I. Ce sobriquet représente ici le général des PP. capucins
Année iji^ 8l
A prophétisé qu'un jésuite Ferait bien du mal aux Français , Et qu'il vous a peint sous ces traits < :
« Homme sans nom, vil, méprisable, Mais hardi, ferme, infatigable.
Toujours prêt à changer autrui.
Il sait dissimuler pour lui.
Quoique h^ut et d'une humeur fière, Flatteur, il sait ramper par terre ; Sous une apparente pudeur L'ambition ronge son cœur.
S'il est quelqu'un dont le mérite Fait ombre aux projets qu'il médite, Sur un mémoire présenté Cet homme est bientôt écarté.
Un mortel seul, par ignorance.
L'honore de sa confiance ; Content, il offre un front d'airain A la haine du genre humain.
D'autres, d'une naissance obscure* Comme lui corrigeant l'injure.
1. Ces vers sont une imitation du portrait que Tacite nous a laissé de Séjan : « Corpus illi laborum tolérons, animus audax : sut obtegens, in atios criminalis, juxta adulatio et super bia : palatn compositus pmdor , intus summa t^cendi libido. » (Annales, I, 3.)
2. « Le roi demanda à son confesseur s'il était parent de MM. Le Tellier : « Moi, Sire, répondit-il, parent de MM. Le Tellier, je suis bien loin de cela ; je suis un pauvre paysan de basse Normandie, où mon père était un fermier. » (Saint-Simon.)
82 Clairafhbault'Maurepas.
Foulaient aux pieds Thumble innocent, Puis sont tombés en un instant ; Vils délateurs, dont les services Méritaient les derniers supplices; Un gain sûr et de grands honneurs Sont les appas de leurs fureurs.
Effrayés du mal qui nous presse, Nous demandons si la sagesse Peut encore au monde avoir lieu. Par un modeste et sûr milieu, Entre la flatterie honteuse Et la fermeté dangereuse. »
L'ignorant dit : « Pour être roi Ce père en sait-il mieux sa foi ?
Je doute fort de sa créance.
Ceux à qui Ton fait violence* Sont tous savants et gens de bien ; Mais les autres... n'en disons rien.
Mon curé défend dans son prône De dire du mal de personne. »
L'homme de cour, d'un ris malin.
Ainsi vous nazarde* en chemin :
< Ah I la voilà, la chattemite.
Qui nous cache un fougueux jésuite ;
1. Les jansénites se faisaient remarquer par leur vie exemplaire et leur grande science; Port- Royal en est la meilleure preuve.
2. Le mot nazarde dans son acception primitive signifiait chiquenaude sur le nez, puis il devint s3mon3niie de raillerie; d'où le verbe nazarder , c'est-à-dire se moquer de quelqu'un.
Annie lyiS. 81
Le voilà ce beau révérend Qui tous les jours ^ en se montrant, Voyait tomber les Éminences, S'anéantir les Excellences, Se prosterner les grands prélats, Ramper les graves magistrats.
Un regard était une grâce, Pour l'avoir on briguait la place, Il fallait prendre les devants.
Débusquer mille courtisans ; Là, par force et par souplesse.
Se faire jour, fendre la presse, Tant qu'enfin Ton se vit porté Sous le regard tant souhaité.
Ouvrait-on ? l'on disait sans doute :
Il m'apercevra sur sa route ; Mais le capricieux coup d'œil Se refusait avec orgueil.
Plus loin l'altière Révérence Allait répandre l'espérance Au cœur du mortel bienheureux Sur qui daignaient tomber ses yeux.
Donc, saisi d'une autre avenue.
L'on mendiait encor sa vue.
On s'iallongeait, on se dressait; Tout à coup l'heure, qui sonnait, Fermait la porte impitoyable.
On donnait le manège au diable.
Et l'audience et le portier.
Et surtout le pénitencier.
JXa9n
84 Clairamhault-Maurepas,
Or après fortune si belle Que pour un mot lâché contre elle Un honnête homme était perdu.
Qu'est le bon père devenu ?
Moine ? non pas moine ordinaire,
t patenôtre et bréviaire, Chantant son ré, mi, fa, sol, la.
Puis gueusant ci, gaudissant là; Mais moine à jamais mémorable Par sa politique exécrable ; Moine turc, et non pas chrétien.
