Paradis de Moncrif. (M
113 Clairamhault^Maurepas.
Qui dans la cour tient lieu du grand Cotin,
£t qui jamais n'a perdu son latin.
Voici Carlet*, cet auteur non vulgaire,
Vrai bel esprit qui travestit Homère
Et que jamais on ne travestira.
Que de savants, de grands hommes voilà !
Mais j'avouerai que de toute la clique
Celui qui m'est le plus antipathique
C'est La Chaussée '. — Ah ! l'écrivain maudit !
Son seul aspect me glace et m'engourdit.
Ce froid rimeur de froides rapsodies
Pense avoir fait, dit-on, des comédies.
J'observais donc tout ce menu fretin
Et me plaignais de mon triste destin.
Le lendemain frit de mes jours le pire.
Une sibylle® en son manoir m'attire,
Vieille sibylle à qui feu Pavillon
Donna jadis son premier cotillon.
Chez elle on dîne, et chez elle on décide
Entre Vert- Vert et Phèdre et V Enéide;
1. Pierre Carlet de Chamblainde Marivaux, romancier, auteur dramatique, membre de l'Académie française (1688- 1763), a laissé de nombreux écrits dont les plus connus sont : Marianne, le Paysan parvenu, les J^eux de V amour et du hasard. Voltaire a justement qualifié son esprit délicat, mais trop raffiné, en disant qu'il « connaissait les sentiers du cœur humain, mais non la grande route. »
2. Pierre-Claude Nivelle de la Chaussée, auteur dramatique et membre de l'Académie française (1692-1754), inventeur du genre larmoyant.