nec pluriàus impar. Napoléon, dans ses Mémoires^ exprime la même idée dans les mêmes termes : « Le soleil lui-même n*a-t-il pas de taches? Louis XIV fut un grand roi. C'est lui qui a élevé la France au premier rang des nations. Depuis Charlemagne, quel est le roi de France qu'on puisse comparer à Louis XIV sous toutes ses faces. »

Année iji5. 67

Malgré tous vos serments, un coupable caprice Vous soustrait au devoir promis.

Rendez-lui du moins la justice Que lui rendent ses ennemis !

Du plus grand de nos rois, élève nécessaire, Régent, vous répondez à nos tristes souhaits, Vous voulez maintenir les biens qu'il nous a faits , Et réparer les maux qu'il nous a laissé faire ; Mais dévoilez la scène, et, sans être surpris, Vous verrez sur les vains théâtres I)es fourbes dans vos idolâtres, Des ingrats dans vos favoris.

LES

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