Moine, l'horreur des gens de bien. »
Or oyez des prélats d'Église La gent si souple et si soumise; Ils perdront bientôt le respect, Et déjà disent en secret :
< Ce jésuite avait bien affaire D'engager notre caractère Dans cette Constitution, Où n'avons onc rien vu de bon , Fors tous les points qu'elle condamne*.
Chacun de nous, ainsi qu'un âne.
I. Tel était d'ailleurs , dans le principe, l'avis du juge qui avait condamné le livre du P. Quesnel. « L'abbé Renaudot, dit Voltaire, l'un des plus savants hommes de France , étant à Rome la première année du pontificat de Clément XI, allant un jour chez ce pape, qui aimait les savants et qui l'était lui-même, le trouva lisant le livre du P. Quesnel. Voiià, lui dit le pape, un livre excellent, Nous n* avons personne à Rome qui soit capable d^ écrire ainsi» Je voudrais attirer V auteur auprh de moi. »
Année lyiS. 85
Courbait stupidement le cou, Et courait gaîment sous le joug.
Il nous menait à la baguette.
Le traître et la marionnette N'obéit pas mieux à la main Que nous autres à son dessein, Vils artisans de l'édifice Qu'élève avec tant d'artifice, Aux frais de notre autorité, La très fine société ^.
Depuis soixante ans elle crie ' Qu'une épouvantable hérésie S'exhale du fond des enfers.
Qui va noircir tout l'univers.
On s'émeut et, plein d'un saint zèle, On cherche, on agit; paraît-elle?
L'avez-vous vue en Occident ? — Nous fuirons jusqu'en Orient.
Prélats, docteurs, toute l'Église, S'éveillent, crainte de surprise.
Point d'hérésie, hors les erreurs Des moux et bénins directeurs.
Les jésuites hurlent sans cesse
1. « Les jésuites avaient été les principaux ou plutôt les uniques solliciteurs de la bulle Unigenitus; aussi étaientils les seuls à qui la bulle pût être utile , en ce qu'elle semblait les relever de différentes condamnations qu'ils avaient essuyées depuis quatre-vingts ans siu: la morale et sur la discipline. » (L'abbé Legendre.)
2. VAugustinus de l'évêque d'Ypres, Jansénius, avait été condamné par le pape Innocent X , en 1653.
86 Clairamhàult^Maurepas,
Qu'on s'aveugle, que le mal presse, Que Pierre et Paul en sont tachés.
Tels et tels cantons entichés :
£t par adroites manigances Les poussent auprès des puissances.
Morale aisée et doux docteurs Eurent toujours la clef des cœurs.
On les y croit, on les écoute.
Trouvent-ils quelqu'un sur leur route De taille à disputer contre eux ?
Ils le vont déclarer lépreux, Mais lépreux dont l'air empoisonne Et perd tout ce qui l'environne.
Il a beau dire : Je suis sain.
On vous le happe un beau matin On vous le met à la Bastille, On vous le purge, on vous l'étrille; Signez ceci, croyez cela.
Vous ne guérirez que par là.
Longtemps la manœuvre fut telle Pour la déplorable séquelle :
Jésuites seuls donnaient la loi, Fagotaient à leur gré la foi.
Plaignez- vous, vous voilà coupable A ce tribunal redoutable, Dont ils sont les hauts justiciers.
Le pape et le roi les greffiers.
Or nous prélats, gens fort habiles Et cervelles vraiment subtiles; Car il faut parler rondement,
Année Iji5, 87
Au moins quand nul ne nous entend ; Si cardinalat, si pairie , Gras évêchés, riche abbaye.
Si pensions, si cordons bleus Ne nous avaient bouché les yeux , Si nous avions dans la retraite Plus aimé livre que* toilette, Bien loin d'en croire l'impudent Qui mettait noir où tout est blanc.
Point n'eussions fait de foi nouvelle ; Et le cri du peuple fidèle Ne nous aurait point fait sentir L'affront sanglant d'un démentir.
Troupe fourbe autant que crédule , Nous n'aurions pas dit à la bulle :
(O l'admirable invention), A Rome oui, en France non.
Si ne verrions notre confrère*, Tiré du ténébreux mystère.
Plaindre à présent ses envieux Et, vainqueur discret et pieux.
