‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècleChapitre 85 sur 213 · Le roi d'Angleterre, George de Bninswick-Hanovre · texte numérisé non relu

Le roi d'Angleterre, George de Bninswick-Hanovre

2. Le Prétendant descendait de Henri IV par la fille de ce roi, Henriette de France, épouse de Charles I*''.

Année 174 g. 141

Ainsi pensaient ces rois que célèbre l'histoire, Ainsi pensent tous ceux à qui parle la gloire; Eh I qu'auraient-ils pensé, ces monarques fameux, S'ils avaient pu prévoir qu'un roi plus puissant qu'eux, Attirant ce héros dans le sein de la France, Contractant avec lui la plus sainte alliance, L'exposerait sans force aux plus affreux hasards, Aux fureurs de la mer, des saisons et de Mars ; Et qu'ensuite, unissant la faiblesse au parjure. Il oublierait serments, gloire, sang et nature ; Et, suivant de Brunswick le système cruel, Traînerait enchaîné ce héros à l'autel.

Brunswick, te fallait-il de si grandes victimes ? Et pour avoir la paix, Louis, faut-il des crimes ? Quoi ! Biron votre Roi vous l'a-t-il ordonné ^ ? Edouard, est-ce vous, d'archers environné ?

Êtes-vous de Henri ce fils digne de l'être?

Sans doute à vos malheurs j'ai dû vous reconnaître ; Mais je vous reconnais bien plus à vos vertus. O ! Louis, tes sujets de tristesse abattus Respectent Edouard captif et sans couronne, Il est roi dans les fers ; toi, qu'es-tu sur le trône* ? J'ai vu tomber le sceptre aux pieds de Pompadour ; Mais fût-il relevé par lés mains de l'amour,

1. « Le prince Edouard a été arrêté au nom du roi de " France par M. de Vaudreuil; c'était M. le duc de Biron, colonel des gardes françaises, qui avait été chargé de faire exécuter Tordre, et il n'y a été employé d'autres troupes que le régiment des gardes. » {Jaurn. de Barbier ^^

2. « Tout Paris fut indigné de cette conduite ; on la compara à celle de Louis XIV, et c'est proprement à

142 Clairamhault^Maurepas,

Tu n'es plus, belle Agnès, le fier Anglais nous dompte.

Tandis que Louis d<Ht dans le sein de la honte»

Et d'une femme obscure indignement épris.

Il oublie en ses bras nos pleurs et nos mépris.

Belle Agnès, tu n'es plus, ton altière tendresse

Dédaignerait un roi flétri par la ûdblesse;

Tu pourrais réparer les malheurs d'Edouard,

En offrant ton amour à ce brave Stuart;

Hélas ! pour l'imiter, il faut de la noblesse,

Tout est vil en ces lieux, roi» ministres, maîtresses.

Tous disent à Louis qu'il agit en grand roi.

Du bonheur des Français qu'il se fait une loi.

Qu'il veut et cherche en tout le salut de la France.

cette époque honteuse que commença à se manifester pour le souverain et sa maîtresse le mépris général qui ne fit que s'accroître jusqu'à la fin. Le premier, en déposant sa cuirasse, semble renoncer à la gloire et même à Tamour de ses peuples, en laissant les rênes de son empire à la seconde, dont le règne odieux ne devait plus discontinuer jusqu'à sa mort. Ce mépris éclata pour la première fois dans des vers satiriques sur l'outrage fait au prince Edouard, où l'on disait à Louis XV en parlant de cet illustre proscrit :

Il est roi dans les fers...

L'empressement du public à rechercher ces pièces, à les apprendre par cœur, à se les communiquer, prouva que les lecteurs adoptaient les sentiments du poète. M"'* de Pompadour n'y était pas oubliée. Par un parallèle non moins humiliant, on la comparait à Agnès Sorel, ou sous ce nom générique à la duchesse de Châteauroux, et l'on faisait voir combien elle lui était inférieure. Elle ordonna les perquisitions les plus sévères des auteurs, colporteurs et distributeurs de ces pamphlets, et bientôt la Bastille fut remplie de prisonniers. » {Vie privée de Louis XV.)

Année i'j4g. 143

Voilà la flatterie I Et voici la prudence :

Peut-on par Tinfamie arriver au bonheur ? '

Un peuple s'affaiblit par le seul déshonneur.

Rome, cent fois vaincue, en devenait plus fière,

Et ses malheurs plus grands la rendaient plus altière.

Aussi Rome parvint à dompter Tunivers ;

Et toi, lâche ministre, ignorant et pervers *,

Tu trahis la patrie et tu la déshonores.

Poursuivant un héros que l'univers adore ;

On dirait que Brunswick t'a transmis ses fureurs,

Que, ministre inquiet de ses justes terreurs,

Le seul nom d'Edouard t'épouvante et te gêne ;

Mais apprends quel sera le fruit de cette haine :

Albion sent déjà qu'Edouard est son roi.

Digne par ses vertus de lui donner la loi ;

Elle offre sur le trône asile à ce grand homme,

Trahi tout à la fois par la France et par Rome ;

Et bientôt les Français, tremblants, humiliés,

D'un nouvel Edouard iront baiser les pieds.

Voilà l'horrible fruit d'un olivier funeste,

Et dé nos vains lauriers le déplorable reste *.

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