Surcharger notre ignominie Par le poids de sa modestie. »
Ainsi s'expriment les prélats ; La robe ne leur cède pas.
Les gens de robe, très saint-père.
Vous appellent net un faussaire
I. Le cardinal de Noailles, auquel la mort de Louis XIV rendait toute son influence.
88 Clairamhault^Maurepas.
Qui trahissez d'un coup la foi.
Le pape, l'État et le roi :
La foi, couvrant d'affreux nuages
Des points clairs et de saints usages ;
Le pape, ayant agioté
La pauvre infaillibilité ;
L'État, sacrifiant à Rome
La liberté et le royaume ;
Le roi, qui sans sujets sera
Sitôt que Rome tonnera.
Puis fort au long, révérend père,
Nos gens détaillent la matière;
Mais laissez ces becs affilés
Battre l'air et vous consolez;
Car en voici dont le langage
Tourne plus à votre avantage.
Ce sont, messieurs les libertins.
Gens à bombances et festins ,
Gros garçons à vastes bedaines
Aimant bien gentilles fredaines.
Traits malins et joyeux propos ;
Bref, gens tous ronds et point cagots.
< Ma foi, ce jésuite est bon diable.
Disent-ils, et fort charitable.
Nous n'ouvrions les livres saints ;
Il nous les retire des mains.
Ce qu'on faisait par négligence,
Faisons-le par obéissance :
La bulle est sûre caution
Pour avoir l'absolution.
Année lyiS. 89
J'avions cru par Êiiblesse extrême Qu'on déplaît à Dieu, si Ton aime Un Peccavi nous sauve tous :
Rions, chantons, enivrons-nous.
Est-on si chien que de la crainte On n'ait à la mort quelque atteinte ?
C'est assez; et puis n'a-t-on point En tout temps la grâce à son point ?
Le ciel s'obtient sans tant d'avance ; Parbleu, ménageons la décence.
Sur ces affreuses vérités.
Qui tant nous ont épouvantés , Aujourd'hui le commode père
Répand un doute salutaire.
Le pape en revient avec lui, Maints prélats lui donnent appui.
On en croyait trop, on varie Tant qu'enfin aujourd'hui l'on nie Ce qu'hîsr l'on croyait certain.
Remettons à croire à demain. »
De ceci ne feites que rire ;
Puisque le libertin tire Trop lubrique conclusion
De votre Constitution,
C'est moins par maligne critique
Que par pur défaut de logique.
Mais voici les esprits bourrus
Des loups-garous, des malotrus,
Jentends les vieux apostoliques.
Ces graves ecclésiastiques I. 8.
po Clairamhault'Maurepas,
A soulier large, ample manteau, Manchette étroite, grand chapeau.
Or ces jeûneurs à face blême Disent à la bulle anathème Et tout net. Ne leur citez pas Le pape et les doctes prélats ; Ils vous disent : < La bulle est claire.
Ce qui condamne le saint-père Ce sont les articles qu'il dit Offrir Terreur dès qu'on les lit.
Mais par un détour ridicule On s'aperçoit que dans la bulle On ne peut trouver la clarté Qui marque l'hérétûcité.
Si ce qu'on lit est ce qu'on frappe.
Il faut avouer que le pape Avec Augustin a proscrit * Saint Paul, l'Église, son esprit, Ses prières et sa pratique- Mais qu'un pape soit hérétique!
C'en est trop, ont dit les prélats.
Hé bien, nous ne le dirons pas.
Disons que la bulle est obscure En portant les foudres lancés Sur des faux sens, quoique forcés ; Mais n'attaquer que des chimères
I. Le docteur Amauld soutenait que les propositions de Jansénius, condamnées par le pape, n'étaient point dans le livre de Jansénius, mais qu'elles se trouvaient dans saint Augustin et dans plusieurs Pères de l'Église.
Année lyiS. 91
Quand Rome en veut aux choses claires; Cest dire au pape sans façon :
Vous mentez, Quesnel a raison; Cest traiter de façon brutale UinËiillibilité papale.
Bien l'ont senti nos grands prélats, Gens polis, fins et délicats Et d'ingénieuse manière ; Ils ont fait valoir au saint-père Leur très humble acceptation ; Mais chut sur l'explication.
Or par quelle étrange alliance Verrait-on dans cette occurrence ^'aimable et simple vérité S'unir à la duplicité ?
On cherche à satisfaire ensemble Ses intérêts et Dieu ; l'on tremble De se brouiller avec son roi, Et l'on se brouille avec la foi.
On unit des sens hérétiques Aux termes plus catholiques.
On s'alarme au style usité
De la plus pure piété.
La vérité toujours craintive Devient languissante et captive Sous les fausses précautions De cent vaines restrictions.
L'exil fait déserter la chaire, Elle est en proie au mercenaire Qui parle dans ses entretiens
pa Clairambault'Maurepas,
Aux espions plus qu'aux chrétiens.
Loin cette infâme politique
Qu'enfanta Torgueil jésuitique,
£t dans notre simplicité
Mourons tous pour la vérité.
Dût la gent en ruse fécopde
Étonnant de nouveau le monde.
Par quelque ressort infernal
Renverser notre cardinal.
A Terreur n'ouvrons point l'entrée'
Par une paix fausse et plâtrée*,
Et pour Dieu ! n'expliquons jamais
Des points si clairs, des points si vrais.
Sans doute par tant de batailles
Le ferme et le pieux Noailles
N'a pas voulu s'approprier
L'honneur de mollir le dernier ;
Et d'un livre qu'il a fait faire *
On ne lui verra pas extraire
Dfes sens qu'il sait bien dans son cœur
Que n'ont ni les mots ni l'auteur.
Tout est perdu s'il capitule.
L'erreur est l'âme de la bulle, .
La calomnie en est la fin.
I. Clément IX apaisa une première fois les discussions soulevées par YAugustinus, et l'on appela cette pacification la paix de Clément IX. Mais le pape avait compté sans le P. Le Tellier. ^
I. Une édition des Réflexions murales faite en 1699, avait été dédiée au cardinal de Noailles et agréée par lui.
Annie l'jiS* 93
Tout accommodement est vain.
S'il la reçoit, il justifie
Et Terreur et la calomnie ;
Mais il n'a sans doute accepté
Qu'en faveur de la vérité
Le nouveau rang que sa droiture ^,
Malgré ses rivaux, lui procure.
Donc sous ce sage conducteur,
Sion reprendra sa splendeur;
Ses enÊints sans crainte et sans guerre
Relèveront son sanctuaire.
Et contre eux le Samaritaih
N'aigrira plus le souverain. »
Ainsi le dévot vous dénote;
Voyons maintenant la dévote,
La sucrée avec son œil doux :
< Mon Dieu, dit-elle, où sommes-nous?
On n'entend plus ce qu'on veut dire.
On ne sait plus ce qu'il faut lire;
Ce qu'on avait toujours cru blanc.
On le dit tout noir à présent
Ce que des saints prélats commandent
Les jésuites nous le défendent.
Quoiqu'ils rendent de l'Évangile
La méditation facile.
Quoiqu'ils versent avec douceur
L'onction jusqu'au fond du cœur.
I. Le Régent l'avait nommé chef du Conseil des affaires ecclésiastiques.
94 Clairamhault'AIaurepas,
Qu'ils ne prêchent que le silence ,
Le travail et l'obéissance,
Qu'ils répandent de saints dégoûts
Sur ce que le monde a de doux.
Des prélats disent d'un auteur
Que l'Esprit- Saint remplit son cœur ;
£t les jésuites^ que le diable
Y verse un venin détestable.
Du Guet, Nicole et le Tourneux *
Comme Quesnel sont dangereux,
Quoiqu'on puise dans leur lecture
Une lumière et vive et pure.
Dès qu'un livre vous édifie,
Le diable y souffle l'hérésie.
Et nous mène aux derniers malheurs
Par la pénitence et les pleurs.
Ils veulent nous en donner d'autres.
Substituer les leurs aux nôtres ;
Mais ceux dont ils nous font présent ;
On meurt de froid en les lisant.
Si ces pères voulaient bien faire,
Ils devraient pour se satisfaire
Les arracher ces livres saints
I. Du Guet était un oratorien, Nicole et Le Toumeux des solitaires de Port-Royal. Tous trois jouèrent un rôle important dans les controverses religieuses.
Voici une variante interpolée dans le texte, et que nous avons détachée :
Quesnel, Nicole et le Toumeux Sont des scélérats selon eux.
Annie Iji5. 95
De nos cœurs comme de nos mains. »
Ainsi le clergé, la noblesse, Et le bourgeois, et la duchesse, Et le savant, et l'ignorant Et le petit comme le grand Par mille discours téméraires Vous maudissent vous et vos pères L'un dit ceci, l'autre cela; Nasarde ici, braillard par là; Si que c'est pitié de voir comme Depuis Paris jusques à Rome, * Chacun vous siffle, et, qui pis est.
Vous siffle, sans être suspect.
De ce coup, fortune perverse, Combien de gens ta main renverse ; Voilà, voilà tes cruels tours !
Comptez-vous jouer tous les jours.
Aveugle et bizarre déesse, De perdre ainsi ceux qui sans cesse Allaient, humbles adorateurs, A Saint-Louis oflfrir leurs cœurs.
Pour les gens de la confrérie Plus de grâces, plus d'abbayes.
Plus de mitre, plus de chapeau, Bref, ni petit ni gros morceau Mais bien force turlupinades.
Quolibets et sornettes fades Surtout pauvres valets de pied Sont en grand deuil et detpurbié; Sans respect pour la barbe antique,
g6 Clairamb ault'^Maurepas.
Ni pour le haillon séraphique, Ni pour les sacrés escarpins, On fait la guerre aux capucins.
Jadis, comme aides molinistes, Nous parlions haut aux jansénistes; Pour n'être en la secrète mis, Ils nous régalaient comme amis, £t prouvaient leur saine doctrine En suant pour nous en cuisine.
Nous allions prôner les progrès Que la bulle n'avait pas faits.
On l'avait reçue en Espagne, En Portugal, en Allemagne.
On avait coffi-é tel docteur, Èastillé tel prédicateur.
On allait voir certain mystère.
Dont il fallait encor nous taire.
Le cardinal faisait sa paix.
Nous connaissions tous les secrets, La fin, les moyens, les obstacles; On nous écoutait comme oracles.
Bref, capucins allaient, venaient.
Décidaient, riaient, fricassaient; Si que dans toute la campagne Ils trouvaient pays de cocagne.
Mais las ! toute notre splendeur Tombe avec que le confesseur.
Donc s'en vont projets, espérances.
Courses, stations et bombances.
Et sont reçus les capucins
Année ijiS* yj
Par charité, comme gredins.
Bien comptions, très révérend père, De vous instruire en cette affaire Des personnes et des cantons Comme par ci-devànt faisions.
Mais par trop le monde en fourmille, £t les portes de la Bastille, Qui battaient jadis sous vos lois.
Ne connaissent plus votre voix.
Ains ceux que par fines pratiques Aviez enclos comme hérétiques.
Ils en sortent tous triomphants.
Ce beau Philippe d'Orléans, Le plus déclaré quesneliste Que deviez mettre en votre liste.
Las I par ses horribles méfaits A dérangé tous vos projets Il vous a supplanté, le traître; Vous n'êtes rien, il est le maître.
Quoiqu'eussiez d'adroite façon Réglé son pouvoir et son nom *, On parle, on écrit, on raisonne.
Mais il n'inquiète personne ; Les jansénistes en sont fous :
Il est plein d'esprit, il est doux, Laborieux, ferme, économe;
I. Le testament de Louis XIV, qui favorisait les bâtards légitimés aux dépens du duc d'Orléans, était dû aux conseils de M"* de Maintenon et du P. Le Tellier.
o8 Clairambault^Maurepas,
Ils le donnent pour si prud'homme Que si Ton les croit aujourd'hui La France périrait sans lui.
Mais observons en patience Comme ira sa belle régence.
On verra qui sait mieux régner Ou d'Orléans ou de Tellier.
Qu'il prenne garde à sa personne, Jésuites la lui gardent bonne.
Le pauvre sire, je le plains, S'il tombe jamais dans leurs mains.
Or, pour charmer notre grevance Nous pouvons trouver allégeance, Vérité, pain, vie, onction, Dans votre Constitution, Constitution consolante.
Théologique et très savante, A laquelle finalement Ne nianque qu'un point seulement.
Tant belle elle est et bien conçue :
Ce point-là c'est d'être reçue; £t partant vous baisent les mains Les très indignes capucins.
Du 22 septembre 171$, du grand couvent.
Année ijiS, 99